Le port du Havre s'impose comme la solution logistique pour Paris

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  753  mots
Le port du Havre est en eaux profondes, capable d'accueillir les plus gros porte-conteneurs du monde (on y a lancé l'énorme Bougainville capable de porter 18.000 conteneurs, soit à peu près un milliard d'euros de marchandises par voyage), à 200 tout petits kilomètres de Paris, et absolument pas congestionné comme Anvers et Rotterdam. (Crédits : CGA CGM)
Les ports d'Anvers, de Rotterdam et l'autoroute A1 sont congestionnés. Le port du Havre s'impose de plus en plus comme la solution logistique pour l'économie et la grande distribution parisiennes et comme alternative au « tout par la route ». Edouard Philippe, le député maire, rêve, à partir de l'Axe Seine, de créer un flux est-ouest du Havre à la République Tchèque en passant par Paris

«Je comprends parfaitement la logique du canal seine-nord, avoue Edouard Philippe, le député maire LR du Havre. Mais si l'on dépasse la seule logique régionale, j'avoue avoir un peu de mal à saisir pourquoi l'on souhaite construire une voie fluviale parallèle à la mer et surtout pourquoi les gouvernements successifs veulent absolument investir de l'argent public pour finalement développer le trafic des ports belges !»

Edouard Philippe pense clairement qu'un euro dépensé n'aura pas, et de très loin, le rendement du même euro investi dans l'Axe Seine. «L'économie mondialisée, c'est avant tout une économie maritime et portuaire, et je me demande si l'on est bien conscient que les flux de mondialisation sont des flux physiques et que pour 80% ils sont sur la mer, ajoute Edouard Philippe. En France nous avons une relation très distante avec l'économie maritime et on voit encore moins que l'industrie se rapproche des ports. Capter les flux de la mondialisation c'est aussi une question de politique industrielle. »

1 CONTENEUR SUR 2 PASSE PAR LA BELGIQUE OU LA HOLLANDE

Pourtant 50% du trafic conteneurs destiné à la France passe par la Belgique et les Pays Bas. Une très mauvaise habitude. Alors qu'il y a moins cher et plus rationnel : le port du Havre est en eaux profondes, capable d'accueillir les plus gros porte-conteneurs du monde (on y a lancé l'énorme Bougainville capable de porter 18.000 conteneurs, soit à peu près un milliard d'euros de marchandises par voyage), à 200 tout petits kilomètres de Paris, et absolument pas congestionné comme Anvers et Rotterdam. «En 1990, il n'y avait que 20% des containers qui passaient par l'Europe du Nord, rappelle Christophe Bouters, le DG de Panhard groupe qui vient d'installer plus de 300.000 mètres carrés de parcs logistiques dernière génération dans le port du Havre. Le Havre a pris du retard, mais le port a su investir, les armateurs chinois eux-mêmes l'ont compris. Il nous faut aujourd'hui convaincre les Parisiens, les grands de la distribution en premier, que leur logistique doit s'organiser à partir du Havre. Ils hésitent, ils ont pris quelques mauvaises habitudes en passant par le nord de Paris et en congestionnant l'A1 ou par l'est, mais ils sont en train de se rendre compte que toutes les logiques les poussent à l'ouest ». L'approvisionnement de Paris et de l'Ile-de-France passe par Le Havre.

L'ILE DE FRANCE EST UN "NAIN LOGISTIQUE"

Edouard Philippe estime que l'Ile-de-France est à l'ouest « une très grande région industrielle mais un nain logistique. Il y a une urgence industrielle à retrouver les parts de marché que nous avons laissées aux Belges et aux Hollandais. Il se fait jour également une logique à compléter les traditionnels axes nord-sud en Europe, Mer du nord-Méditerranée, par un axe est-ouest : Le Havre-Paris- sud de l'Allemagne-République Tchèque. La mondialisation c'est aujourd'hui des porte containers de plus en plus grands desservant des ports de plus en plus grands. Les flux maritimes sont de plus en plus optimisés et il faut maintenant optimiser la logistique à partir des ports . Ce n'est pas absurde de développer la logistique au nord de Paris, ce qui est absurde serait de ne pas le faire en liaison avec l'Axe Seine et l'Est de l'Europe».

L'AXE SEINE C'EST AUSSI LE FRÊT FERROVIAIRE

La solution pour organiser cet hinterland et desservir Paris c'est bien évidemment le ferroviaire entre Le Havre et Paris. Le trafic fluvial n'y suffira pas et il est nécessaire de sortir de cette logique écologiquement et économiquement catastrophique : 99% des flux entre l'Ile-de-France et le port d'Anvers passent par la route et 85% des containers vont du Havre à Paris en camions ! L'enquête publique sur la modernisation de la ligne Serqueux-Gisors vient une fois de plus d'être repoussée pour cause d'élections régionales, ce qui désole un peu Edouard Philippe. Comme le désole le fait que l'Axe Seine n'ait jamais été une priorité de développement pour le Conseil régional d'Ile-de-France. Mais Christophe Bouters estime que les armateurs qui investissent de plus en plus dans les ports sont convaincus de la pertinence du choix du Havre et que tout le monde y viendra. «Le Havre a rattrapé son retard, les investissements ont été massifs, il nous faut convaincre les grands de la distribution de changer leurs habitudes. Leclerc a déjà acheté au Havre et organise sa logistique en France à partir du port. Les grands de la distribution ont tout à y gagner, je pense qu'ils y viendront. »