Turquie: Neuf journalistes de Cumhuriyet en détention préventive
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Neuf journalistes de cumhuriyet en detention preventive
MURAD SEZER
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Neuf journalistes de cumhuriyet en detention preventive
MURAD SEZER
par Tuvan Gumrukcu et Osman Orsal
ANKARA (Reuters) - Les autorités turques ont ordonné samedi le placement en détention de neuf membres de la direction et de la rédaction du quotidien turc d'opposition Cumhuriyet, dans l'attente de leur procès, et procédé à de nouvelles interpellations dans les rangs du parti prokurde HDP.
La police a tiré des gaz lacrymogènes et employé des canons à eau pour disperser une foule d'un millier de personnes qui tentaient de gagner à Istanbul le siège du journal laïque, dont les neuf cadres et journalistes ont été arrêtés lundi dernier.
Le parquet turc accuse le personnel du quotidien, l'un des rares médias encore critiques à l'encontre du président Recep Tayyip Erdogan, de crimes commis pour le compte des séparatistes kurdes ou du prédicateur Fethullah Gülen, que le gouvernement accuse d'avoir tenté un coup d'Etat le 15 juillet dernier.
Depuis le putsch raté, plus de 110.000 juges, enseignants, policiers et fonctionnaires ont été arrêtés ou suspendus de leurs fonctions. Cette vaste répression vise, selon les opposants turcs, à asphyxier l'opposition légale.
"La communauté internationale s'indigne. Que tentez-vous de faire? Voulez-vous créer une Turquie où tout le monde sera en prison?" a dit le chef du CHP, le principal parti d'opposition, Kemal Kilicdaroglu, à l'adresse du pouvoir. "Que reproche-t-on au quotidien Cumhuriyet? Ont-ils posé des bombes quelque part?"
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L'Etat turc accuse également le parti prokurde HDP (Parti démocratique des peuples) de liens avec les séparatistes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), considéré comme un groupe terroriste.
Les autorités ont nommé samedi un nouveau maire à Sirnak, ville du Sud-Est à majorité kurde, dans le cadre d'une campagne engagée il y a plusieurs semaines pour remplacer les responsables prokurdes dans la région.
EXPLOSIONS À SIRNAK
Deux bombes ont explosé à Sirnak le même jour, l'une tuant deux enfants et faisant quatre blessés. La seconde déflagration a eu lieu devant un bureau municipal avant l'arrivée du nouveau maire, blessant un agent de sécurité. Les services du gouverneur local ont accusé le PKK.
Vendredi, les dirigeants du HDP ont été placés en détention dans l'attente de leur jugement et plusieurs autres ont été arrêtés. Le HDP nie toute collusion avec le PKK, en guerre contre Ankara depuis plus de trente ans, et dit travailler à une résolution pacifique du conflit séparatiste.
Le parti prokurde estime être la cible d'Erdogan car il s'oppose à la volonté du chef de l'Etat de modifier la Constitution pour renforcer les pouvoirs présidentiels.
Le Premier ministre Binali Yildirim a déclaré que les élus du HDP avaient été interpellés après avoir refusé de témoigner dans une enquête relative à de la "propagande terroriste".
Un élu du HDP, arrêté puis relâché, a prévenu que son parti n'avait pas l'intention de coopérer. "Nous ne serons pas les instruments de fausses actions légales", a-t-il dit.
L'étendue de la répression en Turquie est régulièrement condamnée par les Occidentaux.
Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, a qualifié le traitement de la presse par le pouvoir turc de "complètement inacceptable", estimant dans une interview au Donaukurier qu'Ankara viole les principes fondamentaux de l'Union européenne qu'elle espère pourtant rejoindre.
La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est dite "extrêmement préoccupée" par les arrestations, tout comme les Etats-Unis.
"Je constate avec tristesse que la Turquie s'éloigne de l'Europe. Ce n'est pas l'Europe qui s'éloigne de la Turquie", déclare le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dans une interview au quotidien Le Soir.
Quelque 170 journaux, magazines, chaînes de télévision et agences de presse ont fermé depuis la tentative de putsch, laissant 2.500 journalistes sans emploi, selon les chiffres de l'association turque des journalistes.
(Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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