Pour le président de RBS, acheter du bitcoin "c'est entrer dans l'Enfer de Dante"

Par Laurent Lequien  |   |  625  mots
(Crédits : DR)
Acheter du bitcoin revient à pénétrer dans l'Enfer de Dante et prendre des risques inconsidérés, a prévenu jeudi Howard Davies, le président de la banque britannique RBS, au moment où la monnaie virtuelle dépassait pour la première fois les 15.000 dollars.

"Tout ce que les autorités peuvent faire, c'est de brandir une pancarte avec une phrase de l'Enfer de Dante : 'Toi qui entre ici abandonne toute espérance'", a déclaré Howard Davies, président du conseil d'administration de la banque, interrogé sur Bloomberg TV.

Selon lui, "c'est ce qu'il faut faire et cela doit être fait par la Réserve fédérale, mais aussi par la SEC (régulateur boursier américain, Ndlr) et la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne en même temps parce qu'il est difficile de voir quelque chose de vraiment rationnel derrière cette évolution", a-t-il dit.

Un bond de plus de 50% en une semaine

Le cours du bitcoin poursuivait son envolée jeudi au point de dépasser pour la première fois de son histoire le seuil des 15.000 dollars, à la faveur d'un bond de plus de 50% en une semaine. La monnaie virtuelle a franchi ce seuil vers 10H00 GMT et atteint 15.242,99 dollars, son nouveau record historique, à 10H26 GMT, selon des données compilées par l'agence Bloomberg.

Le bitcoin n'en finit plus d'atteindre des sommets, en battant à toute vitesse record sur record. Il venait ainsi de franchir les 14.000 dollars dans la nuit en Asie. A la mi-octobre, il s'échangeait encore à 5.000 dollars. La valeur du bitcoin suscite l'inquiétude des autorités financières et la stupéfaction des analystes de marché, peu habitués à une telle flambée d'un actif.

"Le bitcoin n'est pas une solution innovante"

Le dirigeant de RBS a reconnu la nécessité pour le système financier d'être innovant, mais a balayé l'idée que le bitcoin soit la solution.

"Le marché nous dit quelque chose sur la demande de nouveaux systèmes de paiement plus rapides (...) Personnellement, je ne pense pas que ce sera le bitcoin sur le long terme, je pense que c'est juste une bulle financière", a-t-il martelé.

Pourtant, il est difficile, selon lui, d'envisager une interdiction :

"Vous rendez le bitcoin illégal et le lendemain vous avez le 'britcoin'. Je ne vois pas très bien comment faire".

Le bitcoin plus fort que Coca...

Comme le nombre de bitcoins pouvant être mis en circulation est limité, tout regain de demande se traduit immédiatement par un bond de sa valeur. Désormais, la capitalisation totale de la cryptomonnaie s'élève à 256 milliards de dollars, loin devant sa concurrente Ethereum, qui pèse 40 milliards de dollars. Aujourd'hui, le bitcoin vaut désormais plus que nombreuses multinationales, comme Coca-Cola, ou que le produit intérieur brut d'un pays comme la Finlande.

Même s'Il n'a pas de cours légal et n'est pas régi par une banque centrale ou un gouvernement mais par une vaste communauté d'internautes et accepté dans un nombre grandissant de transactions (restaurants, immobiliers, etc.).

... mais gare à la chute !

De nombreux économistes de renom, à l'instar des prix Nobel Joseph Stiglitz et Jean Tirole, sont montés au créneau ces derniers jours contre la flambée du bitcoin, décrite comme une "bulle spéculative" susceptible d'"imploser". Les banquiers centraux, maîtres des monnaies traditionnelles et garants de la stabilité financière mondiale, ont quand eux multiplié les avertissements, à l'image du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, estimant que ceux qui investissaient dans le bitcoin le faisaient "totalement à leurs risques et périls".

Les régulateurs de plusieurs pays ont également mis en garde les particuliers qui pourraient perdre gros à vouloir tenter le pari de ce placement très risqué. Les autorités françaises de la finance ont notamment martelé que le bitcoin était qualifié "à tort de monnaie virtuelle" en alertant les investisseurs quant aux risques de pertes "très élevés".

 (avec agences)