Veolia reconnaît sa participation au projet d'OPA sur Suez

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Le groupe français de service aux collectivités a admis vendredi soir qu'il avait bien étudié avec l'Italien Enel la possibilité d'une offre sur Suez. Bruxelles, qui veut vérifier si l'Etat français n'a pas porté atteinte aux principes de libre circulation des capitaux en organisant la fusion de Suez et Gaz de France, demande des explications au gouvernement.

Veolia Environnement a reconnu vendredi soir qu'il avait bien participé à un projet d'OPA sur Suez, élaboré avec l'Italien Enel. Dans un communiqué publié en fin de journée, le groupe précise qu'il a renoncé à cette idée fin février en raison du caractère "hostile" qu'il prenait.

Veolia reconnaît ainsi ce qu'il se refusait à admettre jusqu'ici. Ces derniers jours, toute la communication du groupe de services aux collectivités locales sur l'affaire Suez consistait en un communiqué lapidaire: "Suite à la publication de dépêches d'agences, Veolia Environnement précise qu'il n'a pas de projet de participation directe ou indirecte à une offre publique relative à la société Suez".

La position de Veolia devenait en fait intenable depuis les révélations apportées par l'Italien Enel. Selon ce dernier, qui a remis à la Commission européenne un dossier complet sur l'affaire, la possibilité d'une offre sur Suez a en fait été étudiée depuis plusieurs mois conjointement avec Veolia. Dans l'hypothèse d'un achat de Suez, Veolia aurait récupéré les activités du groupe dans l'environnement situées à l'étranger, Enel aurait conservé la branche énergie et un troisième acteur non identifié aurait pris les activités environnement en France.

Pour Enel, c'est le gouvernement français, informé du projet, qui a fait pression sur Veolia pour qu'il s'en retire et a donc orchestré le mariage éclair de Suez et Gaz de France. S'estimant trahi par Veolia, le groupe transalpin accuse donc la France d'avoir délibérément empêché un investissement d'une société italienne, ce qui serait contraire aux principes communautaires.

Les accusations portées par Enel sont en tout cas prises très au sérieux par la Commission européenne, qui a demandé à la France des explications. La Commission a ainsi annoncé vendredi que le commissaire au Marché intérieur Charlie McCreevy a écrit jeudi au gouvernement français pour lui demander des précisions sur les événements ayant conduit à l'annonce, le samedi 25 février, de la fusion entre les deux groupes énergétiques français. Selon le porte-parole du commissaire, ce dernier s'interroge sur le respect des règles du marché intérieur, particulièrement en ce qui concerne la libre circulation des capitaux. Et la Commission estime que la France, "qui se doit d'assurer un traitement égal pour tous les acteurs du marché", pourrait être en infraction avec les règles communautaires. Le gouvernement français a jusqu'au 17 mars pour fournir les réponses demandées.

Rhétorique nationaliste

Voici quelques jours, déjà, José Barroso, le président de la Commission, avait dénoncé en termes généraux le montée de la "rhétorique nationaliste" dans plusieurs pays européens contre les OPA venant d'autres pays de l'Union.

C'est en Italie, bien sûr, que le rapprochement Suez-GDF a été le plus mal accueilli. Les autorités romaines estiment que l'initiative française est d'autant plus mal venue qu'EDF est aujourd'hui le deuxième acteur du marché de l'énergie du pays, via sa filiale Edison, et que BNP Paribas est en passe de prendre le contrôle de la banque italienne BNL. Au point que différentes voix se sont élevées en Italie appelant à des mesures de rétorsion.

Le ministre italien de Industrie, Claudio Scajola, a malgré tout affirmé vendredi que son pays "ne prévoit pas de représailles" contre la France. Il n'en a pas moins ajouté que les lois italiennes limitant le poids de compagnies publiques dans le capital des entreprises énergétiques du pays "méritaient réflexion".


Les bénéfices d'Electrabel en hausse de 58% en 2005
La filiale belge de Suez, Electrabel, qui est l'objet des convoitises d'Enel, a vu ses bénéfices bondir de 58% en 2005. Le bénéfice net du groupe s'est établi à 1,9 milliard d'euros, contre 1,2 milliards en 2004. Une performance qui s'explique par la flambée des prix de vente de l'énergie en Europe l'année dernière. Le chiffre d'affaires n'a, lui, progressé que de 6% à 12,2 milliards.

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