Air France, et maintenant ?

Par Jean-Louis Baroux  |   |  647  mots
Jean-Louis Baroux
Après la démission fracassante de Jean-Marc Janaillac de la présidence d'Air France-KLM et d'Air France, Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG nous livre son analyse.

Personne et surtout pas moi aurait parié sur le rejet du plan proposé par la direction d'Air France. La surprise est aussi forte que celle infligée par les Anglais lors du vote pour ou contre le Brexit. La société se réveille engourdie et un peu désemparée. Conformément à sa promesse et avec, il faut bien l'avouer, un certain panache, Jean Marc Janaillac démissionnera de son poste de PDG de la compagnie et du Groupe le 15 mai prochain. Mais cela ne résoudra rien.

La situation va vite devenir intenable

La situation de l'entreprise largement affectée par la grève, mais aussi un renchérissement des coûts, est devenue préoccupante. Pour le premier trimestre, il affiche une perte d'exploitation de 118 millions d'€, dont 178 millions pour la seule Air France, alors que KLM est en profit de 60 millions d'€. Ce n'est pas glorieux alors que son concurrent IAG mené par British Airways, pourtant plus petit par son chiffre d'affaires annonce 280 millions d'€ de profit. L'écart entre les deux est de 398 millions d'€ soit plus de 4,4 millions d'€ par jour !

La situation va progressivement devenir intenable. Les investisseurs ne s'y sont pas trompés et le cours de bourse a dévissé à 8,096 €, soit près de la moitié du cours d'introduction de 14 € en 1999.

Et maintenant qui pour gouverner une société qui apparaît ingouvernable ? On en est tout de même au deuxième président démissionnaire en 2 ans.

Marc Rochet Lionel Guérin seraient de bons choix

On peut afficher quelques noms de personnalités qui pourraient peut-être se porter volontaires. Le premier qui vient à l'esprit est Marc Rochet. Mais l'homme ne demande rien, il faudrait aller le chercher avec quelques sérieux arguments dont la sortie de l'Etat du capital de la compagnie. Il faut bien reconnaître que loin d'être un facteur de stabilité, la présence de l'Etat à hauteur certes faible de 14% est en fait un très mauvais signal donné aux tenants de la revendication permanente qui se sentent protégés quoi qu'il puisse advenir aux comptes de l'entreprise.

Lionel Guérin pourrait aussi avoir une deuxième chance. Sa nomination à la tête d'Air France était quasiment acquise quelques années auparavant. L'affaire ne s'est pas faite, mais la situation pourrait lui être favorable car il est lui-même pilote et il sait parler à cette catégorie de personnel si difficile à diriger.

Pourquoi les syndicats ne prendraient-ils pas leurs responsabilités?

Et puis après tout, pourquoi les syndicats ne prendraient-ils pas leurs responsabilités. Ils ont tout fait pour déstabiliser la direction actuelle, alors qu'ils montrent ce qu'ils savent faire. S'ils veulent distribuer une cagnotte qui n'existe pas, qu'ils le décident eux-mêmes. Ils s'apercevront sans doute que la gestion d'une grande entreprise aussi complexe qu'Air France/KLM ne peut se résoudre à donner en permanence satisfaction à toutes les revendications.

Reste une dernière inconnue. Comment les représentants de KLM vont-ils réagir ? N'auront-ils pas la tentation de quitter un groupe dont ils ont l'impression s'assurer seuls les fins de mois ?

La démission du président de la compagnie ne pouvait pas arriver à un plus mauvais moment. La grève va durablement impacter les résultats de 2018 qui pourtant auraient dû s'avérer historiquement profitables. Les agents de voyages conseillent maintenant à leurs clients de choisir d'autres transporteurs pour leurs vacances d'été. Le cours du pétrole est plutôt en augmentation. Les transporteurs « low cost » long-courriers prennent de la puissance. Et pendant ce temps-là les salariés affichent leur scepticisme vis-à-vis d'une gestion qui pourtant visait à préserver la position de leur société dans un puissant environnement concurrentiel.

Décidément, Air France est bien le reflet de notre pays. Les gens s'estiment insatisfaits, mais ils ne veulent surtout aucun changement.