Poutine, nouveau Brejnev, entre stagnation et contestation

Par latribune.fr (source AFP)  |   |  500  mots
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Vladimir Poutine va retrouver son poste de président de la Fédération de Russie, après une parenthèse de quatre ans comme Premier ministre, mais il devra cette fois gérer une contestation politique sans précédent et un pays menacé de stagnation, selon des experts. Jusqu'en 2024 ?

A priori, tout va bien pour l'homme fort de Russie: élu dès le premier tour avec 63.9% des voix pour un mandat de six ans -- éventuellement renouvelable -- il peut théoriquement espérer rester au Kremlin jusqu'en 2024, ce qui ferait de lui le dirigeant le plus longtemps au pouvoir depuis Staline. Mais selon des analystes, le maintien au pouvoir de l'équipe Poutine menace le pays d'une stagnation du même genre que celle qu'avait connue l'URSS à l'époque de Léonid Brejnev.

"Ce n'est pas vers la stabilité que nous nous dirigeons mais vers la stagnation: l'économie ne se développe pas et le système n'est pas efficace", estime le politologue Alexandre Konovalov, de l'Institut des expertises stratégiques à Moscou. Un sentiment partagé par Mark Ournov, de l'Ecole Supérieure d'Economie: "Le système a besoin de réformes en profondeur, politiques et économiques, mais il n'y a ni ressources financières ni ressources politiques pour ce faire". Mark Ournov donne en exemple la lutte contre la corruption, un fléau dénoncé aussi bien par Vladimir Poutine que par l'opposition: "Poutine ne peut pas lutter contre la corruption. Cela l'obligerait à porter des coups dans son entourage. Alors que sa popularité est en baisse, il ne va pas faire la guerre à son propre camp".

Le prix du pétrole, facteur politique

"L'un des principaux défis auquel est confronté Poutine est que tout est lié au prix du pétrole. Si le prix du baril est inférieur à 130 dollars, il lui sera impossible de remplir ses promesses et d'équilibrer le budget", assure M. Konovalov. En cas de chute du prix du pétrole "on ne peut exclure des bouleversements politiques et des violences", poursuit cet expert.

La déception de la population va croître après la présidentielle "et la contestation va augmenter", estime Alexandre Konovalov, qui souligne le risque d'une radicalisation de la situation. "On peut craindre une radicalisation non pas de la part de l'opposition mais de la part de l'élite autour de Poutine qui est nerveuse", précise Mark Ournov. Les politologues ont multiplié les analyses ces dernières semaines sur l'évolution possible du régime avec le retour de Vladimir Poutine au Kremlin: légère ouverture vers les contestataires ou au contraire durcissement.

Pour l'analyste Iouri Korgouniouk, "le pouvoir va essayer des stratégies très différentes. Il va d'abord essayer de mettre la pression sur l'opposition. Quand il verra que cela ne donne pas de résultat, il essaiera de s'ouvrir. Mais cette libéralisation ne sera pas à son avantage". L'opposition extra-parlementaire qui manifeste dans la rue est actuellement un ensemble hétéroclite et sans vrai leader. "Si le régime choisit de passer à une confrontation violente, l'opposition modifiera sans doute ses méthodes et ses objectifs de lutte. Et très vraisemblablement, de nouveaux leaders plus radicaux émergeront alors", estime l'écrivain Boris Akounine, l'un des animateurs des manifestations anti-Poutine à Moscou.