Et si Air France-KLM choisissait un patron nord-américain ?

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(Crédits : Christian Hartmann)
Air France-KLM va dissocier les fonctions de président du groupe de celles de directeur général et ni l'un ni l'autre n'aura de fonctions à Air France comme a souvent été le cas jusqu'ici. Pour la première fois dans l'histoire du groupe, un étranger pourrait diriger Air France-KLM. Selon nos informations, le groupe discute avec un candidat nord-américain pour le poste de directeur général.

À défaut d'avoir trouvé un nom ou des noms pour sa future gouvernance promise en septembre, Air France-KLM a enfin tranché sur la question du modèle de gouvernance à mettre en place. Le schéma retenu va chambouler la vie du groupe puisqu'il dissocie les fonctions exécutives d'Air France-KLM de celles de ses deux filiales (Air France d'un côté et KLM de l'autre), mais aussi celles, au sein d'Air France-KLM, de président du conseil d'administration de celles de directeur général.

Fin de la fonction de PDG d'Air France-KLM

Autrement dit, il n'y aura plus de PDG d'Air France-KLM comme l'était Jean-Marc Janaillac, lors de sa démission le 15 mai dernier après son référendum perdu sur la question salariale, mais un président du conseil d'administration (non exécutif) et un directeur général (CEO), lequel sera en charge de la direction opérationnelle du groupe. Par ailleurs, contrairement à Jean-Marc Janaillac qui occupait également la fonction de président d'Air France, ni le président non exécutif d'Air France-KLM, ni son directeur général n'auront de fonctions au sein d'Air France ni de KLM.

Le modèle préconisé par Delta

Poussé par la compagnie aérienne américaine Delta, actionnaire à hauteur de 9% depuis moins d'un an, ce modèle laissait jusqu'ici perplexe un certain nombre d'administrateurs, qui estimaient une telle séparation des pouvoirs inutile au regard de la spécificité d'Air France-KLM. Pour eux, le faible de nombre d'employés au holding ne justifiait pas d'avoir un DG à temps plein alors que le pouvoir est en réalité au sein des compagnies. En outre, estimaient les partisans du statu quo, les fortes tensions sociales à Air France qui empêchent la compagnie d'avancer depuis 4 ans nécessitaient le maintien d'une personne s'occupant à la fois d'Air France-KLM et d'Air France. Mais Delta a su convaincre l'Etat français (actionnaire à 14%) du contraire. La séparation des fonctions empêchera qu'un patron coiffé des deux casquettes soit complètement absorbé par Air France, sans avoir le temps de se consacrer aux autres dossiers du groupe. Pour les tenants de cette organisation, une séparation des rôles peut permettre par ailleurs d'éviter la tentation de prendre des mesures jugées trop favorables à Air France.

Ce modèle se substituera à celui qui a été mis en place en catastrophe il y a deux mois après la démission de Jean-Marc Janaillac, avec Anne-Marie Couderc comme présidente non exécutive d'Air France-KLM par intérim (elle est par ailleurs présidente du comité de nomination) et Frédéric Gagey comme directeur général (en plus de ses fonctions de directeur financier du groupe), épaulé par deux directeurs généraux adjoints, Franck Terner, DG d'Air France Pieter Elbers, président du directoire de KLM.

Négociations sur la partie salariale avec un candidat nord-américain

Aujourd'hui, le groupe se démène pour trouver un directeur général d'Air France-KLM. Comme indiqué mi-juillet, le conseil d'administration cherche un profil international ayant une solide expérience dans le transport aérien, voire l'aéronautique ou le domaine des transports et du tourisme. Pour attirer quelqu'un dans un groupe miné par les conflits sociaux et les tensions entre Air France et KLM, Air France-KLM est prêt à casser sa tirelire en rapprochant le niveau de rémunération de la fonction de celui perçu chez les concurrents européens, largement supérieur. Mais même avec cela, les candidats ne se bousculent pas au portillon. Sans même aller jusqu'à approcher les leaders des groupes IAG ou Lufthansa, des tentatives au niveau en dessous auprès des patrons des compagnies de ces deux groupes n'ont rien donné. Cela a été le cas, selon  nos informations, d'Alex Cruz, le directeur général de British Airways.

Le comité de nomination a néanmoins retenu plusieurs noms dans sa "short list", avec une nette préférence pour un candidat nord-américain baignant dans l'univers du transport aérien, sans pour autant être très connu, confie-t-on à La Tribune.

Selon nos sources, des négociations sont en cours avec ce dernier. Elles n'étaient pas suffisamment avancées pour aboutir à une annonce ce mardi à l'issue du conseil d'administration qui a validé les comptes semestriels (bénéfice d'exploitation de 228 millions d'euros, impacté par les 15 jours de grève à Air France qui ont coûté 325 millions d'euros). Notamment la partie portant sur la rémunération. Les conditions salariales de ce candidat risquent de susciter la grogne des syndicats d'Air France, qui ont vu jusqu'ici leur demande de revalorisation salariale de 6 puis de 5% refusée. L'intersyndicale, qui pourrait se contenter désormais d'une hausse de 4%, menace de lancer une grève en septembre si sa revendication n'est pas exaucée. Ce que ne comprend pas Franck Terner. "Les discussions ne pourront reprendre qu'une fois mise en place la nouvelle gouvernance", a-t-il dit ce mercredi lors de la présentation des résultats financiers.

Pour rappel, c'est à l'aide de l'Américain Steven Wolf et de l'indo-américain Rakesh Gandwall, tous deux en provenance de United Airlines, que Christian Blanc redressa Air France entre 1994 et 1995.

Elbers DG adjoint d'Air France-KLM ?

Dans ce modèle de gouvernance, Anne-Marie Couderc pourrait être prolongée au poste de présidente non exécutive au moins jusqu'en 2019 estiment certaines sources. Par ailleurs, le comité de nomination étudie la mise en place d'un poste de directeur général adjoint du groupe, qui serait attribué à Pieter Elbers en plus de ses fonctions de président du directoire de KLM.

"S'il a indiqué qu'il ne voulait pas être directeur général, il est volontaire pour traiter certains dossiers au  niveau du holding, comme celui des alliances", explique-t-on à La Tribune.

Si tout se confirmait, la nouvelle gouvernance marquerait la montée en puissance de l'influence de KLM et de Delta dans le groupe au détriment d'Air France. Avoir un président nord-américain constituerait un véritable coup de tonnerre dans un groupe de droit français dirigé depuis sa création par un Français.

"Pour les syndicats, il sera difficile de continuer à aller se plaindre au gouvernement qui n'aura plus la main sur le patron de la compagnie", explique un observateur.

Surtout si l'État cède à l'avenir sa participation de 14% dans Air France-KLM. Car, même si AccorHotels a renoncé à racheter la participation de l'État en invoquant l'immobilisme de ce dernier, l'État est prêt à céder sa participation. C'est la raison pour laquelle il a, selon nos sources, engagé Nomura comme banque-conseil et BDGS comme avocat.

Encadré : L'action s'envole sur fond de résultats meilleurs que prévu

L'action Air France-KLM augmentait de plus de 3% mercredi à 13h15 à la Bourse de Paris. Cela faisait très longtemps que l'action du groupe aérien n'avait pas progressé après la publication des résultats financiers. Pour une fois, les investisseurs financiers ont été agréablement surpris par les résultats. Non pas qu'ils soient flamboyants, mais ils sont supérieurs à leurs attentes. Alors que le consensus des analystes tablait sur un bénéfice d'exploitation de 252 millions d'euros au deuxième trimestre, Air France-KLM a dégagé un résultat d'exploitation de 345 millions d'euros, en recul de 241 millions d'euros par rapport à la même période de l'an dernier. Les résultats ont été impacts par la grève à Air France évaluée à 260 millions d'euros sur ce trimestre. Air France-KLM profite notamment d'un environnement porteur qui fait bondir la recette unitaire de 1,7% alors que le groupe tablait sur une stagnation en début d'année. Cette tendance va se poursuivre au cours des deux prochains trimestres. Air France-KLM enregistre un niveau de réservations pour les prochains mois supérieurs à celui de l'an dernier. Au total, sur l'ensemble du semestre, les 15 jours de grève ont coûté 355 millions d'euros.

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Commentaires
a écrit le 06/08/2018 à 10:36 :
Lufthansa et Iag sont dirigés par d’anciens pilotes. Cela doit avoir du sens.
a écrit le 03/08/2018 à 13:44 :
le fantasme du patron américain redresseur d'entreprise,chasseur de couts,briseur de grève est un non sens.Il faut au contraire quelqu'un de consensuel,de respecté et social:JM, Ayrault est le seul candidat qui respecte tous ces impératifs.Un plus:sa maitrise des dossiers du transport aérien et son aura de premier ministre.
Réponse de le 06/08/2018 à 10:27 :
Quel humour!
a écrit le 03/08/2018 à 10:00 :
« Pour les syndicats, il sera difficile de continuer à aller se plaindre au gouvernement qui n'aura plus la main sur le patron de la compagnie", explique un observateur. »

Surprenante déconnexion venant de sphères ayant une influence sur la presse.

Déconnexion évidente pour plusieurs raisons.

1- Air France-KLM est une entreprise privée et les salariés le savent mieux que quiconque et donc ,semble t-il , mieux que certains observateurs.... En effet depuis plus de vingt ans l’état français n’a fait que dégrader l’environnement économique des compagnies aériennes, Air France incluse , et n’a donc jamais apporté aucune aide à Air France ni à ses salariés bien au contraire...

2- La nomination d’un PDG extérieur au microcosme franco français ne peut avoir que des effets positifs pour les salariés . En effet le système de ponction sur Air France ( et sur les autres compagnies française ....) , par le biais de taxes en tous genres ayant augmenté de 150% en dix ans , mis en place par l’état français ne peut fonctionner qu’avec l’aval de dirigeants complaisants qu’elle a toujours nommés.

3- En conséquence nommer un PDG avec les mains libres ( et qui, comme dans toutes les autres compagnies aériennes, mettrait en place un système d’optimisation fiscale non plus en faveur de l’état français mais de sa compagnie ) ne peut qu’etre positif pour les salariés car il faut rappeler que rien que le montant annuel de la taxe Chirac se rapproche du montant de l’augmentation salariale demandée par les salariés.

Au final on constate ( en simplifiant un peu, je vous l’accorde...) que la suppression d’une seule taxe ( la taxe Chirac ) équivaudrait à supprimer toutes les grèves chez Air France ....

Qui porte donc la responsabilité de ce gâchis...?
Réponse de le 06/08/2018 à 10:29 :
Merci à La Tribune de laisser dire la vérité
a écrit le 02/08/2018 à 17:47 :
Vu de mon hublot, la nouvelle gouvernance a tout d'une usine à gaz, mais c'est mon hublot et de là on n'y voit pas grand chose; la seule chose de bien serait que KLM aît plus de pouvoir; quant à l'américain potentiel, why not ça changerait, mais quel sera son domaine d'action exactement?
a écrit le 02/08/2018 à 17:19 :
Et si les patrons de la C.G.T et S.N.P.L air France étaient nommés ? On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
a écrit le 02/08/2018 à 10:36 :
Très bonne initiative, la compétence professionnelle ne dois pas avoir de frontière .
a écrit le 02/08/2018 à 8:38 :
MDR! Avec le salaire "encadré", si ils prennent un américain ils auront soit le patron d'une épicerie soit un loser... AF est déjà morte, il faut arrêter les frais et ne pas perdre le temps politique (et l'argent des contribuables) d'Alitalia et Swissair. Pourquoi pas un rachat par Turkish?
Réponse de le 05/08/2018 à 20:25 :
Quel rapport entre AF en 2018 et l’argent du contribuable?
a écrit le 02/08/2018 à 0:40 :
Si Elbers prend en direct le secteur des alliances, on va à la catastrophe.
a écrit le 01/08/2018 à 20:34 :

Cette nouvelle organisation a de quoi étonner ....
Si Peter s’occupe de KLM et des Alliances...
Si Franck s’occupe d’Air France ....
Si Anne Marie Préside ....
Il restera quoi pour Bill le petit nouveau ...? La convergence des SI ...?
Réponse de le 02/08/2018 à 7:15 :
John ,Je partage votre avis
La nouvelle personne- et son salaire élevé- dans cette nouvelle organisation plutôt rare aura de mon point de vue très peu de champ d'actions et donc de pouvoir. OUI, La convergence des SI a été très douloureuse à AF-KLM et encore inachevée après plus de 10ans de vie commune.
Aura t il une action sur l'achat commun d'avions définis sur la base de spécifications communes AF-KLM ?
Ou est ce Une étape intermédiaire pour déboucher sur une séparation progressive de KLM du groupe AF-KLM ?
Bizarre cette nouvelle organisation qui se rapprocherait selon ma compréhension de l'article d'une organisation du type conseil de surveillance/directoires séparés
a écrit le 01/08/2018 à 19:12 :
Et si on revendait carrément tout le fourbi à quinenveut ?
Après tout, s'il y a bien un secteur largement en concurrence sans monopole, c'est bien l'aérien... donc ouste...
Cette boite est un bourbier depuis des décennies, on n'en tirera jamais rien ici...
Réponse de le 06/08/2018 à 10:32 :
Vous ne suivez pas l’actualité ? Accord en veux, c’est donné. Le boulet c’est l’état qui prélève plus que tous les autres
a écrit le 01/08/2018 à 17:52 :
Le problème d'Air France n'est pas le PDG en tant que tel mais celui de ce qu'il est convenu d'appeler "la technostructure" Celle-ci n'a jamais eu une vision claire du devenir d'Air France, car elle ne connait pas le fonctionnement de l'entreprise. Des décisions stratégiques lourdes ont été prises sans que les opérationnels ne soient jamais consultés. Air est une "mosaïque de chapelles" qui tournent en circuit fermé, chacun rejetant sur le voisin la responsabilité des manquements. Il ne s'agit pas de bien faire, mais d'avoir une bonne raison de ne pas pouvoir le faire. Beaucoup d'entreprises ex-publiques ont connu les mêmes difficultés, mais le fait qu'Air France soit une entreprise tres convoitée par la "noblesse républicaine" des énarques les a accentuées. Pour Air France, il faudrait un patron qui connaisse toute la boîte dans ses moindres recoins et qui saurait immédiatement où aller chercher les infos en court-circuitant les étages supérieurs...Peu compatible avec un parachutage d'énarque.
Réponse de le 02/08/2018 à 0:42 :
On voit que l'on a ici quelqu'un qui a du vécu de l'intérieur...
Réponse de le 02/08/2018 à 12:20 :
Et encore moins compatible avec la mise en place d'un pilote; pour qui l'entreprise n'est rien d'autre que l'endroit où on relève ses courriers. Sans même imaginer qu'il y a "des gens" pour récupérer le pognon qui sert à les payer. PS "vision claire du devenir d'Air France", c'est tellement "marqué"' !
a écrit le 01/08/2018 à 17:49 :
Les salariés qui ont mis dehors le précédent PDG apprécieront l'efficacité de leurs luttes...peut-être peuvent-ils racheter l'entreprise et en faire une scop, qui sait?
Réponse de le 02/08/2018 à 0:07 :
Personne n’a mis dehors l’ex PDG. Il a mis, à tort, son mandat dans la balance, persuadé par ses lieutenants que les troupes le suivaient.
Sa démission relève de sa seule responsabilité.
a écrit le 01/08/2018 à 16:53 :
Il faut être courageux pour diriger cette entreprise avec des salariés gâtés et toujours en grève.
a écrit le 01/08/2018 à 16:42 :
Donc chacun des 30 000 employés AF a fait perdre 12 000 euros à AF soit 355 millions au total pour les 15 jours de grève , qui auraient été mieux dans leurs poches que celles des concurrents . Les salariés peuvent remercier SUD et SNPL ..
Réponse de le 01/08/2018 à 19:12 :
Renseignez vous sur les salaires,sur les promesses faites par la direction,sur les conditions de travail,avant de tirer à vue.
a écrit le 01/08/2018 à 16:32 :
Bon courage à la direction pour expliquer aux salariés, et surtout aux pilotes, qu'il faut faire des efforts alors que le PDG se verra une rémunération à des niveaux jamais atteints!
Le "faites de que je dit, pas ce que je fait" ne marche pas en France! Les travailleurs sont moins moutonniers et soumis qu'ailleurs et ce n'est finalement pas si mal.
Le Français ne rechigne pas à l'effort tant que cela a du sens et que c'est un effort collectif et partagé
Réponse de le 01/08/2018 à 19:39 :
+1
Les patrons anglais obtiennent de bons résultats car ils réduisent l’ensemble des coûts y compris le personnel : salaires anémiques, pas assez de personnel occasionnant des retards et j’en passe. Les anglais ont également un côté « mouton » très développés.
Je suppose également que les personnes qui critiquent les salaires d’Air France se trouvent bien payés et que tout le monde devrait par conséquent s’aligner sur eux ?
PS : je ne vole pas chez AF pour ceux qui ne l’auraient pas compris avec mon pseudo.
Réponse de le 02/08/2018 à 7:12 :
Dites cela aux pilotes, qui ont imposés à avoir un intéressement 4 fois supérieur aux autres personnels !!!
a écrit le 01/08/2018 à 15:32 :
L'americanisation de l'Europe, et par conséquent, de la France et de sa belle culture, est bel et bien " en Marche".

De Gaulle ne se retourne même plus dans son cercueil tellement il doit dépité...
a écrit le 01/08/2018 à 15:17 :
C’est bien. On augmente le nombre de postes directoriaux, on augmente leur rémunération, ainsi ils seront plus nombreux à expliquer aux salariés qu’il faut « faire des efforts » .
C’est beau le management des ressources humaines......
a écrit le 01/08/2018 à 13:44 :
On se prend à rêver que FG ait raison (américain ou pas).

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