Le crowdfunding à la rescousse du cinéma français

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Le marché français du crowdfunding a doublé en l’espace d’un an, à 66,4 millions d’euros au premier semestre 2014. REUTERS.
Le marché français du crowdfunding a doublé en l’espace d’un an, à 66,4 millions d’euros au premier semestre 2014. REUTERS. (Crédits : Décideurs en région)
Afin de boucler le financement de son film "L’origine de la violence", le metteur en scène Elie Chouraqui espère lever 250.000 euros auprès des internautes. Pas sous forme de dons, mais d’investissements dans le capital d’une société dédiée à la coproduction du film.

 Un film, c'est de l'art, de l'émotion, mais pas seulement. Un film, c'est aussi "une petite entreprise à part entière, avec un plan de financement et un résultat d'exploitation", souligne la plateforme de crowdfunding Movies Angels. Dès lors, pourquoi un réalisateur en quête de financements ne ferait-il pas appel à "l'equitycrowdfunding", ce segment du financement participatif qui met en relation des patrons de start-up à la recherche d'argent frais avec des internautes désireux d'investir dans l'économie réelle ?

 Cette question, Elie Chouraqui ne se la pose plus, lui qui cherche à lever 250.000 euros via Movies Angels, afin de boucler le financement de "L'origine de la violence", dont le tournage - avec, entre autres, l'acteur Richard Berry - commencera fin novembre ou début décembre. Un film adapté du roman éponyme de Fabrice Humbert, lequel raconte l'enquête menée sur sa propre famille par un jeune professeur qui, dans le cadre d'un voyage scolaire au camp de concentration de Buchenwald, découvre la photographie d'un ancien détenu ressemblant trait pour trait à son propre père.

 Un cinéma français davantage porté vers les comédies, à l'heure actuelle

 Bien que ce livre, publié en 2009, se soit écoulé à plus de 100.000 exemplaires en France, le financement de son adaptation cinématographique n'est pas chose facile, la SND (Société nouvelle de distribution, groupe M6), par exemple, ayant décidé de faire machine arrière.

"Si le financement du film s'est avéré compliqué, c'est parce que son sujet - qui a trait à la mémoire cachée de la famille, à la déportation - est quelque peu « touchy. » Or, à l'heure actuelle, le cinéma français, compte tenu de la situation économique difficile du pays, va davantage vers les comédies",

explique Elie Chouraqui.

Certes, des producteurs allemands ont fini par apporter la majeure partie du budget total de trois millions d'euros, mais il manquait encore de l'argent, d'où le recours au financement participatif. Concrètement, via la plateforme Movies Angels, les internautes peuvent investir quelques dizaines, quelques centaines, voire plusieurs milliers d'euros dans le financement de "L'origine de la violence."

 Un retour sur investissement de 266% ou... une perte de 56%

 "Je me suis tourné vers le crowdfunding parce que ce mode de financement génère une communauté de personnes qui partagent les mêmes idées, qui partent au combat avec moi, qui sont autant de spectateurs potentiels", argumente Elie Chouraqui. Mais pourquoi avoir opté pour "l'equitycrowdfunding", alors que la plupart des films qui recourent au financement participatif utilisent les plateformes spécialisées dans les dons ? "J'ai choisi le crowdfunding en equity, plutôt que le don, parce que je voulais que les internautes se sentent réellement impliqués dans la production du film, qu'ils se considèrent comme des coproducteurs, comme des partenaires du film", répond Elie Chouraqui.

 En tant que coproducteurs, les internautes auront leur part des bénéfices du film, ou... de ses pertes. Dans l'hypothèse haute élaborée par Movies Angels, et basée sur 700.000 entrées en salles, couplées à 620.000 euros de ventes à l'étranger, les particuliers ayant participé au financement de "L'origine de la violence" obtiendront en moyenne un retour sur investissement de 266%. L'hypothèse basse, qui repose sur 150.000 entrées et 120.000 euros de recettes à l'export, déboucherait en revanche sur une perte de 56%. Un investissement dans un film est "tout aussi risqué que celui effectué au capital d'une PME", insiste Movies Angels.

 Une nouvelle réglementation du crowdfunding le 1er octobre

 Autre similitude avec un investissement dans une PME, les internautes qui placeront au moins 500 euros dans "L'origine de la violence" pourront déduire de leur impôt sur le revenu 18% du montant investi, jusqu'à 9.000 euros par personne. Ou, pour ceux redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune, 50% de la somme investie, dans la limite de 45.000 euros de réduction d'impôt.

 Elie Chouraqui en est convaincu, "le crowdfunding est un financement d'avenir, qui permettra peut-être un jour de se passer des banques." Les chiffres lui donnent raison : le marché français du crowdfunding a doublé en l'espace d'un an, pour atteindre 66,4 millions d'euros au premier semestre 2014, selon l'association Financement Participatif France. Et encore, c'était avant l'assouplissement de sa réglementation, qui entrera en vigueur le 1er octobre.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2017 à 12:55 :
Et si le film ne remportai plus d'argent lorsque tout le monde l'a vu? Comment rémunérer les actionnaires? Je crois que la réalisation des films fait recours à une Donation. Les initiateurs peuvent envisager des récompenses matérielles comme chez http://social-plusplus.com/
a écrit le 16/09/2014 à 15:09 :
C'est drôle de voir cette élite bienpensante du cinéma Français Elie Chouraqui ou Michèle Laroque, qui vivent comme des petits rois, venir s'intéresser à monsieur "tout le monde" le temps d'une levée d'argent de crowfunding. Surtout qu'en matière de succès au box-office on peut pas vraiment dire que ces 2 personnalités du cinémas soient des champions...
Je participe déja au regime intermittents du spectacle à travers le cotisations sociales sur mon salaire, et je participe aussi aux niches fiscales du cinéma (Soficas) à travers mes impôts. Je paye la taxe sur la copie privée sur les DVD vierges, clés USB et Disques durs alors que je ne télécharge aucun film (c'est pour travailler) alors NON messieurs du cinéma, allez pleurnicher aillleurs ....
a écrit le 13/09/2014 à 19:20 :
Non merci, je paye déjà une partie des croissants.
a écrit le 13/09/2014 à 13:21 :
on a déjà les intermittents ...
a écrit le 12/09/2014 à 18:03 :
N'y a-t-il pas un Sheik qatari ou saoudien qui s'intéresserait au cinéma français par hasard ?.......
Réponse de le 13/09/2014 à 7:52 :
Impossible à cause de ce qui pourrait être véhiculé dans les films (Alcool, nudité etc.)
Réponse de le 13/09/2014 à 10:02 :
alors il faudra que notre cinéma révise ses valeurs n'est-ce pas ?
Réponse de le 13/09/2014 à 10:25 :
Non on se passe d'eux, et on arrête de se regarder le nombril avec notre "spécificité culturelle" invendable.

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