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Le nationaliste Modi triomphe aux législatives indiennes

reuters.com

Publié le 16 mai 2014 à 04:11 - Mis à jour le 17 mai 2014 à 08:40

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par Malini Menon et Rajesh Kumar Singh

NEW DELHI (Reuters) - Le nationaliste hindou Narendra Modi, promis à 63 ans au poste de Premier ministre, s'est engagé vendredi à gouverner dans l'intérêt de tous ses compatriotes après la victoire éclatante de son parti, le Bharatiya Janata (BJP), aux élections législatives en Inde.

Ce séisme politique, qui relègue dans l'opposition la dynastie Nehru-Gandhi et leur Parti du Congrès, suscite les craintes des minorités religieuses - musulmans (13,4% de la population) et chrétiens (2,3%) - en raison de l'engagement militant de Narendra Modi dans le nationalisme hindou depuis son plus jeune âge.

La victoire d'un candidat ouvertement favorable aux milieux d'affaires, comme le prouve sa politique menée pendant 12 ans à la tête de l'Etat du Gujarat, sur la côte occidentale du pays, a en revanche été saluée par les investisseurs, qui espèrent le retour d'une croissance économique vigoureuse.

"A la tête du gouvernement, il est de notre responsabilité de ne laisser personne de côté", a déclaré le chef de file du BJP lors d'une allocution prononcée dans son fief de Vadodara, en promettant de tendre la main aux formations d'opposition.

"L'époque des politiques qui divisent est révolue, à partir d'aujourd'hui commencent les politiques qui unissent", a-t-il poursuivi devant une marée humaine vêtue en orange, la couleur du BJP.

"Je veux dire à mes compatriotes que dans la lettre comme dans l'esprit, j'emmènerai tous les Indiens avec moi", a-t-il promis.

En milieu de soirée, alors que le dépouillement se poursuivait, le BJP était assuré de remporter 282 sièges sur les 543 que compte la Lok Sabha, ou Chambre du peuple, au-delà des 272 garantissant une majorité absolue. Avec ses alliés, le BJP contrôle 340 sièges, selon la chaîne de télévision NDTV.

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Jamais un parti n'avait obtenu de victoire aussi nette en Inde depuis le triomphe du Parti du Congrès après l'assassinat en 1984 d'Indira Gandhi, alors Premier ministre. L'Inde a toujours été dirigée par une coalition depuis 1989.

Le Premier ministre sortant, Manmohan Singh, dont le parti devrait s'effondrer sous la barre des 50 élus, a appelé Narendra Modi pour le féliciter à l'issue du plus grand scrutin jamais organisé dans le monde. Plus d'un demi-milliard d'électeurs se sont rendus aux urnes lors de ce vote étalé sur cinq semaines, soit une participation de 66%.

"L'INDE A GAGNÉ"

Candidat du Congrès au poste de Premier ministre, Rahul Gandhi, arrière-petit-fils de Jawahalal Nehru, père de l'indépendance en 1947, subit à 43 ans un échec cuisant même si, comme sa mère d'origine italienne Sonia, il a conservé son siège, les deux seuls obtenus par sa formation sur les 80 en jeu dans l'Etat de l'Uttar Pradesh.

"Le Congrès a réalisé une performance plutôt mauvaise, nous avons grandement matière à réflexion. En tant que vice-président du parti, je me sens personnellement responsable", a dit le chef de file de la quatrième génération de la dynastie.

Les partisans du BJP ont fêté le résultat en dansant, en tirant des feux d'artifice ou en distribuant des friandises.

La voiture de Narendra Modi a été encerclée par une foule nombreuse lorsqu'il est sorti du domicile de sa mère, à laquelle il venait de rendre visite. "L'Inde a gagné", a écrit le vainqueur sur Twitter.

Narendra Modi était le premier candidat déclaré au poste de chef du gouvernement à briguer les suffrages des électeurs de Bénarès, la ville sainte des hindous.

Son choix a été largement interprété comme la volonté de renforcer son emprise sur les nationalistes hindous, partisans de l'hindutva pour lesquels l'Inde est par essence un pays hindou.

Ses adversaires y voient les ferments d'une nouvelle radicalisation des relations avec la minorité musulmane, à l'image des émeutes interreligieuses de 2002 dans son Gujarat qui avaient fait plus de 1.000 morts, des musulmans pour la plupart.

Mais la question des tensions religieuses a été reléguée à l'arrière-plan lors de la campagne, avant tout dominée par des enjeux économiques.

IMPATIENCE

S'appuyant sur la réussite du Gujarat, Narendra Modi a promis de débloquer une série d'investissements dans les infrastructures pour relancer la croissance économique, tombée à moins de 5%, son plus bas niveau en dix ans. Il s'est également engagé à réformer les impôts et le marché du travail et à ouvrir progressivement le pays aux investisseurs étrangers afin de créer les 10 millions d'emplois nécessaires chaque année pour absorber les jeunes entrant dans la vie active.

Contrairement à ses prédécesseurs, il ne sera pas tenu de s'allier à des partenaires indisciplinés pour mener ses réformes. "Il peut se permettre de former un cabinet resserré, donc plus efficace. Il a préconisé moins de gouvernement et plus de gouvernance", se félicite Navneet Munot, responsable d'investissement du fonds SBI Funds Management à Bombay.

La Bourse de Bombay a réagi avec enthousiasme à la victoire de Narendra Modi, gagnant jusqu'à plus de 6% dans les premiers échanges avant de finir en hausse de 0,9%. La roupie est passée sous le seuil des 59 pour un dollar, sa meilleure performance en onze mois.

Pariant sur ce basculement politique, les investisseurs étrangers ont injecté plus de 16 milliards de dollars dans les actions et les obligations indiennes depuis six mois et ils détiennent désormais plus de 22% des capitaux cotés à Bombay.

L'ampleur de la victoire de Narendra Modi illustre l'impatience de la population de voir la situation économique s'améliorer.

"Les gens ne lui donneront pas beaucoup de temps pour produire des résultats", prévient Neerja Chowdhury, ancien éditorialiste à l'Indian Express.

(Avec Frank Jack Daniel, Aditya Kalra et Tommy Wilkes à New Delhi et Sanjeev Miglani à Vadodara, Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

reuters.com

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