Jean-Yves Durance : « Le fluvial peut être durable et rentable »

 |   |  763  mots
La logistique urbaine durable comprendra une combinaison de moyens : fluviaux, ferroviaires, mais aussi des véhicules électriques et aussi des entrepôts intermédiaires de plus petite dimension.    | F. Daburon
"La logistique urbaine durable comprendra une combinaison de moyens : fluviaux, ferroviaires, mais aussi des véhicules électriques et aussi des entrepôts intermédiaires de plus petite dimension. " | F. Daburon (Crédits : Reuters)
Les Trophées 2014 de la mobilité, organisés par le Stif dans le cadre des Assises de la mobilité, viennent de récompenser le projet Ludeb, porté par la CCI Hauts-de-Seine, qui vise au développement des transports fluviaux dans la logistique urbaine sur le marché du mobilier de bureau. Jean-Yves Durance, son président, revient sur ce projet innovant et explique les enjeux d’une logistique durable et rentable en Ile-de-France.

La Tribune : Que représente ce trophée de la mobilité pour vous ?

Jean-Yves Durance : C'est la reconnaissance que le secteur de la logistique urbaine est fondamental pour le développement de l'économie, et qu'il peut aussi se saisir des enjeux environnementaux pour devenir durable. La livraison des marchandises dans les villes avec le camion est un facteur de congestion, de pollution et de perte de temps pour tous, comme le montre l'augmentation significative des embouteillages en Ile-de-France ces dix dernières années. Nous devons changer cela et prendre en compte les évolutions du secteur. L'essor spectaculaire du e-commerce, notamment, modifie les problèmes de logistique. Le consommateur ne transporte plus lui-même son produit de la boutique, qui fait office de mini-entrepôt, jusqu'à chez lui, mais se le fait livrer.

 

En quoi le projet Ludeb est-il innovant ?

Il y a plusieurs innovations. La première est une innovation de process : nous cherchons à tester de nouveaux schémas multimodaux à partir du fleuve, pour la livraison de marchandises sur le marché du mobilier de bureau. Et pour la première fois, tous les acteurs travaillent ensemble pour appréhender les enjeux de bout en bout : des acteurs économiques (la CCI Hauts-de-Seine), le leader du marché de la fourniture de matériel de bureau (Steelcase),  un consultant fluvial (Euroflots), un transporteur (Lena) et un commissionnaire (Green Supply Chain).

 

Comment compensez-vous les désavantages du transport fluvial par rapport à la route, à savoir les surcoûts et les délais ?

Le fluvial créé effectivement une rupture de charge qui doit être compensée par des avantages. L'innovation est donc aussi technique, car nous modifions le cadencement de fabrication et de sortie d'usine pour l'adapter au fluvial, qui peut transporter bien plus de marchandises qu'un 38 tonnes par exemple. On a mis au point des conteneurs repliables qui peuvent occuper moins d'espace au retour. Nos nouveaux containers facilitent aussi le recyclage, car quand on renouvelle le mobilier de bureau d'une entreprise, il faut pouvoir reprendre et convertir le mobilier usagé.

Quand on livre du mobilier de bureau dans Paris en utilisant la Seine, on ne créé pas d'embouteillages, on pollue beaucoup moins et on met en place un système de transports qui se rapproche considérablement du point de livraison. Le fluvial, à Paris, est un transport de proximité qui réduit l'impact du « dernier kilomètre », qui en réalité représente plutôt les 20-30 derniers kilomètres car les entrepôts se situent de plus en plus loin des villes.

 

Quel est l'objectif et le calendrier du projet Ludeb ?

Derrière le projet Lubeb, qui sera opérationnel d'ici à la fin de l'année, il y a une initiative plus large de la CCI. L'idée est d'établir de manière durable un réseau d'entreprises décidées à innover profondément dans le domaine de la logistique pour en faire une logistique durable et rentable. Car ne nous leurrons pas : le durable n'est concevable seulement s'il se situe dans une logique rentable. Nous encourageons les entreprises à réfléchir à comment modifier leurs processus pour répondre aux attentes des consommateurs, de la société qui veut réduire l'impact environnemental, des collectivités, tout en tenant compte de leurs impératifs économiques. Et nous leur montrons qu'il existe de nouvelles solutions avec le fluvial.

 

Le fleuve, pourtant un moyen de transport très ancien,  est donc l'avenir de la logistique urbaine durable ?

Il est l'un des éléments. Dans une ville comme Paris, construite autour de la Seine, le fleuve a permis le développement économique. Il est toujours utilisé mais il pourrait l'être davantage et c'est donc un élément important pour le développement économique futur.  La logistique urbaine durable comprendra une combinaison de moyens : fluviaux, ferroviaires, mais aussi des véhicules électriques et aussi des entrepôts intermédiaires de plus petite dimension.   

 

Est-ce que le réseau fluvial français est sous-exploité par rapport au reste de l'Europe ?

Oui, la France a du retard dans le développement du fluvial. Paris, en particulier, aurait tout intérêt à tirer un meilleur profit de son fleuve. Les métropoles les plus performantes sont celles qui sont reliées à la mer. Nous avons la chance d'avoir la Seine, qui nous donne un accès privilégié à la mer grâce au Havre, le deuxième port européen. Contrairement au Rhin, difficilement navigable par endroits, l'axe Paris-Le Havre est pratique et peut clairement être mieux utilisé. L'enjeu est considérable pour l'attractivité francilienne et la croissance française.

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/07/2014 à 11:01 :
Les générations qui nous ont précédé ont su penser à nous. Elles nous ont laissé des infrastructures (dont de nombreux canaux) et lancé des mouvements de long terme. Par exemple, l'assainissement de l''Aquitaine a été lancé par Louis XIV, accéléré par Napoléon III et a trouvé sa conclusion dans les années 1950, avec l'apparition du DDT et la démoustication. Nos ancêtres nous ont ainsi laissé une région maintenant très prisées. Aujourd'hui, nous consommons, nos politiques cèdent aux dogmatiques pour gagner les 2 ou 3 % de voix qui peuvent leur manquer. Non seulement nous ne préparons pas l'avenir mais nous empêchons nos enfants d'agir en leur laissant une dette immense. Oui il faut accélérer le fluvial. On parle de ferroutage depuis 40 ans sans rien faire. Il faudrait aussi commencer à créer des infrastructures de stockages de l'eau pour parer au réchauffement inéluctable. C'est vrai que nos politiques sont bien trop occupés à s'insulter pour prévoir l'avenir.
a écrit le 08/07/2014 à 1:31 :
Point de vue et article tout à fait pertinents en effet. Reste à modifier la motorisation actuelle du fluvial et passer à l'électro-solaire, biogaz, hydrogène, c'est moins de pollution, souvent plus de souplesse et à terme d'économies.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :