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Emmanuel Macron, phénomène politique ou emballement médiatique ?

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Publié le 25 septembre 2015 à 18:00 - Mis à jour le 25 septembre 2015 à 18:10

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron est devenu en quelques mois l'abcès de fixation d'une gauche paniquée par la perspective de nouvelles déroutes électorales, d'une droite avide de ce qui amplifie les divisions de la majorité et d'extrêmes en quête de boucs émissaires.

A coup de déclarations sur des sujets aussi sensibles que le droit du travail, les 35 heures ou le statut des fonctionnaires, le jeune ministre de l'Economie de François Hollande s'est forgé une image de dynamiteur d'idées reçues, moderne, qui "dit ce qu'il pense".

Presse, chroniqueurs, analystes et instituts de sondage se sont emparés du phénomène, qu'ils s'efforcent de décortiquer.

Les uns y voient une créature qui échapperait à ses créateurs, le chef de l'Etat et le Premier ministre, et les "ringardiserait". Les autres jugent au contraire qu'il dit tout haut ce que pensent François Hollande et Manuel Valls.

"Il y a une part d'emballement médiatique dans tout ça", souligne le directeur du département opinion de l'Ifop, Jérôme Fourquet. "C'est la nouvelle coqueluche des médias, qui ont une nouvelle histoire à raconter."

Depuis sa nomination en août 2014, en remplacement d'Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron est devenu pour l'aile gauche du Parti socialiste le symbole d'un virage "social-libéral" de l'exécutif, rôle tenu jusque là par Manuel Valls.

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"Il est plus facile d'attaquer Emmanuel Macron que le Premier ministre", souligne Jérôme Fourquet. D'autant que le ministre de l'Economie n'a jamais été élu et n'a plus sa carte du PS depuis plusieurs années. Il n'a d'ailleurs pas été invité à la dernière université d'été du parti à La Rochelle.

"MACRON, RAS-LE-BOL !"

Quant à l'extrême gauche, elle voit en lui une incarnation de la "trahison" et des reniements de François Hollande.

Ses propos jugeant inadapté le statut des fonctionnaires ont été la goutte qui a fait déborder le vase pour des socialistes tétanisés par la perspective de perdre des bastions comme le Nord-Pas-de-Calais aux élections régionales de décembre.

"Macron, comment dire, ras-le-bol !" a explosé mercredi la maire de Lille, Martine Aubry, classée à l'aile gauche du PS.

"La formule était raide mais je la crois partagée, y compris dans l'exécutif", a renchéri vendredi le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, sur le site internet My-TF1.

Ce "ras-le-bol" est-il vraiment partagé au sommet de l'Etat ? Pas sûr du tout, même si les analystes politiques ont vu dans les appels de François Hollande et de Manuel Valls à une parole plus maîtrisée un "recadrage" du ministre de l'Economie.

Quand Emmanuel Valls lui lance, souriant, à propos de la polémique sur les fonctionnaires, "Emmanuel, tu n'as pas fait ça ?" en pleine émission "Des paroles et des actes" sur France 2 jeudi soir, cela relève aussi bien d'une forme de complicité.

Il a d'ailleurs ajouté dans la foulée qu'Emmanuel Macron était "un atout pour le gouvernement" et "une chance".

Un avis partagé par 64% des sympathisants du PS, à en croire un sondage Elabe publié mercredi par BFM TV.

Pour Jérôme Fourquet, les prises de positions d'Emmanuel Macron "permettent à Manuel Valls de se recentrer et de montrer au PS qu'il y a encore plus à droite que lui au gouvernement".

"BAISER DE LA MORT"

L'ex-banquier d'affaires permet aussi au gouvernement de maintenir un lien avec le patronat, traditionnellement méfiant vis-à-vis du PS. Il a été applaudi au congrès du Medef quand il a dit que la gauche avait fait erreur en croyant que "la France pouvait aller mieux en travaillant moins", une allusion aux 35 heures.

Pour Gaël Sliman, président de l'institut Odoxa, Emmanuel Macron donne indéniablement une image de "parler vrai". Mais il a un "petit défaut", ajoute-t-il. "A chaque fois ses propos pourraient être tenus par un homme politique de droite."

Cela n'a évidemment pas échappé aux dirigeants de l'opposition, président du parti des Républicains (LR) en tête.

Si Emmanuel Macron "pense ce qu'il dit", a ainsi déclaré jeudi Nicolas Sarkozy à la fin des journées parlementaires de son parti, "il doit quitter le gouvernement et nous rejoindre".

Une façon pour l'ancien chef de l'Etat de tenter de semer la confusion dans le camp adverse en attisant les attaques de la gauche contre Emmanuel Macron. "C'est un peu le baiser de la mort", soulignent à l'unisson Jérôme Fourquet et Gaël Sliman.

Reste à savoir si la "macronmania" qui paraît aujourd'hui entourer le ministre de l'Economie dans les médias et une partie de l'opinion publique est durable et peut nourrir, à terme, une ambition politique chez cet homme de 37 ans.

"Une image se fait aussi sur l'évaluation des résultats d'une politique", fait valoir Jérôme Fourquet. "Si à l'automne 2016 on est toujours à 10% de chômeurs, si le déficit public n'est pas contenu et si la croissance n'est pas revenue, le regard sur lui des Français et de la presse pourrait changer."

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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