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ÉconomieInternational

La Russie de Poutine ne peut plus compter que sur le pétrole pour se développer

latribune.fr (source AFP)

Publié le 28 février 2012 à 05:53 - Mis à jour le 28 février 2012 à 05:58

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Les vastes ambitions affichées pour la Russie par Vladimir Poutine en vue de son retour au Kremlin à la présidentielle du 4 mars ne sont guère réalisables si le pays ne compte que sur la rente pétrolière et les revenus de ses matières premières, soulignent les analystes.

Le Premier ministre russe, grand favori de la prochaine élection, a maintes fois répété son objectif: la Russie doit redevenir l'une des cinq principales économies du monde d'ici à 2020, avec un Produit intérieur brut par habitant de 35.000 dollars. L'objectif paraît très ambitieux, ce chiffre pour la Russie s'étant établi à 10.440 dollars par habitant en 2010, selon des chiffres de la Banque mondiale. D'autant que le candidat Poutine, confronté à une vague de contestation sans précédent depuis la victoire controversée de son parti, Russie Unie, aux législatives de décembre, a récemment promis des hausses de salaires aux professeurs et aux médecins, et des aides sociales considérables d'ici 2018. Le Centre d'études macroéconomiques de la Sberbank a d'ores et déjà chiffré le coût de ces mesures à 5.100 milliards de roubles (127 milliards d'euros).

Une corruption systémique

M. Poutine a aussi annoncé un programme de réarmement sans précédent du pays, de 23.000 milliards de roubles (590 milliards d'euros) d'ici à 2020, et des augmentations allant jusqu'à 300% des soldes des militaires. Au total, la facture est astronomique et promet, si ces mesures sont réellement mises en oeuvre, de faire basculer sérieusement dans le rouge le budget de la Russie.

Car le pays ne peut désormais plus compter sur l'or noir pour assurer sa croissance, comme ce fut le cas lors des deux premiers mandats présidentiels de M. Poutine, entre 2000 et 2008. Durant cette période, les recettes tirées des ventes de brut se sont établies à 1.700 milliards de dollars, et ont constitué la "pierre angulaire" du développement économique de la Russie, rappelle Chris Weafer, stratégiste de la banque Troïka Dialog. Cette manne a assuré la paix sociale dans le pays, à mesure que le niveau de vie de la population augmentait. Mais elle n'a aussi guère encouragé ses dirigeants à moderniser et diversifier son économie, malgré les appels répétés des institutions financières occidentales. M. Poutine a lui-même admis récemment que le pays était plombé par une corruption "systémique", un climat des affaires "insatisfaisant" et une dépendance "inadmissible" à l'exportation des matières premières. Or, l'ère du pétrole-roi "est terminée" aujourd'hui, estime M. Weafer.

Faire venir des investisseurs étrangers

Car même si celui-ci reste à 100 dollars le baril, le pays enregistrera un déficit budgétaire dès 2014, en raison de la hausse inévitable de ses dépenses destinées à maintenir la paix sociale, pronostique Ivan Tchakarov, économiste chez Renaissance Capital. Et si le prix du brut chute brutalement, "la présidence de Poutine sera en danger", avertit-il. Le pouvoir russe est déjà sous pression. Les gens "qui descendent dans la rue sont moins confiants dans l'avenir", observe M. Weafer. "Ils sont bien plus conscients qu'auparavant que la Russie (...) est vulnérable à un choc pétrolier".

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Dans ce contexte, les autorités russes n'ont d'autre choix que de rendre le pays plus attractif aux yeux des investisseurs étrangers, sans lesquels les promesses de modernisation risquent de rester lettre morte, conviennent les analystes. Déjà, l'adhésion de Moscou à l'Organisation mondiale du Commerce, entérinée fin 2011 après 18 ans de tortueuses négociations, semble être le signal que le pouvoir a pris conscience de l'impérieuse nécessité d'ouvrir un peu plus l'économie russe, note Ivan Tchakarov. M. Poutine "va devoir faire des choses qui vont à l'encontre de ses propres instincts", estime-t-il.

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