Fuites sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2, le Danemark parle d'actes "délibérés"

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Photo d'archives du gazoduc nord stream 2 a lubmin[reuters.com]
(Crédits : Fabrizio Bensch)

par Anna Ringstrom et Stine Jacobsen

STOCKHOLM/COPENHAGUE (Reuters) - Des fuites sont apparues en mer Baltique sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en provenance de Russie, ont rapporté mardi la Suède et le Danemark, ce dernier évoquant des "actes délibérés".

"Les autorités sont désormais certaines qu'il s'agit d'actes délibérés. Ce n'était pas un accident", a dit la Première ministre danoise, Mette Federiksen à la presse.

"Nous n'avons aucun élément permettant de dire qui est derrière", a-t-elle ajouté.

Selon son minstre de l'Energie, Dan Jorgensen, les dégâts ont été enregistrés à une profondeur de 70 à 90 mètres sous le niveaude la mer.

Les autorités suédoises ont quant à elles ouvert une enquête pour sabotage.

Nord Stream 1 est touché par deux fuites, selon l'Autorité maritime suédoise, l'une dans la zone économique exclusive suédoise, l'autre dans la zone économique danoise, au nord-est de l'île de Bornholm. Le Danemark a découvert pour sa part lundi une fuite sur Nord Stream 2, qui est parallèle au 1.

Selon le centre de recherche géologique allemand GFZ, deux secousses sismiques ont été enregistrées lundi, l'une peu après 2 heures du matin, l'autre à 17h00. L'institut a toutefois refusé d'établir un lien formel avec les fuites décelées sur les gazoducs.

La police suédoise a toutefois annoncé mardi l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "sabotage", a dit un porte-parole.

Les deux infrastructures, au coeur du conflit énergétique entre l'Europe et la Russie, sont hors service en raison du conflit en Ukraine mais contiennent du gaz.

Moscou a évoqué un sabotage compromettant la sécurité énergétique du continent européen.

"C'est une nouvelle très préoccupante. Nous parlons de dommages d'une nature encore inconnue sur le gazoduc dans la zone économique du Danemark", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

RISQUE POUR LES NAVIRES

Le conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak, a parlé d'une attaque russe pour déstabiliser l'Europe, sans donner de preuves de ce qu'il avance.

"La fuite de gaz à grande échelle de Nord Stream 1 n'est rien de plus qu'une attaque terroriste planifiée par la Russie et un acte d'agression contre l'Union européenne", a-t-il écrit sur Twitter.

Pour le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, il ne fait pas de doute qu'il s'agit d'"un acte de sabotage".

"Nous ne connaissons pas tous les détails de ce qui s'est passé, mais nous voyons clairement qu'il s'agit d'un acte de sabotage lié à l'escalade en Ukraine", a-t-il déclaré en marge de l'inauguration d'un gazoduc entre la Norvège et la Pologne.

Les fuites sont d'importance et leur colmatage pourrait prendre une semaine, a déclaré le directeur de l'Agence danoise de l'Energie, Kristoffer Bottzauw.

Le risque est que les navires qui entrent dans la zone perdent en puissance et en flottabilité, a-t-il relevé.

De plus, "la surface de la mer est couverte de méthane, ce qui augmente le risque d'explosion", a-t-il dit.

L'opérateur Nord Stream a fait état de dégâts "sans précédent".

"Nous disposons d'indications selon lesquelles les dégâts sont intentionnels", a déclaré une source sécuritaire européenne.

L'opérateur russe Gazprom a réduit les volumes de gaz livrés par Nord Stream 1 jusqu'à sa fermeture complète fin août, en réplique aux sanctions occidentales.

Gazprom s'est refusé mardi à tout commentaire sur les fuites.

(Reportage Reuters, rédigé par Matthias Williams ; version française Augustin Turpin et Sophie Louet, édité par Nicolas Delame)

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