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Présidentielle en Algérie jeudi, une mascarade pour les contestataires

reuters.com  |   |  464  mots
Presidentielle en algerie jeudi, une mascarade pour les contestataires[reuters.com]
(Crédits : Ramzi Boudina)

par Lamine Chikhi

ALGER (Reuters) - Les Algériens sont invités aux urnes jeudi pour une élection présidentielle qui, aux dires des manifestants mobilisés depuis février, n'offre pas d'alternative à la hiérarchie dont ils réclament le renouvellement.

S'il n'y a probablement pas de changement majeur à en attendre, le scrutin pourrait être un moment charnière de la confrontation entre l'armée, premier pilier de l'Etat, et les contestataires qui ont obtenu en avril la mise à l'écart du président Abdelaziz Bouteflika.

A leurs yeux, l'élection ne peut être ni libre ni équitable tant que les militaires et les membres de la "vieille garde" seront au pouvoir.

"Nous verrons si une mauvaise élection vaut mieux que pas d'élection du tout", a commenté le politologue Farid Ferrahi.

Des étudiants ont de nouveau défilé mardi à Alger aux cris de "Nous ne voterons pas !" et "Nous voulons la liberté !"

Les cinq candidats en lice occupaient tous des fonctions importantes sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika. Il s'agit des anciens Premiers ministres Abdelmadjid Tebboune et Ali Benflis, de l'ancien ministre de la Culture Azzeddine Mihoubi, de l'ex-ministre du Tourisme Abdelkader Bengrina et d'Abdelaziz Belaïd, président du Front el Moustakbal.

Quel que soit le vainqueur, les contestataires sont convaincus que l'armée continuera à tirer les ficelles en coulisses, tâche d'autant plus aisée qu'elle s'est débarrassée de rivaux autrefois intouchables.

Son chef d'état-major, le général Ahmed Gaed Salah, qui fait désormais figure de cheville ouvrière du pouvoir, juge l'élection nécessaire pour tirer un trait sur la crise qui a éclaté il y a dix mois et pour restaurer l'ordre constitutionnel.

"LE SYSTÈME NE CHANGERA PAS, MAIS IL S'ADAPTERA"

L'armée algérienne a toujours été au coeur du pouvoir, mais elle devait jusqu'ici composer avec d'autres institutions influentes telles que le Département du renseignement et de la sécurité.

C'est à la suite d'une intervention télévisée du général Salah qu'Abdelaziz Bouteflika a démissionné. Depuis, de nombreux membres de l'entourage de l'ex-chef de l'Etat, arrivé au pouvoir en 1999, ont été arrêtés pour corruption.

Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, deux anciens Premiers ministres, ont été condamnés respectivement mardi à 15 et 12 ans de prison pour "dilapidation de deniers publics", "octroi d'avantages indus" et abus de pouvoir.

En septembre, c'est le frère du président déchu qui avait été condamné à 15 ans de prison pour "complot contre l'autorité de l'Etat".

"L'élite corrompue de Bouteflika est en prison. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'y a pas d'alternative", juge un ministre à la retraite. "Le système ne changera pas, mais il s'adaptera aux changements comme il l'a toujours fait."

(Version française Jean-Philippe Lefief)