Capitale européenne de la culture en 2013 : un milliard d'euros pour redorer le blason marseillais

Par Adeline Descamps, à Marseille, Méridien Mag  |   |  887  mots
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Après des années de travaux, de gestation et tergiversations, la capitale européenne de la culture devient enfin une réalité à Marseille Provence. Un élément de reconquête pour la ville dont l'image a été ternie par des mois de "bashing".

Enfin ! En dépit des difficultés, au-delà des polémiques, des disputes et des controverses, Marseille et la Provence sont au rendez-vous de leur histoire. Le président de la République, François Hollande donne ce samedi 12 janvier le coup d'envoi des festivités et des manifestations dans la cité phocéenne, devenue en 2013 capitale européenne de la culture.
Petit rappel des faits depuis l'euphorie de ce 16 septembre 2008 quand Marseille-Provence (130 communes dont Arles, Aix-en-Provence, Martigues, Aubagne, Salon de Provence et Marseille) a raflé la mise. Formidable accélérateur de renommée, vecteur de promotion culturelle et économique, outil de marketing territorial, ... on a tout écrit et lu ou presque sur ce label qui doit permettre à une ville de s'inscrire "dans la rumeur du monde".
C'est à Melina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture, et à son homologue français, Jack Lang, que l'on doit la création en 1985 du label de capitale européenne de la culture (CEC). Depuis Athènes la première, 46 villes ont connu cet honneur, dont trois en France : Paris en 1989, Avignon en 2000 et Lille en 2004. Et c'est précisément depuis la réussite de la métropole nordiste que les villes se livrent à une concurrence acharnée pour décrocher le précieux sésame. Toutes appâtées par une arithmétique déclinée un peu trop systématiquement par l'ancienne capitale des Flandres mais qui reste à étayer avec des statistiques sérieuses: un retour sur investissement de l'ordre de 6 ? pour un euro investi.

Valse-hésitation

Pour décrocher la timbale en 2013, pas moins de huit villes s'étaient portées candidates : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Nice, Saint-Etienne et Amiens. Mais la cité chère à Jean-Claude Gaudin n'a pas eu beaucoup de peine à emporter la mise face à Lyon, Toulouse et Bordeaux en short list au vu des critères de sélection. Marseille, ville pauvre, qui souffre de nombreux retards en termes d'équipements culturels, apparaissait alors comme celle qui en a le plus besoin.
La suite est connue et a donné chroniquement du grain à moudre aux détracteurs : les problèmes de gouvernance au sein de l'Association MP 2013, chargée de coordonner l'ensemble des travaux de préparation, le départ du directeur général Bernard Latarjet et l'arrivée aux commandes de François Chougnet, ancien directeur du parc de la Villette, les guerres de clochers entre Aix, Marseille et Toulon qui se sont soldées par le retrait de cette dernière, amputant le budget de l'événement de 7,35 M? tandis que les valses-hésitations de la première ont fait perdre de précieux mois.

Un budget de 91 millions d'euros

In fine, le budget de l'événement s'établira à 91 M? (contre 73,7 M? pour Lille), dont 22,05 M? apportés par la Ville de Marseille et la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, 12,25 M? par l'État, le CG13 et la Région chacun, 7,35 M? par Aix-en-Provence et la communauté d'agglomération du Pays d'Aix (CPA), 2,45 M? par l'UE. Sans oublier les autres territoires : Arles (1,1 M?), Aubagne (1,1 M?), Martigues (1,4 M?), Istres (800 K?), Gardanne (367 K?), Salon (367 K?).
Et surtout, l'événement déclenche plus d'un milliard d'euros d'investissements privés et publics pour de grandes gestes architecturales. Parmi les plus emblématiques, le Musée des Civilisations d'Europe et de Méditerranée (MuCEM), le plus grand musée de France en dehors de Paris, la Villa Méditerranée (ancien CeReM), le Musée Regards de Provence, le Fonds Régional d'Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d'Azur (FRAC) ... Aix-en-Provence inaugurera un nouveau Conservatoire de musique de la Ville, alors que l'Eden Théâtre rouvrira ses portes à La Ciotat.

Des retards à l'allumage

Mais tous - comme le MuCem (ouverture au public prévue en mai) et la Villa Méditerranée (ouverture au public prévue en avril) - ne sont pas prêts pour le lancement. Des retards qui valent quelques railleries, mais que Ulrich Fuchs, directeur général adjoint de l'association MP 2013, justifie en rappelant que "cela avait été clair dès le début. Dans toutes les capitales européennes de la culture, les inaugurations se sont ainsi échelonnées tout au long de l'année". L'homme sait de quoi il parle, il occupait les mêmes fonctions à Linz en Autriche pour le titre en 2009.
Tandis que l'événement, qui avait fait gagner "10 ans de notoriété" au territoire lillois selon la formule célèbre de la maire de Lille, Martine Aubry, avait réuni 13 M? de budget apporté par 82 entreprises, en Provence, la contribution des entreprises atteint près de 14M? pour un objectif financier initial fixé à 14,7 M?. La Poste, Orange, SMC, Eurocopter et la Poste ont déboursé 1,5 M? chacune pour être partenaires officiels.

2 millions de visiteurs attendus en plus

À quelques heures du coup d'envoi, reste désormais l'espoir : Lille 2004 aurait attiré pas moins de 9 millions de visiteurs et Liverpool 2008, autour de 3,5 millions de touristes avec des retombées économiques estimées à 800 M£.
À ce jour, les Bouches-du-Rhône accueillent déjà 8 millions de visiteurs pour 44 millions de nuitées consommées et une dépense totale estimée à 2,6 milliards d'euros. Les organisateurs tablent sur 2 millions de touristes supplémentaires, soit un potentiel de retombées directes et indirectes de quelque 600 millions de plus.