Bitcoin  : les faits contre les fantasmes

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Gonzague Grandval et Yorick de Mombynes
Gonzague Grandval et Yorick de Mombynes (Crédits : DR)
Le cours du bitcoin vient d'atteindre un nouveau record en dépassant les 12.000 dollars. Nombre de commentateurs voient dans cet engouement une bulle qui ne tardera pas à éclater. Mais c'est oublier que les crypto-monnaies, fruits d'une invention complexe et singulière, ont des atouts pour durer. et révolutionner le monde de la finance. Par Yorick de Mombynes, conseiller référendaire à la Cour des comptes, et Gonzague Grandval, cofondateur de Chainforge (@ggrandval).

Le cours du bitcoin poursuivra-t-il sa croissance exponentielle, sous l'œil effaré des régulateurs ? Chacun y va de son pronostic péremptoire mais, parmi les commentateurs, combien ont fait l'effort d'ouvrir le capot et de se plonger dans la mécanique subtile de cette invention intrigante ? Une invention à la complexité redoutable, que personne n'avait anticipée et qui se révèle l'une des plus singulières de notre époque. Singulière car son créateur reste introuvable et qu'elle progresse sans être pilotée par une entreprise ou une institution. Singulière, également, parce qu'elle permet de créer, pour la première fois, un actif numérique rare.

Deux objets à distinguer

La flambée du cours fait trop souvent oublier qu'il y a deux objets à distinguer : « le bitcoin », jeton numérique ayant certains attributs d'une monnaie, et « Bitcoin », le protocole informatique faisant fonctionner le système d'échange de valeur associé. Le cours du premier dépend des propriétés actuelles et des perspectives du second. Il y a une évidente dimension spéculative dans son explosion actuelle : c'est une nouvelle classe d'actif qui attise naturellement la curiosité. Mais on commettrait une lourde erreur en se focalisant sur ce phénomène et en ignorant la véritable tendance de fond : partout dans le monde, des acteurs institutionnels sérieux et influents se rendent compte que ce système d'échange de valeur pair à pair est révolutionnaire et qu'il a toutes les chances de se développer.

Une triple caractéristique

On ne parle pas ici de la « technologie blockchain », expression à la mode mais en fait ambiguë. La caractéristique du bitcoin est triple. Premièrement, une conjugaison étonnamment astucieuse de quatre technologies (cryptographie asymétrique, registre distribué - ou blockchain -, réseau pair à pair et « preuve de travail »). Deuxièmement, un ensemble d'incitations économiques savamment pensées qui poussent les acteurs du système à contribuer à son fonctionnement plutôt qu'à essayer d'en prendre le contrôle. Troisièmement, l'engagement passionné de toute une communauté d'informaticiens, de chercheurs et de particuliers qui contribuent à la résilience et à la valeur économique du protocole.

Après de nombreuses années de tâtonnements dans le petit monde des cryptographes, Bitcoin réalise une prouesse qui semblait hors d'atteinte : faire fonctionner un système de paiement sur internet sans autorité centrale pour vérifier les transactions, avec une sécurité maximale et pour un coût négligeable. Certes, ce dispositif n'est pas parfait (il nécessite notamment une importante dépense énergétique) ; mais un effort de R&D massif est en cours pour surmonter ses lacunes. Certes, il est séduisant pour certains trafiquants ; mais il en a toujours été ainsi pour toute nouvelle technologie et, surtout, l'anonymat est en fait trop précaire sur ce réseau pour que les activités illégales les plus dangereuses y prospèrent durablement.

Un système qui n'a jamais été piraté

Ce système de paiement s'avère extrêmement solide techniquement et il ne cesse de se renforcer. Depuis huit ans, il n'a jamais été piraté, alors-même que les meilleurs hackers du monde l'attaquent jour et nuit. Ce qui a été piraté, ce sont des plateformes d'échange, ce qui est très différent. Les utilisateurs spoliés sont ceux qui, contrairement aux recommandations de prudence les plus élémentaires, ont laissé sur ces sites leurs codes secrets au lieu de les sauvegarder eux-mêmes sur papier ou sur une clé USB cryptée.

Qu'en est-il de l'aspect monétaire ? La rareté du bitcoin, prévue par l'algorithme (volume maximal de 21 millions d'unités), et sa grande divisibilité (un million de fois plus grande que celle de l'euro) sont deux atouts indéniables mais c'est surtout le premier qui est actuellement valorisé. Contrairement aux espoirs de certains, le bitcoin n'est pas encore prêt techniquement pour servir de moyen de paiement universel. Pour l'instant, même si de plus en plus de commerces physiques et en ligne l'acceptent, il sert surtout pour effectuer des transferts internationaux de montants élevés. Et, malgré sa forte volatilité, il est de plus en plus utilisé comme une réserve de valeur, particulièrement dans un contexte de politiques monétaires ultra-expansionnistes et de dettes souveraines écrasantes où de sérieux doutes commencent à se faire entendre sur la solidité des monnaies « étatiques ». Mais, la partie immergée de l'iceberg Bitcoin, c'est un effort de recherche technologique considérable mené par des startups pour réaliser le « passage à l'échelle » du réseau et lui permettre de servir de système de paiement universel. Avec Bitcoin, l'innovation technologique fait irruption dans le domaine de la monnaie. Il est trop tôt pour en prédire le résultat, mais ignorer son existence serait hautement imprudent.

Des logiciels open source

Si le bitcoin s'effondre et disparaît, il sera aussitôt remplacé par une autre crypto-monnaie, créée spontanément par le marché, hors du contrôle des Etats et ayant des caractéristiques techniques plus adaptées aux besoins des utilisateurs.  Il en existe déjà 1 200 et il s'en crée tous les jours. Ces dispositifs fonctionnent à partir de logiciels open source, qu'il est facile de copier et de modifier. Pour les régulateurs, cette perspective représente évidemment un défi totalement inédit, qui pourrait même devenir vertigineux. S'il est possible d'encadrer l'usage de ces objets numériques d'un nouveau genre, le seul moyen de les interdire serait de couper Internet. Les crypto-monnaies reposent sur une technologie révolutionnaire qui ne sera pas « dés-inventée ». Elles ne disparaîtront pas et sont là pour durer. Il va bien falloir ouvrir les yeux et regarder cette réalité en face.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2017 à 20:22 :
Il n'y a pas besoin d'interdire quoi que ce soit : quand les derniers membres des différentes chaînes de ponzi qui se créent en continues en auront marre de se faire tondres, ils arrêteront de croire à la montée infinie et arrêteront d'alimenter la demande et la montée. Or, s'il n'y a plus la possibilité pour les créateurs et les spéculateurs financiers de refiler le bébé aux particuliers, il n'y aura plus de probabilité de gains donc plus d'intérêts à cette spéculation : donc disparition de l'épiphénomène. Les problèmes du monde ne viennent pas d'un manque de moyens de paiements... n'en déplaisent à ces messieurs qui vendent des solutions en rapport avec des objets de spéculations ^^
a écrit le 07/12/2017 à 12:44 :
Parce que vous trouvez qu'un cout de transaction moyen de 80$ c'est négligeable ? Et que le cout énergétique (équivalent à la consommation sur 24h de 9 maisons américaines moyenne) ce n'est qu'un petit problème ? Problème qui ne pourra jamais être résolu, étant donné les algorithmes sur lesquels est fondé le Bitcoin.

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