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Theresa May enclenche le divorce avec l'Union européenne

reuters.com

Publié le 29 mars 2017 à 04:52 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:39

May enclenche le divorce avec l'union europeenne

May enclenche le divorce avec l'union europeenne

© Handout . / Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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par Elizabeth Piper et Guy Faulconbridge

LONDRES (Reuters) - La Première ministre britannique, Theresa May, a enclenché mercredi la procédure de divorce avec l'Union européenne, précipitant le Royaume-Uni dans l'inconnu et amorçant deux années de négociations susceptibles de mettre à l'épreuve le bloc européen.

Neuf mois après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, May a officialisé la sortie de l'Union européenne, rejointe en 1973 par le Royaume-Uni, invoquant dans une lettre au président du Conseil européen, Donald Tusk, l'article 50 du traité européen de Lisbonne.

La livre sterling, qui a perdu 25 cents face au dollar depuis le référendum du 23 juin dernier, a monté mercredi pour s'échanger contre près de 1,25 dollar.

La lettre, signée mardi par Theresa May, a été remise de la main à la main à Donald Tusk par Tim Barrow, représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l'UE.

"Nous jugeons nécessaire de nous entendre sur les conditions de notre futur partenariat, ainsi que sur celles de notre retrait de l'UE", écrit Theresa May dans sa lettre de six pages, en soulignant que Londres souhaite un accord de libre-échange ambitieux avec l'UE.

"Si, malgré tout, nous quittons l'Union européenne sans accord, nous devrons commercer, par défaut, sous le régime de l'Organisation mondiale du Commerce", ajoute-t-elle.

Angela Merkel, qui dirige la première économie européenne, a promis d'adopter une approche "équitable et constructive", dans les négociations avec Londres, tout en prévenant la Grande-Bretagne qu'il lui faudra honorer ses engagements et dénouer ses relations avec l'Union avant de négocier de nouveaux partenariats.

"Il y a beaucoup de droits et obligations qui sont liées à l'appartenance (à l'UE). Ce ne sera qu'après que nous pourrons discuter de nos relations futures", a dit la chancelière.

Au moment où la lettre était remise, Theresa May déclarait aux députés de la Chambre des Communes que "le moment est venu de serrer les rangs, pour garantir que nous oeuvrions en faveur du meilleur accord possible pour le Royaume-Uni, et du meilleur avenir possible pour l'ensemble d'entre nous".

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"Le Royaume-Uni quitte l'Union européenne!", a-t-elle dit en ajoutant qu'"Il s'agit d'un moment historique, à partir duquel on ne peut plus faire marche arrière".

La Première ministre, à l'origine favorable au maintien dans le bloc, et ses partenaires européens disposent maintenant de deux ans pour parvenir à un accord sur les termes de la séparation, soit jusqu'à la fin mars 2019.

L'article 50 du traité européen prévoit que "tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union" et fixe un délai de deux ans pour négocier les modalités du divorce.

PARTENARIAT ÉQUITABLE

La Première ministre, âgée de 60 ans, va devoir se battre sur deux fronts: assurer l'unité du royaume face aux demandes d'indépendance renouvelées de l'Ecosse tout en menant avec les 27 des discussions complexes sur tout l'éventail des sujets européens, allant de la finance au commerce en passant par la sécurité et l'agriculture.

Ces négociations sur le Brexit peuvent mettre en péril une économie de 2.600 milliards de livres (3.000 milliards d'euros) et fragiliser la place de la City sur l'échiquier financier mondial.

Les dirigeants européens assurent qu'ils ne souhaitent pas punir Londres. Mais sur fond d'essor des mouvements nationalistes, ils peuvent difficilement accorder au Royaume-Uni des termes généreux, de crainte de voir d'autres pays lui emboîter le pas.

Dans les 48 heures, Donald Tusk va désormais adresser aux 27 Etats membres de l'UE un projet de directives pour les négociations. Un conseil européen se réunira le 29 avril à Bruxelles pour discuter de ces lignes directrices.

Rien ne permet aujourd'hui d'esquisser les contours des négociations à venir.

Le Parlement européen a déclaré mercredi que la Grande-Bretagne avait la possibilité de changer d'avis, et que le Brexit pourrait être révoqué à condition que tous les autres pays de l'UE soient d'accord.

Michel Barnier, le négociateur de l'UE sur le Brexit, a estimé que l'UE se retrouvait au "premier jour d'une route très ardue". Il est important de trouver un "accord juste" non seulement sur la question du Brexit mais aussi pour l'avenir à long terme de l'UE elle-même, a-t-il déclaré à Malte.

Theresa May a indiqué qu'elle chercherait à obtenir un partenariat équitable avec l'UE mais elle a aussi spécifié que le Royaume-Uni se retirerait du marché unique et de ses 500 millions de consommateurs.

Dans les douze objectifs qu'elle a fixés figurent la fin de la compétence de la Cour européenne de justice sur le Royaume-Uni, la sortie de l'Union douanière - qui fixe pour les Etats membres les taxes à l'importation - et la maîtrise de l'immigration en provenance d'Europe - qui heurte de front le principe européen de la liberté de circulation des personnes.

REMOUS EN ECOSSE ET EN ULSTER

A Bruxelles, on doute toutefois qu'un délai de deux ans suffise pour forger de nouveaux accords commerciaux avec la Grande-Bretagne. A Berlin aussi, le ministère allemand des Affaires étrangères a estimé mercredi par la voie de son porte-parole, Martin Schäfer, que le "calendrier (des négociations) était bien court".

De nombreuses interrogations entourent toujours le devenir de larges pans de l'économie britannique. Les exportateurs se demandent s'ils pourront accéder au marché unique sans barrière douanière et le secteur financier ne sait pas s'il aura encore le droit de proposer ses services sur le sol de l'UE.

La question du sort des citoyens européens résidant en Grande-Bretagne et de celui des Britanniques établis dans l'Union européenne n'a pas non plus été tranchée.

Devant ces incertitudes, plusieurs grandes banques, Goldman Sachs, par exemple, ont décidé de transférer certaines de leurs activités hors du Royaume-Uni et le déclenchement de l'article 50 pourrait leur fournir une occasion d'informer les investisseurs sur le sujet.

Sur le plan intérieur, Theresa May s'efforce de contenir les divisions apparues lors du vote du 23 juin dernier sur la sortie de l'Union européenne, qui menacent de fragmenter le pays. L'Angleterre et le Pays de Galles ont voté en majorité pour le Brexit, l'Ecosse et l'Irlande du Nord contre.

Le Parlement écossais a autorisé mardi la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon à organiser un nouveau référendum sur l'indépendance, entre l'automne 2018 et le printemps 2019, une fois les conditions du Brexit connues. Londres a exclu une consultation à une telle date.

En Irlande du Nord, les nationalistes du Sinn Féin ont réclamé un scrutin portant sur une réunification de l'Irlande. Theresa May a exhorté mercredi les partis politiques de la province à s'entendre pour former un gouvernement régional afin de faire entendre leurs voix dans les négociations.

(Nicolas Delame, Julie Carriat et Eric Faye pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

reuters.com

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