Le Nicaragua démarre les travaux de son canal à 50 milliards de dollars

Par Tiphaine Honoré  |   |  639  mots
Le tracé du canal traverse le lac de Cocibolca, la plus grande étendue d'eau douce d'Amérique latine.
Le gouvernement du pays d'Amérique centrale et l'entreprise chinoise HKND ont inauguré lundi la construction d'un gigantesque canal inter-océanique controversé, qui pourrait concurrencer son voisin du Panama dès 2020.

Peu importe les doutes sur sa viabilité, les protestations des paysans expropriés et les inquiétudes sur son impact environnemental, le premier coup de pioche du canal du Nicaragua a été donné lundi 22 décembre.

Le responsable de la construction du canal, le milliardaire chinois Wang Jing, était présent aux côtés du président nicaraguayen Daniel Ortega pour l'inauguration du chantier. Son entreprise Hong Kong Nicaragua Development Group (HKND) doit bâtir puis administrer pendant 50 ans l'ouvrage titanesque dont l'aménagement lui aurait été confié sans aucun appel d'offres, pointe l'agence américaine Bloomberg.

Des dimensions considérables pour des ambitions de taille

Le magnat des télécoms a vu grand, rappelle la correspondante du Financial Times à Managua. La nouvelle voie maritime transpercera l'isthme sur 278 kilomètres, soit trois fois la longueur du canal de Panama, pour cheminer jusqu'à Punta Gorda, dans les Caraïbes. Large de 230 à 530 mètres, il ouvrira la voie à des "portes-conteneurs de 250.000 tonnes, mesurant jusqu'à 450 mètres de long" détaille Les Échos.

Le président Daniel Ortega mise beaucoup sur cet énorme chantier, qui pourrait selon lui tirer considérablement l'économie de son pays vers le haut pour le faire passer du deuxième État le plus pauvre de la région à celui de plus riche d'Amérique centrale. À titre de comparaison, le canal de Panama rapporte aujourd'hui un milliard de dollars (817 millions d'euros) à son pays chaque année. Largement saturé, il pourrait être concurrencé dès 2020 par le nouveau venu, si les travaux arrivent à leur terme.

La construction de cette nouvelle voie commerciale est estimée à 50 milliards de dollars (40,8 milliards d'euros). Une somme considérable comparée aux 5 milliards de dollars (4,08 milliards d'euros) qu'ont coûté les travaux d'élargissement du canal de Panama, qui doivent s'achever en décembre prochain et permettre de doubler la capacité de chargement des navires qui l'utilisent, selon l'Argus de l'assurance. En Egypte, le creusement d'un passage maritime parallèle au canal de Suez, qui doit voir le jour dans cinq ans et mesurer 76 kilomètres, devrait quant à lui se chiffrer à 4 milliards de dollars (3,2 milliards d'euros).

Un "rêve vieux de cent ans"

Lundi soir, Daniel Ortega et le chinois Wang ont été accueillis à Managua sous les cris de "Dieu bénisse le canal", alors qu'ils se rendaient au palais présidentiel pour une fête célébrant "un rêve vieux de cent ans" selon le chef de l'État, cité par le Financial Times. Un engouement populaire qui masque une large contestation citoyenne.

L'impact environnemental tout d'abord suscite de nombreuses craintes au près de la population et des associations. Le tracé du futur canal traverse en effet le lac de Cocibolca, la deuxième plus grande étendue d'eau douce d'Amérique latine -soit une importante ressource d'eau potable - puis continuera son chemin à travers des forêts tropicales et une quarantaine d'agglomérations. Il implique par ailleurs la construction de deux ports en eau profonde, d'un oléoduc, d'un aéroport, d'une voie ferrée et de zones franches.

En plus de détruire la faune et la flore locale selon les opposants au projet, le canal du Nicaragua menacerait de déplacer jusqu'à 30.000 paysans et indigènes Ramas et Nahuas précise le Financial Times. Des inquiétudes balayées par Wang Jing, qui déclarait à l'occasion d'une interview télévisée "Nous ne sommes pas des destructeurs, nous sommes des constructeurs", arguant que le canal allait ouvrir "la route de la soie maritime du XXIe siècle". "Cela mènera les habitants du Nicaragua à un futur brillant et heureux" a-t-il ajouté. Des promesses invérifiables avant la fin du chantier, qui doit durer cinq ans.

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>> POUR ALLER PLUS LOIN Visionner l'émission "Le dessous des cartes" sur l'avenir du Canal de Panama