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Ben Smith, le nouveau patron canadien d'Air France-KLM, arrive en terrain miné

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 16 août 2018 à 20:02 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:38

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Le conseil d'administration d'Air France-KLM a officialisé le 16 août la nomination de Benjamin Smith, numéro deux d'Air Canada, au poste de directeur général du groupe aérien français avec le soutien de l'État français. Celui dont le nom a circulé depuis plusieurs jours dans les médias prendra ses fonctions au plus tard le 30 septembre 2018, a précisé AF-KM dans un communiqué.

C'est officiel. Trois mois après la démission de Jean-Marc Janaillac à la tête d'Air France-KLM à la suite de son référendum perdu sur sa proposition salariale, le groupe aérien a enfin acté la nomination d'un successeur en la personne de Benjamin Smith, 46 ans, numéro 2 d'Air Canada. Comme évoqué dans la presse depuis 24 heures, le conseil d'administration du groupe a, sans surprise, voté le 16 août en faveur du Canadien.

"Benjamin Smithprendra ses fonctions chez Air France-KLM au plus tard le 30 septembre 2018. Dans l'intervalle, la gouvernance de transitionmise en placele 15 mai 2018 reste en place. Anne-Marie Couderc, présidente non exécutive du Conseil d'Air France-KLM etd'AirFrance, et le Comité de direction collégiale du groupe continuent d'exercer leurs responsabilités.Dès son arrivée, Benjamin Smith prendra la direction générale exécutive du Groupe Air-France-KLM et en déterminera l'organisation. Il sera chargé en priorité de redynamiser Air France, de donner une profonde impulsion stratégique au Groupe, et de travailler avec les équipes à une nouvelle approche managériale", a déclaré Air France-KLM par communiqué.

Et d'ajouter :

"Le Conseiladécidé que Benjamin Smith sera nommédès que possibleadministrateur d'Air France-KLM, avec le plein soutien de l'État français.Le Conseil annonceradans les meilleurs délaisl'évolution de la gouvernance concernant les missions et les modalités d'exercice de la présidence non exécutive d'Air France-KLM et d'Air France".

De son côté, Air Canada a précisé que Benjamin Smith quitterait ses fonctions au sein de la compagnie canadienne le 31 août.

Un patron étranger, une première à Air France-KLM

La nomination de Benjamin Smith tranche avec les pratiques en vigueur jusqu'ici qui voulaient que le patron du groupe tricolore, dont l'État français faisait un peu la pluie et le beau temps en matière de gouvernance grâce à ses 14,3% du capital et ses droits de vote double, soit un Français. Mais l'État a, pour la première fois, joué profil bas en acceptant de sortir de son registre habituel. Non sans mal puisqu'il avait dans un premier temps validé la nomination d'un compatriote (du moins l'APE, l'Agence des participations de l'État), Philippe Capron, le directeur général de Veolia avant de faire machine arrière devant le tir de barrage groupé (et notamment de Delta, actionnaire à 9%) contre une personne étrangère au transport aérien.

En Europe, le groupe anglo-espagnol IAG est dirigé par un Irlandais (Willie Walsh) et sa principale filiale, British Airways, par un Espagnol (Alex Cruz). En nommant en début d'année le Suédois Johan Lundgren, la compagnie britannique Easyjet est elle aussi dirigée par un étranger. Mais à part British Airways qui avait nommé en 2000 l'Australien Rod Edington, aucune compagnie européenne a fait appel à un non-Européen. Pour rappel, c'est à l'aide de l'Américain Steven Wolf et de l'indo-américain Rakesh Gandwall, tous deux en provenance de United Airlines, que Christian Blanc redressa Air France entre 1994 et 1995.

Le choix de Benjamin Smith traduit également le manque d'attractivité d'Air France-KLM, incapable d'attirer le numéro 1 d'une grande compagnie aérienne. « Tout le monde devrait se battre pour diriger Air France-KLM », déplore un observateur. À l'image d'Alex Cruz, le directeur général de British Airways, ceux qui ont été contactés ont décliné l'offre en raison du contexte à Air France, miné depuis des années par des tensions sociales.

L'intersyndicale vent debout

Benjamin Smith aura fort à faire puisqu'il arrive en terrain miné. Composée d'une dizaine de syndicats, l'intersyndicale emmenée par le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) a ouvertement exprimé son hostilité à cette nomination en jouant la carte du patriotisme économique, confondant volontairement le groupe Air France-KLM et la plus grosse de ses deux filiales, Air France, pour jouer sur les peurs.

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« L'intersyndicale soutient qu'il est inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d'un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent - Delta pour ne pas le citer - (...) Dans un contexte où chaque pays cherche à défendre âprement ses intérêts économiques et ceux de ses entreprises, où la présidence Trump elle-même montre avec quelles armes la guerre économique va se mener, le choix d'un candidat doit se porter sur la défense des intérêts de notre compagnie nationale », a déclaré l'intersyndicale dans un communiqué le 16 août dans l'après-midi.

Contrairement à ce qui est indiqué, Air France conserve un patron français, en l'occurrence Franck Terner, le directeur général, puisque Ben Smith prendra les commandes opérationnelles d'Air France-KLM, le groupe aérien né du rachat de KLM par Air France en 2004, maison-mère de deux filiales, le groupe Air France et le groupe KLM. Même dans le cas de changements à la tête d'Air France, il est improbable qu'Air France soit dirigée par un étranger.

Influence croissance de Delta

En revanche, la crainte de voir Delta prendre du poids au sein d'Air France-KLM est réelle. L'épisode de la gouvernance l'a bien montré, puisque la compagnie américaine a joué un rôle prépondérant pour dézinguer la nomination du directeur financier de Veolia qui ne lui convenait pas, puis pour obliger le comité de nomination de la consulter lors du processus de recrutement et enfin, pour imposer un modèle de gouvernance basé sur la dissociation des fonctions de président de celles de directeur général.

Pour autant, si l'influence de Delta ne cesse de croître au sein d'Air France-KLM, difficile d'imaginer pour autant un patron d'Air France-KLM prendre des mesures contraires aux intérêts du groupe pour en faire profiter la compagnie américaine. En revanche, que Delta et Benjamin Smith soient sur la même la longueur d'ondes pour prendre des mesures fortes comme les Anglo-saxons sont capables de le faire afin de remettre Air France et Air France-KLM sur les rails est plus probable. C'est peut-être ce qui inquiète les syndicats. D'autant plus que si l'État se désengage d'Air France-KLM comme il en a l'intention, les pressions des syndicats sur le gouvernement pour infléchir la politique de la direction risquent, en effet, de prendre fin. C'est en tout cas le signal donné depuis le début du conflit salarial en début d'année.

Menace de grèves

Ben Smith a de fortes chances d'être confronté très vite à un mouvement social. L'intersyndicale réclame toujours une hausse de salaires de 6% (hors inflation) en 2018 et menace de reprendre le chemin de la grève en septembre. L'intersyndicale a annoncé qu'elle se prononcerait sur des actions à prendre le 27 août, soit avant la prise de fonction du nouveau CEO.

Pour autant, plusieurs observateurs ne voient pas un patron accorder une telle hausse à peine arrivé. Sans même parler de la difficulté économique qu'elle engendrerait, une telle décision apporterait une victoire sur un plateau au bureau actuel du SNPL à la veille des élections internes à ce syndicat en fin d'année et aux autres membres de l'intersyndicale, lors des prochaines élections professionnelles en mars 2019.

Au-delà de la question salariale, Ben Smith est attendu par de nombreux syndicats et salariés pour apporter du sang neuf à Air France. Beaucoup espèrent de nouvelles têtes comme l'avait fait Christian Blanc quand il avait sauvé Air France entre 1994 et 1997. Selon des sources politiques, le gouvernement soutient cette position.

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Après les questions sociales et de gouvernance, les sujets liés à la stratégie sont connus. Le groupe devra redéfinir son offre sur le réseau domestique et européen en répartissant de manière claire les positions d'Air France, HOP et Transavia. Mais aussi prendre position sur le low-cost long-courrier. Un sujet que Benjamin Smith connaît bien puisqu'il a été l'instigateur de Canada Rouge, la marque low-cost d'Air Canada, notamment présente sur le long-courrier.

Fabrice Gliszczynski

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