May propose de voter sur un "no deal" ou un report du Brexit
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May envisage le report du brexit pour eviter un "no deal"
SIMON DAWSON
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May envisage le report du brexit pour eviter un "no deal"
SIMON DAWSON
par William James et Kylie MacLellan
LONDRES (Reuters) - Theresa May a proposé mardi aux députés britanniques, s'ils ne ratifient pas d'ici au 12 mars le projet d'accord de retrait négocié avec les Européens, de voter sur un Brexit sans accord à la date prévue du 29 mars puis sur un report "court et limité" de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.
Son intervention devant la Chambre des communes, à 31 jours de la date toujours programmée pour le divorce avec l'UE, constitue un tournant dans la stratégie de la Première ministre britannique.
Après avoir martelé que le Royaume-Uni sortirait de l'UE le 29 mars comme prévu et qu'une absence d'accord valait mieux qu'un mauvais accord, elle ouvre en effet la porte à un possible report de la date du départ.
Dans son discours devant la Chambre des communes, elle a fixé cette nouvelle date-butoir pour obtenir la ratification indispensable du "Withdrawal Agreement" négocié avec les Européens et qu'elle tente de modifier.
"Nous organiserons un second 'Vote significatif' d'ici au mardi 12 mars au plus tard", a-t-elle promis.
Après avoir renoncé in extremis à la tenue d'un premier vote, en décembre dernier, sa première tentative, le 15 janvier, avait tourné au désastre: le texte négocié avec Bruxelles et entériné fin novembre par les dirigeants européens a été rejeté par 432 voix contre 202.
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Elle tente depuis de renégocier avec les Européens le "backstop" nord-irlandais, ce mécanisme de dernier recours qui doit éviter le rétablissement de contrôles douaniers le long des 500 km de frontière entre la République d'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, mais sur lequel se concentrent les critiques des Brexiters aux Communes.
"CONSENTEMENT EXPLICITE"
Si rien n'y fait et que la Chambre continue de rejeter tout accord de retrait, le gouvernement May soumettra "le mercredi 13 mars au plus tard" au vote des parlementaires une motion leur demandant s'ils soutiennent ou non une sortie sans accord à la date prévue du 29 mars.
De ce fait, a insisté la Première ministre, le Royaume-Uni ne quittera l'UE sans accord à la date prévue que si la Chambre donne son "consentement explicite".
Enfin, troisième temps du mécanisme exposé par May, les Communes, dans la double éventualité où l'accord de retrait de même que la perspective d'un Brexit sans accord le 29 mars auraient été rejetés, auront à se prononcer sur une possible extension de la période de négociations de deux ans fixée par l'Article 50 des traités européens qui encadre le départ d'un Etat membre.
En clair, les députés devront dire s'ils sont pour ou contre un report du Brexit. May demande une "extension courte et limitée" et évoque l'horizon de la fin juin, soit un report de trois mois.
UN 'NO DEAL' RESTERA SUR LA TABLE
Mais elle a prévenu qu'une éventuelle prolongation des deux années de négociation prévues par l'Article 50 ne retirerait pas de la table l'option d'un divorce sans accord (le vote annoncé aux Communes ne concerne que la perspective d'un Brexit sans accord à la date du 29 mars).
"La Chambre doit clairement dire qu'une courte extension, pas au-delà de la fin juin, devrait presque certainement être un report unique (...)", a-t-elle poursuivi.
"Une extension ne peut pas retirer de la table l'option d'un 'no deal'. La seule manière de le faire serait de révoquer l'Article 50, ce que je ne ferai pas, ou d'accepter un accord."
Et s'il faut se résoudre à une absence d'accord, a-t-elle ajouté, "nous ferons au final de ce 'no deal' un succès".
Sur les marchés des changes, la livre sterling, qui a perdu près d'un cinquième de sa valeur face au dollar depuis le référendum de juin 2016, a repris 1,4% à 1,3284 dollar, son niveau le plus haut depuis septembre 2018, et s'est également redressée face à l'euro, les cambistes estimant que le risque d'un Brexit sans accord pourra être évitée.
L'issue ultime de l'initiative reste floue, avec des scénarios allant d'un accord à la toute dernière minute à la tenue d'un nouveau référendum qui rouvrirait les divisions de la campagne de 2016, voire une annulation pure et simple du Brexit.
"Elle semble nous donner une date pour un nouveau saut dans le vide: la fin juin", a commenté Kenneth Clarke, parlementaire conservateur pro-UE.
"RETOURNER VERS LE PEUPLE" ?
Le dirigeant de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a affirmé pour sa part devant les députés qu'un Brexit sans accord serait "désastreux" et réaffirmé que May suivait une stratégie "ridiculement irresponsable".
Au cas où l'accord de Brexit présenté par May serait adopté à Westminster, il a demandé que ce choix soit ensuite confirmé par un vote de la population. Son Parti travailliste a annoncé lundi qu'il soutiendrait la tenue d'un second référendum sur le Brexit si la Chambre des communes rejette son plan alternatif pour quitter l'Union, qui prévoit notamment le maintien d'une union douanière permanente avec l'UE.
"Il ne s'agit pas de tergiversations, c'est une stratégie délibérée visant à jouer la montre", a-t-il dit des annonces de May. "La Première ministre promet de mettre en oeuvre une chose qu'elle sait inatteignable, et elle se joue des gens."
Theresa May a accusé en retour le Labour d'être revenu sur sa promesse de respecter le vote des Britanniques lors du référendum de juin 2016. "La crédibilité de notre démocratie est en jeu", a-t-elle dit.
A droite, Jacob Rees-Mogg, élu conservateur et chef de file des eurosceptiques au sein de l'European Research Group (ERG), a dit craindre que ce potentiel report du divorce soit "un moyen de stopper totalement le Brexit", ce qui, a-t-il ajouté, serait "l'erreur la plus grave que des politiciens puissent commettre".
Un responsable du cabinet de Theresa May avait déjà indiqué lundi qu'un report du Brexit était une option envisagée par le gouvernement si la Chambre des communes ne ratifiait pas d'ici au 12 mars l'accord de retrait.
Londres ne peut décider unilatéralement de reporter le Brexit et doit obtenir l'accord de Bruxelles. "Si une demande pour un report de la date du Brexit est présentée, elle sera étudiée favorablement", a commenté mardi un haut responsable européen après le discours de May aux Communes. "Une extension de quelques mois serait relativement simple."
Un report du Brexit serait "une solution logique", dans la mesure où il n'y a pas de majorité au Parlement britannique pour voter l'accord de sortie de l'UE, avait déclaré la veille le président du Conseil européen, Donald Tusk.
(Jean Terzian, Danielle Rouquié, Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français)
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