G7 : attention à la génération-déception

Par Thomas Friang, Anne-Laure Juif, Meriyem Kokaina, Hamza Maata, co-présidents du Y7  |   |  569  mots
(Crédits : Reuters)
Le G7 se tient ce week-end. Ses résultats seront étudiés par une génération entière : celle du Y7. Par Thomas Friang, Anne-Laure Juif, Meriyem Kokaina, Hamza Maata, co-présidents du Y7*.

La confiance n'est pas au rendez-vous. Nous ne nous attendons pas à des réponses ambitieuses pour traiter les inégalités. Nous avons toutefois joué le jeu, en formulant 116 recommandations pour que les dirigeants du G7 nous assurent un futur équitable. C'est un vrai cri d'alerte, et il faut l'entendre comme tel. Trop souvent tournée en dérision, notre génération étouffe de l'irresponsabilité de nos dirigeants. Impossible d'accepter le mépris avec lequel Greta Thunberg a été accueillie à l'Assemblée nationale. Nos attentes n'auront de réponses utiles que de réponses fortes et rapides. Peu de temps après le G7, s'ouvrira le sommet spécial de l'ONU pour accélérer la transition écologique.

Le temps est compté. Alors il est essentiel que le G7 et ses invités donnent le ton pour atteindre l'objectif de neutralité carbone fixé à 2050. Nous en sommes très loin. Notre génération s'inquiète tout autant des grandes dérives autoritaires que le monde connaît. Que fera le G7 face à la répression des manifestations à Hong Kong, qui menace le seul embryon de démocratie qui existe en Chine ? Que dira le G7 à Erdogan, qui détient les clés d'une des plus grandes prisons du monde pour ceux qui défendent les droits de l'homme, et qui emprunte aux pratiques les plus barbares du XXe siècle la technique de l'autodafé ?

Un G7 inopérant

On nous dit souvent que nous sommes la génération Internet, née au moment de l'espoir de liberté qu'a permis cette technologie. Mais notre génération grandit entre l'hyper-commercialisation de nos données - par des firmes qui ne payent même pas d'impôts - et l'hyper-surveillance de nos vies privées - par des régimes qui refusent d'en répondre. L'Internet est une opportunité extraordinaire à condition que le principe d'égalité régisse la conception des algorithmes qui nous gouverneront et que le principe de neutralité s'impose à tous les réseaux comme un véritable droit de l'Homme.

Malheureusement, nous risquons d'être la génération déception. Ce G7 promet d'être le début d'une longue série d'échecs diplomatiques dans un monde globalisé. Notre cri d'alerte n'est pas l'écho romantique des confessions d'un enfant du siècle. C'est le bruit sourd d'une génération qui s'étouffe à perdre espoir devant un G7 paralysé. Face à un G7 qui n'a plus rien d'un groupe homogène de démocraties libérales (que faire en pensant que les suprémacistes blancs auront une voix à Biarritz ?!).

Face à un G7 devenu aussi tendu et incapable d'agir que le G20. Face à un G7 pour qui voit la France et l'Italie se déchirent sur l'accueil de l'Aquarius ou du Poactiva Open Arms. Face à un G7 qui, préparé par 8 groupes d'engagement citoyen et 10 réunions ministérielles, risque tout de même d'échouer. Face à un G7 qui, pour garder sa légitimité internationale, doit inviter à sa table l'Inde alors qu'elle récuse l'autonomie du Cachemire... et nous pourrions continuer la liste. Le G7 s'ouvre avec un passif - la défiance de la société civile - et se terminera sans doute avec une dette encore plus lourde : celle d'avoir perdu l'espoir de la génération déception.

*Le Y7 est le groupe de dialogue officiel du G7 avec les jeunes.