L'arrivée de Benjamin Smith à Air France-KLM : le pour et le contre

Par Jean-Louis Baroux  |   |  835  mots
Jean-Louis Baroux (Crédits : DR)
[OPINION] Après la nomination du numéro 2 d'Air Canada au poste de directeur général d'Air France-KLM, Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG, livre ses premières impressions.

Benjamin Smith a été nommé par le Conseil d'Administration d'Air France/KLM en tant que futur dirigeant du groupe avec le titre de CEO (Chief Executive Officer) le 16 août dernier. Cette nomination suscite quelques sérieuses interrogations mais également de vrais espoirs. Je remarque tout d'abord la célérité avec laquelle les dirigeants par intérim et le comité des nominations ont fait passer la décision, un peu en catimini le lendemain du 15 août qui marque traditionnellement la semaine la plus creuse dans l'année. Il a même fallu tenir le Conseil par téléphone pour certains administrateurs éloignés du siège social. Première question : que craignait-on ? N'aurait-il pas été possible d'attendre ne serait-ce que quelques jours ? Après tout le remplacement de Jean-Marc Janaillac trainait depuis le 06 mai, on n'était certainement pas à
quelques heures près.

Il sera DG et non PDG

Je note ensuite que le nouveau dirigeant n'aura pas les mêmes fonctions que son prédécesseur lequel était PDG du Groupe alors que Ben Smith ne sera que Directeur Général, l'appellation anglo-saxone de CEO convient d'ailleurs mieux. Pourquoi ce changement ? Est-ce uniquement pour maintenir Mme Anne-Marie Couderc au poste de Président, cette fois-ci du Conseil d'Administration ? Dans ce cas-là, je note une contradiction entre les souhaits du Gouvernement de trouver un grand professionnel du transport aérien pour diriger Air France/KLM, lequel devra rendre des comptes à un supérieur Mme Couderc qui n'a pas la réputation de très bien connaître le milieu.
Et puis on peut légitimement s'interroger sur la nécessité d'aller chercher outre Atlantique le responsable du groupe franco-néerlandais.

Il y avait d'autres prétendants français possibles

N'y avait-il pas de candidats possibles plus proches et d'abord à l'intérieur de l'entreprise? Les dirigeants potentiels étaient pourtant bien identifiés : Pieter Elbers le PDG de KLM, ou même à l'intérieur d'Air France, Frédéric Gagey ou Franck Terner, sans compter qu'on aurait très bien pu rappeler Jean-Marc Janaillac, ce qui aurait été très apprécié par beaucoup de salariés qui ne souhaitaient pas son départ. Et puis la France est tout de même un grand pays aéronautique et même si l'ancien dirigeant d'Airbus avait décliné la proposition, il restait d'autres prétendants potentiels : Marc Rochet, Lionel Guérin et même Thierry Antinori pour ce citer qu'eux. Qu'avait-on besoin d'aller chercher le directeur financier de Véolia ou la Présidente de la RATP ? Il a fallu missionner un cabinet de recrutement anglo-saxon Heidrick and Struggles dont le siège est à Chicago pour trouver le nouveau dirigeant. Encore a-t-il fallu multiplier par 3 sa rémunération par rapport à celle de Jean Marc Janaillac.

Le problème de la rémunération


Cette rémunération ne va certainement pas aider Ben Smith dans ses discussions avec les syndicats qui réclament toujours 5,1% d'augmentation générale. Comment leur refuser celle-ci, même si le coût pour l'entreprise se montera à 360 millions d'€ lesquels de rajouteront aux 335 millions perdus suite aux grèves du printemps ? Il n'est d'ailleurs pas certain qu'un nouveau conflit social ne se déclenche pas à la rentrée. Et puis, compte tenu de la position de Ben Smith, qui va finalement discuter avec les syndicats d'Air France si ce n'est les actuels dirigeants, les mêmes qui ont mené les discussions au printemps ? Rajoutons que l'ensemble Air France/KLM est infiniment plus complexe
qu'Air Canada, ne serait-ce que par son volume : 2,5 fois la taille du groupe canadien et 8 compagnies aériennes très différentes les unes des autres contre 3 seulement dans l'ensemble Air Canada. Au fond, il faudra que le nouveau CEO fasse preuve d'un grand optimisme et un énorme charisme pour traverser les épreuves qui vont l'attendre.

Ben Smith n'est pas n'importe qui

Mais, et c'est le bon côté de l'affaire, Ben Smith n'est pas n'importe qui. Pour autant que l'on sache, l'homme a toujours cru en ses capacités et il a fait preuve de grandes ambitions dès son entrée à Air Canada. Il aura certainement à cœur de relever le défi. Et pour cela il a quelques sérieux atouts. D'abord il vient de l'univers commercial. Il a même possédé une agence de voyages. Il connait donc à la fois les clients et le circuit de distribution. Et puis il est le plus jeune des dirigeants qu'Air France ait connu depuis son origine. Cela lui donnera certainement un avantage dans ses relations avec le
personnel de la compagnie. Il serait d'ailleurs surprenant qu'il ne mette pas rapidement sur pied une nouvelle structure de commandement. Sa mission, définie par la Présidente Anne-Marie Couderc est « Chargé en priorité de redynamiser Air France, de donner une profonde impulsion stratégique au groupe, et de travailler avec les équipes à une nouvelle approche managériale ».

Bon courage et bonne chance, Monsieur le Président.