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2014-Pour Sarkozy, le parcours d'obstacles ne fait que commencer

reuters.com

Publié le 22 décembre 2014 à 16:04 - Mis à jour le 22 décembre 2014 à 16:20

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Désormais maître de l'UMP, Nicolas Sarkozy aborde la phase la plus délicate de sa reconquête où il devra retourner à son avantage une primaire ouverte potentiellement défavorable et conjurer la "menace" Juppé, son rival le plus sérieux pour 2017.

Rien ne se sera passé comme le projetait l'ancien président en cette année 2014 où le scénario idéal du retour de l'homme providentiel s'est abîmé sous le poids des circonstances.

Des proches invoquent Roosevelt -- "En politique, rien n'arrive par accident" -- pour dépeindre un chef de file maître de son destin, mais c'est bien un Nicolas Sarkozy soumis à une adversité nouvelle, critiqué, voire dédaigné par sa famille politique, qui s'avance au champ d'honneur.

Sa survie politique est en jeu. Pour preuve une chute de 16 points en décembre auprès des sympathisants UMP dans le baromètre mensuel Ipsos-Le Point.

"Je savais que ce serait difficile. Mais, je savais aussi que ma conscience ne me laisserait pas en paix si je me tenais à l'écart", déclarait-il à Nîmes le 27 novembre.

Qu'elle fut paradoxale cette campagne pour la présidence de l'UMP, reconquise sans éclat (64,5%) dix ans après le sacre de 2004, celle d'un candidat non déclaré à la primaire qui n'aura cessé de balbutier la campagne de 2012 en restant évasif sur ses projets pour la refondation d'un parti miné par les inimitiés, sans boussole idéologique et financièrement exsangue.

"Nicolas Sarkozy a les capacités de gouverner demain, il l'a déjà prouvé. Mais il n'est pas prêt, personne ne l'est", soulignait récemment son ancien conseiller Henri Guaino, vivement hostile à un retour par l'UMP.

Le chef de l'opposition, déjà engagé dans une joute à distance avec François Hollande, tient dans le parti, qu'il souhaite rebaptiser, le premier instrument de sa revanche.

AVANTAGE JUPPÉ

Une avance logistique et tactique déterminante face à Alain Juppé qui, malgré un soutien croissant, notamment des parlementaires, et une aura sans précédent dans l'opinion, doit combler un déficit de réseaux, de moyens d'ici 2016.

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Le maire de Bordeaux, qui a surpris Nicolas Sarkozy en se déclarant le 20 août candidat à la primaire présidentielle, lancera en 2015 son tour de France, à l'instar de l'ancien président qui veut renouer avec le "pays réel".

Comme Alain Juppé, François Fillon, qui s'est brutalement affranchi de Nicolas Sarkozy en avouant "une volonté forte de rupture", croit que la conquête du pouvoir passe désormais par la primaire, une révolution à droite dont Nicolas Sarkozy, fidèle au bonapartisme modèle RPR, ne voulait pas.

L'ancien chef de l'Etat, irrité de rencontrer une résistance sans précédent dans son camp, lui jadis adepte de la terre brûlée, a finalement assuré qu'une primaire ouverte aurait lieu, dans un élan de pacification et d'unité mis en scène à l'excès.

Au-delà même des échéances électorales de 2015 (régionales, départementales), les modalités d'organisation de cette consultation seront l'enjeu de l'année à venir.

Nicolas Sarkozy, qui a promis de maintenir les statuts en ce sens, sait qu'une primaire ouverte à quelque trois millions de sympathisants de droite et du centre, en l'état actuel des sondages, le condamne à perdre contre Alain Juppé, qui plaide aussi pour l'intégration du MoDem de François Bayrou, honni par la "Sarkozie" pour avoir voté François Hollande en 2012.

"Il a peur de perdre", confient des soutiens d'Alain Juppé et cette crainte présumée nourrit des soupçons sur les intentions de Nicolas Sarkozy dans l'état-major du maire de Bordeaux, mais aussi chez François Fillon, Xavier Bertrand, autre candidat déclaré, et Bruno Le Maire, étoile montante depuis son score marquant (29,1%) face à Nicolas Sarkozy.

"FOUTU POUR FOUTU"

Le politologue Thomas Guénolé avance une hypothèse : "Un raisonnement de type 'foutu pour foutu' est envisageable. Début 2016, voyant la primaire ouverte très probablement perdue, il jouerait son va-tout en tentant de faire passer par vote des adhérents la suppression de ladite primaire".

François Fillon, le premier, a prévenu qu'il se présenterait au premier tour de la présidentielle en l'absence de primaires "honnêtes". Le 18 décembre, c'est Hervé Gaymard, proche d'Alain Juppé, qui a accrédité la menace d'une pluralité de candidatures au premier tour, au risque d'un second tour PS-FN.

"Si d'aventure on était dans un système où la primaire ouverte devenait fermée alors là, évidemment Alain Juppé prendrait sa liberté", a-t-il dit sur Radio Classique.

Pour conforter sa base électorale, Nicolas Sarkozy veut bâtir "une armée de militants", 500.000 adhérents à l'UMP d'ici à 2017, les fidéliser au travers de référendums internes.

"Il faut que la carte d'adhérent soit un bulletin de vote", explique Sébastien Huyghe, l'un des deux porte-parole de l'UMP.

Fédérer oui, mais sur un projet lisible, de longue portée, note Henri Guaino.

"Au PS, à l'UMP ou à l'UDI, la personne des candidats comptent trop. Si on ne retrouve pas une identité, nous courrons à la catastrophe", a récemment jugé le député des Yvelines devant des journalistes. "Faire la synthèse aujourd'hui sera plus difficile qu'en 2007. Il y a eu la crise".

Nadine Morano, la plus fidèle des sarkozystes qui n'a pas hésité à défier son mentor en refusant un poste subalterne dans le nouvel organigramme de l'UMP, l'a mis en garde contre les risques de "claquage" entre les thèses droitières de Laurent Wauquiez et la ligne modérée de Nathalie Kosciusko-Morizet qui incarnent à eux deux, nouveaux numéros deux et trois du parti, la fracture encore à vif de la droite républicaine.

Nicolas Sarkozy, qui a manifesté durant la campagne interne un louvoiement parfois déroutant, prend soin de ne pas trancher en affirmant que la nouvelle UMP a "vocation à occuper tout l'espace politique entre la gauche et le Front national".

Un conseil national est prévu fin janvier sur "la nature du projet que l'UMP doit proposer aux Français", puis une convention thématique suivra chaque mois, dans l'attente des conclusions, en mars, de la commission sur la primaire de 2016.

D'ici là, rappellent ses plus farouches détracteurs, la justice aura peut-être décidé du sort de Nicolas Sarkozy, cité dans plusieurs affaires, dont Bygmalion, un système présumé de fausses factures durant la campagne de 2012.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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