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Coronavirus : Annulation en pagaille des rendez-vous de vaccination

reuters.com  |   |  771  mots
Coronavirus: annulation en pagaille des rendez-vous de vaccination[reuters.com]
(Crédits : Eric Gaillard)

par Noémie Olive et et Matthias Blamont

GARCHES, Hauts-de-Seine (Reuters) - Trois jours après l'élargissement de la campagne de vaccination contre le COVID-19 aux plus de 75 ans, de nombreux centres de vaccination déplorent de devoir annuler des centaines de rendez-vous, faute d'obtenir les doses suffisantes pour répondre à la demande.

"Je suis un peu en colère de voir l'impréparation des services de l'Etat", a dit à Reuters Jeanne Becart, maire de Garches (Hauts-de-Seine), en début de semaine, au moment d'apprendre que la commune ne recevrait que de 420 doses entre le 18 et le 24 janvier, alors que le centre avait déjà pris quelque 1.500 rendez-vous sur cette période.

"Notre président nous a dit que nous étions en guerre, qu'on allait faire ce qu'il fallait, quoi qu'il en coûte. S'il vous plait monsieur le président, achetez des vaccins, quel que soit le prix et donnons-nous les moyens de faire que cette campagne de vaccination soit un succès", a-t-elle ajouté.

A Rueil-Malmaison, une commune voisine également située dans les Hauts-de-Seine, il a fallu annuler un peu plus de 200 rendez-vous cette semaine, selon le coordonnateur du centre, Jean-Luc Leymarie.

"Comme on était l'un des premiers centres de vaccination dans les Hauts-de-Seine, on nous avait dit au départ : 'prenez autant de rendez-vous que possible et honorez-les'", explique le médecin généraliste, qui précise que le centre était en capacité de faire 600 à 700 vaccinations par semaine.

"Il a fallu réduire la voilure", ajoute-t-il.

Ces centres disent pourtant avoir respecté le cahier des charges qui leur était demandé pour obtenir l'agrément.

A Garches, les capacités de vaccination devaient être de 1.200 personnes par semaine. La mairie admet qu'elle a pris plus de rendez-vous que prévu, considérant qu'elle avait assez de personnel pour le faire.

Pour les autorités de santé, c'est précisément ce qui a posé problème. "Les maires se sont trouvés en difficulté car ils avaient pris des rendez-vous avant que les plate-formes en ligne ne soient ouvertes et bien souvent avant de connaître le nombre de doses qui seraient affectées à la région", explique la directrice de l'Agence régionale de santé pour les Hauts-de-Seine, Monique Revelli.

Il a également fallu répartir de façon égalitaire les doses au fur et à mesure de l'ouverture des 13 centres de vaccination, ce qui a amené une baisse de dotation pour certains, dit-elle.

490.000 VACCINATIONS PREVUES

Le gouvernement a décidé au début du mois de janvier de modifier sa stratégie de vaccination, en réponse aux critiques qui ont fusé sur le démarrage poussif de la campagne, en décidant de l'élargir notamment aux plus de 75 ans et au personnel soignant de plus de 50 ans.

Plus de six millions de personnes sont donc concernées. Or, quelque 490.000 vaccinations sont prévues cette semaine dans les centres de vaccination de ville et dans les Ehpad, soit la moitié des doses aujourd'hui conservées dans les frigos, précise-t-on au ministère de la Santé.

Le reste est réservé au rappel du vaccin qui se fera quatre semaines plus tard et doit permettre d'éviter tout problème d'approvisionnement, ajoute le ministère.

"C'est une course de fond", rappelle Monique Revelli. "Oui, les personnes de plus de 75 ans pourront se faire vacciner, mais tout ne se fera pas en quinze jours."

Le laboratoire Pfizer a par ailleurs annoncé vendredi un ralentissement temporaire de la production et des livraisons de ses vaccins afin de modifier son processus de fabrication de façon à l'accélérer ensuite.

Pour la France, cela représente un manque à gagner de 140.000 doses cette semaine.

Mais le gouvernement estime pouvoir en récupérer davantage dans les semaines suivantes et maintient donc sa cible de 2,4 millions de personnes vaccinées d'ici la fin février.

A Saint-Denis, où le centre de vaccination ne fonctionne qu'au quart de ses capacités, on se questionne sur le calendrier, malgré les promesses de montée en cadence.

"Sur Saint-Denis, il faudrait plus de quinze semaines rien que pour vacciner le public des plus de 75 ans, or théoriquement fin fevrier, on est censé passer aux plus de 65 ans", explique la première adjointe au maire, Katy Bontinck.

"Soit vraiment la montée en charge va être là, soit il va falloir décaler et chaque décalage du calendrier vaccinal c'est une perte de chance pour des personnes qui ont des risques de développer une forme grave. Donc l'inquiétude est vraiment là."

(Avec Eric Gaillard, Richard Lough et Caroline Pailliez)