La mondialisation booste l’industrie du cinéma en Ile-de-France

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  801  mots
La série Versailles pour Canal + est l'une des rares productions visant l'international (Crédits : Canal +)
La production cinéma et audiovisuelle est en pleine croissance et créatrice d’emplois. Mais uniquement en Ile-de-France. La mondialisation des tournages et des financements fait plus que compenser l’écroulement de la production française

Les investissements baissent, mais la croissance est forte. Elle ne se dément pas depuis 10 ans. Elle ne se démentira pas non plus cette année. C'est l'étonnant paradoxe de la production audiovisuelle et cinématographie en Ile-de-France qui aura encore créé 3,7% d'emplois permanents supplémentaires en 2014.

Pourtant, la production française après avoir baissé de 20% en 2012, d'un peu moins en 2013 (-6,5%), a de nouveau plongé de 20% en 2014. Un marasme. Mais, étonnamment, selon la dernière enquête de l'Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique d'Ile-de-France, le secteur est en pleine forme : 20.000 emplois permanents, 115.000 intermittents et des producteurs qui engrangent les bénéfices, c'est le seul secteur industriel majeur de l'Ile-de-France en croissance constante depuis 10 ans.

La raison ? La mondialisation. « La croissance en Ile-de-France est entièrement liée à la croissance de la production internationale », explique Olivier-René Veillon, le directeur général de la Commission du film d'Ile-de-France.

Les producteurs qui jouent l'international sont tous en croissance

Depuis 2004 et les premiers grands tournages internationaux, le Da Vinci Code et Marie Antoinette, elle ne fait qu'augmenter. Paris et l'Ile-de-France sont devenus « the place to shot » et rattrapent progressivement Londres : qualité des équipes, superbes décors naturels, grands plateaux de tournages, industrie numérique et 3D au top et, cerise sur le gâteau, le crédit d'impôt... Paris attire les blockbusters hollywoodiens comme la production chinoise, brésilienne ou japonaise. Cela se voit particulièrement dans la croissance des entreprises du secteur :

« Il y a 5.000 sociétés de production en Ile-de-France, ce qui est énorme, continue Olivier René Veillon, mais la plupart n'ont pas d'activité régulière. En revanche, on s'aperçoit que celles, parmi elles, qui accèdent au marché international accèdent également à la croissance. C'est particulièrement visible avec des sociétés de production télévisuelles d'Europa Corp ou de Gaumont. La croissance ne bénéficie donc qu'à un petit nombre de ces sociétés de production, celles qui jouent l'international : les Borgia et bientôt la mégasérie Versailles pour Canal + en sont les meilleurs exemples ».

En plus, avec Versailles, la société Newen, a injecté 27 millions d'euros en Ile-de-France, ce qui permet à la profession de se tenir à flots.

Un secteur en lente restructuration

Le secteur se restructure doucement, se consolide et, pour la première fois, il y a plus d'entreprises qui disparaissent que d'entreprises qui se créent. Ce qui, de l'avis de tous les professionnels de la profession, est plutôt un bien. En revanche, les sociétés techniques viennent, elles, de perdre 80 millions de chiffre d'affaires en deux ans.

La mutation numérique est certes importante mais le secteur est surtout laminé par la forte pression exercée sur les prix et sur les coûts. Les industries techniques étant en la matière en première ligne, la masse salariale et les emplois n'y évoluent pas positivement. Pour le reste la post-production se porte évidemment bien dans le secteurs travaillant à l'international. Ainsi, Illumination Mac Guff (« Moi, moche et méchant » ) est, pour la deuxième année consécutive, le plus important créateur d'emplois en Ile-de-France.

 La sélection française officielle pour Cannes est 100% francilienne


De plus en plus mondialisée, la production francilienne écrase désormais celle des autres régions qui dépendent de plus en plus d'une production française qui s'écroule. Seule PACA surnage. L'Ile-de-France truste désormais tous les grands tournages internationaux en France. Mais elle produit aussi les films français qui risquent de s'exporter : les 4 films de la sélection française pour le Festival de Cannes ont été soutenus par elle. Mieux, ils sont tous les 4 susceptibles de réaliser une excellente carrière à l'étranger ; leurs réalisateurs ont déjà eu des films bien vendus à l'exportation et, en particulier Jacques Audiard, sont des cinéastes reconnus à l'étranger.

Réformer le financement du cinéma français

Pour que la croissance revienne partout,  il y a deux questions essentielles à régler. D'abord la concurrence presque déloyale de la Belgique : avec ses Tax Shelter à taux hyper préférentiels, elle attire toutes les sociétés de production, y compris françaises, chez elle. Avec la bénédiction du Centre National du Cinéma (CNC) qui continue d'agréer les films délocalisés et produits en Belgique à grands coups de défiscalisations tous azimuts sans jamais un mot plus haut l'autre. Ensuite, la réforme du financement de la production française. Les chiffres le montrent, elle est trop franco-française. Si les films français ne peuvent accéder aux marché internationaux de financement, le déclin va continuer et les fonds de soutien des régions n'y pourront plus grand-chose.