"Valeurs actuelles" change de propriétaire mais pas de directeur

Par Laszlo Perelstein  |   |  461  mots
Lancée en janvier 2013, la nouvelle formule du journal est plus polémique et provocante. (Crédits : Valeurs actuelles/Montage : La Tribune)
L'hebdomadaire de droite sera racheté par un consortium mené par le patron de Radio Classique, Etienne Mougeotte, et le journaliste Charles Villeneuve. Fort de sa nouvelle formule, il a vu sa diffusion dépasser les 100.000 exemplaires en 2014 et a signé un retour aux bénéfices après deux décennies de disette.

À l'équilibre après 23 années de pertes, Valeurs actuelles va prochainement changer de main. Dans un communiqué, transmis ce mercredi 22 avril, le groupe Pierre Fabre a annoncé être entré en discussions exclusives avec la société Privinvest Médias, présidée par l'ancien directeur de TF1, Etienne Mougeotte, pour la reprise de l'hebdomadaire, ainsi que des trimestriels Jours de chasse et Jours de cheval.

Cité dans le communiqué, l'actuel directeur général de Radio Classique explique vouloir "donner les moyens à Valeurs actuelles de poursuivre son spectaculaire redressement et d'en faire un magazine de référence".

Actionnaire minoritaire de la société Prinvivest Médias, Etienne Mougeotte est associé au journaliste et producteur Charles Villeneuve, également actionnaire minoritaire et ancien de TF1, ainsi qu'à l'homme d'affaires franco-libanais Iskandar Safa, qui préside le groupe Privinvest.

Le rachat du journal, dont le groupe Pierre Fabre cherchait à se débarrasser depuis le décès de son fondateur et dirigeant en juillet 2013"pourrait être effectif d'ici à la fin juin après avoir été soumis à la consultation du personnel selon les dispositifs légaux".

La provocation, un marketing dangereux mais lucratif

Le communiqué précise par ailleurs qu'Yves de Kerdrel, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles"a d'ores et déjà accepté de conserver ses fonctions et de nous accompagner dans ce projet ambitieux qui en appellera d'autres, notamment à l'international".

Il faut dire que l'arrivée de l'homme à ce poste en octobre 2012 a été providentielle pour Valeurs actuelles. Yves de Kerdel, qui a participé au lancement de la nouvelle formule, adopte une ligne éditoriale plus "dure" et à droite, "se rapprochant de celle de Minute", comme l'expliquait en décembre 2013 aux Inrocks le directeur de la publication de ce journal d'extrême-droite.

Nettement plus provocantes et polémiques, les nouvelles Unes de Valeurs actuelles lui ont d'ailleurs coûté quelques milliers d'euros: le directeur de la publication Yves de Kerdrel a ainsi été condamné deux fois, en février et mars derniers : pour "provocation à la discrimination" envers les musulmans pour cette couverture présentant une Marianne voilée et titrée "Naturalisés, l'invasion qu'on cache", et pour "provocation à la discrimination, à la haine ou la violence" envers les roms pour cette autre barrée du titre "Roms, l'overdose".

Lancée en janvier 2013, la nouvelle formule a toutefois permis à l'hebdomadaire d'augmenter sa diffusion de 10.000 exemplaires par semaine la première année de lancement et 20.000 la deuxième, atteignant ainsi une diffusion totale moyenne de 117.449 exemplaires en 2014 d'après l'OJD, après 98.612 exemplaires l'année d'avant.

Le journal, créé en 1966, a ainsi terminé 2013 en étant à l'équilibre, pour la première fois en vingt-trois ans, et a même enregistré un résultat net de 1 million d'euros, d'après les Inrocks.