Togo : sur fond de mesures « d’apaisement », la manifestation autorisée à Lomé mais empêchée à Sokodé
Emmanuel Atcha, à Lomé
Emmanuel Atcha, à Lomé
La scène aura été différente de ce que le Togo a connu les 18 et 19 octobre derniers. Ce 7 novembre 2017, premier des trois jours de manifestations de l'opposition togolaise, la mobilisation a été forte dans la capitale, Lomé, et dans d'autres villes du pays. Avec la participation effective de tous les leaders de l'opposition, les marches ont été une fois encore l'occasion pour la coalition de l'opposition de clamer haut et fort ses revendications, à savoir, entre autres le retour à la constitution de 1992, le droit de vote de la diaspora et la libération des détenus politiques depuis le 19 août 2017.
Dans son bilan présenté dans la soirée face à la presse, le colonel Damehame Yark, ministre de la sécurité, s'est concentré sur le décompte officiel. « Dans la région des Savanes notamment à Dapaong et à Tandjouaré, il n'y a pas eu de manifestations. Dans la région de la Kara, l'on comptait 150 manifestants. Dans la région Centrale, les manifestations ont débuté à Tchamba puis reportées. Dans la région des Plateaux notamment à Anié, Kpalimé, Notsè et Badou, on dénombrait respectivement 150, 350, une vingtaine et 48 manifestants. Dans la région Maritime, à Azahoun, Vogan et Tabligbo, l'on dénombrait respectivement 120, une cinquantaine et 100 manifestants », a présenté le ministre ajoutant que dans la capitale, « les manifestations ont débuté notamment à Atikoumé, CCP Adéwui et Bè Gakpoto avec respectivement 1000, 3000 et 1000 personnes. Au point de chute de la marche à la plage, les manifestants sont estimés à 10 000 ».
Des chiffres naturellement contestés par l'opposition qui revendique plusieurs dizaine de milliers de togolais mobilisés pour l'occasion. Mais une fois encore les manifestations n'ont pas été épargnées par les heurts et ont engendré des blessés, notamment à Bafilo et à Sokodé (337km de Lomé).
A Sokodé, ville de la région centrale du Togo, les manifestations n'ont pas pu avoir lieu. Très tôt le matin déjà, des témoignages ont fait état du fait que les forces de défense avaient encerclé la ville et dispersaient à coups bâtons tout attroupements de trois à cinq personnes. « La bastonnade systématique pour empêcher la marche » comme un enseignant joint au téléphone le décrit, est justifiée selon le gouvernement.
Le Colonel Yark a expliqué qu'il était plus judicieux et prudent d'interdire les manifestations à Sokodé et à Bafilo arguant que des armes et des munitions prises aux militaires le 15 octobre dernier, sont en circulation dans les deux localités. « Est-ce que c'est conseillé ou c'est raisonnable qu'on manifeste à partir du moment où on se sait pas qui détient ces armes ? A supposer que les deux militaires avaient tous les deux AK47 plus de 80 cartouches dans la nature », s'est d'abord interrogé le ministre togolais de la sécurité avant de rappeler qu'il a la « responsabilité d'assurer la sécurité de tout le monde ».
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Mais selon l'opposition, dont le député Ouro-Akpo Tchagnao, les propos du ministre sont contradictoires. « J'ai appelé le ministre Yark Damehame à propos et il dit qu'il n'est pas informé », a indiqué le parlementaire. L'opposition, se demande aussi pourquoi la marche a été autorisée sur toute l'étendue du territoire sans qu'on ne leur notifie qu'elle était interdite dans ces villes.
Selon lui, c'est incompréhensible que d'un côté on appelle au dialogue et de l'autre on empêche les gens de manifester librement. « C'est de l'acharnement pour casser le morale des populations de Sokodé », a-t-il ajouté.
Le dialogue auquel allusion est faite, c'est celui annoncé par le gouvernement le 6 novembre 2017. Dans un communiqué du gouvernement lu sur la chaîne publique nationale, les autorités togolaises ont annoncé quelques mesures dites « d'apaisement ».
En effet, le gouvernement a décidé la remise en liberté de 42 personnes interpellées, jugées et condamnées par diverses juridictions dans le cadre des récentes manifestations violentes, de la restitution des motocyclettes saisies, à Lomé, lors de la manifestation du 7 septembre 2017 et de la levée de la mesure de contrôle judiciaire de Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance nationale pour le changement (ANC), chef de file de l'opposition, dans la procédure des incendies.
Pour le pouvoir, ces mesures sont nécessaires « pour promouvoir le retour au calme ainsi qu'un climat d'apaisement et de sérénité indispensable pour la recherche de solutions crédibles et durables à la question des réformes politiques ». Mais surtout, le gouvernement ne s'est pas arrêté là. « En plus de ces mesures d'apaisement, le gouvernement prend également les dispositions nécessaires pour l'ouverture, à Lomé, d'un dialogue avec l'ensemble de la classe politique togolaise et espère donc que tout ceci conduira les partis politiques concernés à agir avec la plus grande retenue et responsabilité et à œuvrer pour l'intérêt national par la sauvegarde de la paix et de la cohésion nationale », annonce le communiqué. Des mesures tantôt saluées tantôt rejetées, mais surtout jugées insuffisantes dans le camp de l'opposition.
Les contempteurs du régime de Faure Gnassingbé trouvent que le gouvernement peut mieux faire.
De son côté, la responsable de la communication du PT, Delali Attiopou, s'est voulue plus radicale. « Quand la libération de prisonniers est sujette à des négociations, on parle de kidnapping ou de prise d'otage. Aucun futur dirigeant du Togo ne négociera avec ces preneurs d'otage », a-t-elle pesté.
Les mesures du gouvernement ont trouvé écho favorable auprès de la communauté internationale. Au sortir d'une audience avec le premier ministre togolais Komi Sélom Klassou, le nouvel ambassadeur français Marc Vizy a confié que son pays appréciait l'ouverture du gouvernement togolais.
De leur côté, allant dans le même sens, le Groupe des 5, qui regroupe la délégation de l'Union Européenne, la coordination du système des Nations Unies, et les ambassades d'Allemagne, de France, et des Etats-Unis d'Amérique au Togo, a réagi. « La Délégation de l'Union européenne, la Coordination du Système des Nations Unies et les Ambassades d'Allemagne, de France et des États-Unis d'Amérique accueillent positivement les mesures d'apaisement annoncées par le gouvernement. Elles appellent toutes les parties à saisir cette occasion de travailler ensemble pour le développement du pays », peut-on lire dans une note rendues publique.
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Les marches continuent aujourd'hui et demain alors que ce matin encore il se fait entendre que l'opposition prévoit des marches quotidiennes pendant la semaine prochaine. A noter également que la France a appelé ses ressortissants à limiter leur mouvement dans le pays pour des raisons sécuritaires.
Emmanuel Atcha, à Lomé