Anne Hidalgo convertit les chefs d’entreprise à la démocratie participative

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  641  mots
Anne Hidalgo a présenté son projet devant 172 chefs d'entreprise dans la Salle des Arcades de la Mairie de Paris. CAC 40, ETI et start ups. (Crédits : Reuters)
La Maire et son adjoint Jean-Louis Missika ont réuni près de 200 chefs d’entreprise pour leur expliquer comment ils allaient pouvoir intervenir sur la stratégie de ville intelligente de Paris. A eux d’être imaginatifs et de travailler sur la plateforme publique ouverte aujourd’hui.

172 chefs d'entreprise dans la Salle des Arcades de la Mairie de Paris. CAC 40, ETI et start ups.  Face à elles, Anne Hidalgo et Jean-Louis Missika en charge de la stratégie de la ville intelligente. Sujet imposé : expliquer aux entreprises la Parisian Touch pour créer la ville intelligente de demain. Et la Parisian Touch, c'est simple, c'est la co-construction. Public et privé ensemble. «Bien sûr, il y aura des appels d'offres», a souri Jean-Louis Missika mais le contenu de beaucoup de ces appels d'offres sur des marchés publics n'est pas forcément connu. Il va dépendre des idées que vont amener les entrepreneurs et de la manière dont ils vont s'emparer de la plateforme de discussion que vient d'ouvrir la mairie de Paris et enrichir la stratégie de la ville ("Paris intelligente et durable - Perspectives 2020 et au-delà" )

 Nous ne savons pas tout, mais nous avons beaucoup d'idées

« Nous ne savons pas tout", a dit Anne Hidalgo qui a décrit une Mairie qui avait certes sa stratégie, mais qui se définissait de plus en plus comme une facilitatrice, une accompagnatrice. D'autres de ses adjoints se définissent de plus en plus comme des «influenceurs ». Même dans des domaines aussi lourds que les déchets, Mao Péninou, l'adjoint en charge, tout repose de plus en plus sur l'acceptation des Parisiens et l'inventivité des entreprises. A terme, les habitants seront, avec l'aide du numérique, les propres gestionnaires de leurs biodéchets et de la réutilisation de ceux-ci. A terme encore plus proche, les industriels et les startups vont devoir perfectionner très fortement les processus industriels de réutilisation des bio déchets, en particulier la méthanisation. Là non plus, la Mairie ne peut pas tout et ne sait pas tout. Son rôle évolue, elle est moins « administrateur », plus « influenceur ».

Dans un domaine comme celui de la logistique urbaine et du dernier kilomètre, même réflexion de la part de Christophe Najdovski : la livraison avec des diesel sera bien sûr interdite d'ici 2020, mais cela ne calme pas la ville pour autant. Il va falloir être beaucoup plus malin sur la question : la Mairie peut ainsi étudier un immense espace dans le tunnel des Halles pour livrer le quartier et la rue Montorgueil, mais cela empêchera-t-il que des camions y arrivent plein et repartent totalement vides. Et qui va inventer les moyens de livraison du futur non polluants entre la future grande halle logistique du nord est de Paris et les rues commerçantes de Paris ?

Un budget participatif en open source

Les chefs d'entreprise ont ainsi entendu les adjoints décliner de multiples exemples ou rien d'intelligent ne sera fait sans construction. Une nouvelle méthode de fonctionner. Pauline Veron, chargée du budget participatif, a vu cette année plus de 5.000 idées présentées par les Parisiens. Sur les 5.000, un grand tiers étaient des idées intéressantes et réalistes dont 80 vont bientôt être soumises au vote pour être financées. L'année dernière, le budget participatif était un peu embryonnaire, cette année il a fallu mobiliser tous les services de la Mairie pour éplucher vue l'avalanche de propositions, et l'année prochaine, il sera en « open source » : en clair, chacun pourra intervenir sur une idée pour l'améliorer. Le travail de lecture et de tri risque d'être gigantesque et les services de la Mairie n'y suffiront pas, il faudrait peut être qu'une startup trouve une idée pour analyser toute cela. Mais le participatif a l'air de prendre. Surtout chez les jeunes puisque 50% des votants sont des 25-35 ans qui n'ont pas l'habitude de participer aux réunions de démocratie locale. Les chefs d'entreprise vont simplement devoir faire la même chose !