La France "reste" malgré le retrait US de Syrie mais veut des garanties
reuters.com

Syrie: l'ei pas raye de la carte, dit parly face au retrait us
GONZALO FUENTES
reuters.com

Syrie: l'ei pas raye de la carte, dit parly face au retrait us
GONZALO FUENTES
PARIS (Reuters) - La France a annoncé jeudi la poursuite de ses opérations militaires contre l'Etat islamique en Syrie après la décision de Donald Trump d'en retirer les forces américaines, estimant en contradiction avec le chef de la Maison Blanche que l'EI n'était pas définitivement vaincu.
A Paris, on concède que cette "décision inexplicable" a pris de court les alliés des Etats-Unis, bien que l'intention de Donald Trump fût connue de longue date. En procédant ainsi, contre l'avis de son administration qui "considère comme nous qu'il y a un travail à poursuivre dans la durée", il "coupe les virages au risque de l'accident grave", juge-t-on à l'Elysée.
L'analyse de la situation sur le terrain conduit l'exécutif et l'état-major français à poursuivre l'engagement militaire au sein de la coalition sous commandement américain au Levant.
"Daech n'est pas rayé de la carte, ni ses racines d'ailleurs, il faut vaincre militairement de manière définitive les dernières poches de cette organisation terroriste", a ainsi déclaré sur Twitter la ministre des Armées, Florence Parly.
A l'état-major français, on souligne que "le combat continue" et que l'annonce de Donald Trump n'a à ce stade "aucune incidence sur la participation de la France", qui mobilise quelque 1.100 hommes, des moyens aériens et maritimes, en Irak et Syrie dans le cadre de "Chammal", le nom de la contribution française mise en oeuvre en septembre 2014.
"L'OBJECTIF COMMUN NE DISPARAÎT PAS"
Officiellement, la France n'a pas de troupes sur le terrain syrien, mais le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis avait déclaré publiquement en avril que les forces spéciales françaises avaient prêté main forte aux Américains en Syrie.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

A la question de savoir si le retrait américain pèsera sur les modalités d'engagement des troupes françaises, on répond de sources françaises que l'armée américaine constitue "la colonne vertébrale de la coalition" dans le Nord-Est syrien et qu'aucun partenaire ne saurait s'y substituer.
"La coalition internationale continue à vivre, l'objectif commun, la lutte contre Daech, ne disparaît pas", dit-on.
Les autorités françaises ont d'ores et déjà engagé des discussions avec les Américains pour "discuter des modalités, du calendrier" de retrait et du devenir des capacités américaines.
Les Etats-Unis ont déployé environ 2.000 hommes en Syrie. Selon un membre de l'administration américaine ayant requis l'anonymat, tout le contingent américain sera rapatrié une fois les opérations contre l'EI achevées. Ce retrait, a-t-il ajouté, prendrait alors entre 60 et 100 jours.
Les autorités françaises disent comprendre que "l'Irak n'est pas concerné par la décision de retrait".
L'autre priorité française est de demander des garanties de sécurité pour les Forces démocratiques syriennes (FDS), les alliés kurdes de la coalition, et les populations civiles à la merci d'une résurgence de la menace djihadiste.
DEMANDE DE GARANTIES POUR LES FDS ET LES CIVILS
Emmanuel Macron avait "pris les devants", explique-t-on à l'Elysée, en téléphonant mardi soir à Donald Trump au vu des informations reçues "par les canaux opérationnels" en début de semaine. Le chef de l'Etat lui a notamment déclaré que cette initiative lui semblait prématurée.
"Dans les semaines qui viennent, la France sera attentive à ce que la sécurité de tous les partenaires des Etats-Unis soit assurée, y compris les Forces démocratiques syriennes", a relayé le ministère français des Affaires étrangères.
"La protection des populations du nord-est de la Syrie et la stabilité de cette zone doivent être prises en compte par les Etats-Unis pour éviter tout nouveau drame humanitaire et tout retour des terroristes", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Des représentants des FDS étaient attendus vendredi à Paris mais il n'est pas prévu qu'ils rencontrent Emmanuel Macron, a-t-on indiqué à l'Elysée. "Cette décision revient à livrer à elles-mêmes les troupes arabo-kurdes. Il est vrai que les FDS sont entrées dans Hadjine et que le président Trump a pu de lui-même tirer la conclusion que la campagne était terminée..."
La région d'Hadjine, dernière poche de résistance de l'Etat islamique (EI), est située sur la rive orientale de l'Euphrate, à la frontière irakienne.
"Si c'est aussi grave que ça en a l'air, c'est un sérieux problème pour nous et pour les Britanniques, car du point de vue opérationnel, la coalition ne fonctionne pas sans les Etats-Unis", résume un diplomate français.
Un retrait américain laisserait en outre la voie libre à la Russie et à l'Iran, alliés indéfectibles du régime de Bachar al Assad.
(Sophie Louet avec Julie Carriat, Jean-Baptiste Vey, John Irish, édité par Yves Clarisse)
reuters.com