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Le rapport Mueller sème le doute sans incriminer Trump

reuters.com  |   |  1126  mots
Enquete russe: trump n'a pas commis d'obstruction, affirme barr[reuters.com]
(Crédits : Jonathan Ernst)

par Sarah N. Lynch et Andy Sullivan

WASHINGTON (Reuters) - Le rapport du procureur Robert Mueller, dont une version expurgée a été rendue publique jeudi, exclut toute collusion entre les équipes de Donald Trump et le pouvoir russe mais met en lumière, sans pouvoir trancher, une série d'incidents qui tendent à montrer que le président a cherché à entraver le déroulement de l'enquête et interroge sur une éventuelle obstruction du cours de la justice.

"Les preuves que nous avons obtenues sur les actes et l'intention du président présentent des points difficiles qui nous empêchent de déterminer de façon concluante qu'aucune conduite criminelle n'a eu lieu. En conséquence, même si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l'exonère pas non plus", peut-on notamment lire.

Ce rapport de 448 pages est le fruit de 22 mois d'enquête sur une affaire qui a commencé à planer au-dessus de la présidence Trump avant même son investiture.

Pour le camp présidentiel, il blanchit Donald Trump. L'opposition démocrate, majoritaire à la Chambre des représentants, insiste pour sa part sur les "éléments troublants" que contient le rapport Mueller.

Avant de le transmettre au Congrès, l'Attorney General (ministre de la Justice) William Barr a une nouvelle défendu jeudi le président américain, reprenant les arguments qu'il avait déjà développés lorsqu'il a reçu ce rapport, le 22 mars dernier.

"Le gouvernement russe a essayé d'interférer dans notre processus électoral mais grâce à l'enquête minutieuse du procureur spécial, nous savons que les agents russes qui ont entrepris ces desseins n'ont pas reçu l'aide du président Trump ou de la campagne Trump", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Concluant une nouvelle fois que Trump n'avait pas violé la loi, il a cependant admis que Robert Mueller avait identifié une dizaine d'incidents impliquant le président américain et cherché à savoir s'il s'agissait de faits susceptibles de constituer une obstruction à la justice.

Le rapport évoque par exemple comment, en juin 2017, un mois après la nomination du procureur spécial par le numéro deux du département de la Justice, le président a donné ordre à Don McGahn, un conseiller de la présidence, de déclarer qu'il y avait des conflits d'intérêt autour de la personnalité de Robert Mueller et de recommander qu'il soit limogé.

Le conseiller n'a pas donné suite à cette consigne.

Il existe également des "preuves substantielles", poursuit le rapport, selon lesquelles l'ancien directeur du FBI James Comey, brutalement limogé en mai 2017, a été évincé pour avoir "refusé de déclarer publiquement que le président n'était pas visé personnellement par une enquête".

"GAME OVER"

Mueller cite également des éléments permettant de penser que Trump savait que son ancien conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn avait eu des contacts répréhensibles avec l'ambassadeur russe avant son investiture.

Ces éléments se sont toutefois avérés insuffisants pour conclure qu'il y avait eu là une véritable volonté de commettre un délit d'obstruction à la justice.

"PAS D'OBSTRUCTION, PAS DE COLLUSION, POUR LES DÉTRACTEURS ET LA GAUCHE RADICALE DÉMOCRATE: GAME OVER", a commenté Trump sur Twitter en reprenant les codes graphiques de la série américaine à succès Game of Thrones.

"Les résultats de cette investigation sont une victoire totale pour le président. Le rapport souligne ce que nous avons argué depuis le tout début: il n'y pas eu d'obstruction", s'est félicité son équipe juridique.

LES DÉMOCRATES METTENT EN CAUSE WILLIAM BARR

Le rapport a été transmis au Congrès dans la journée et, dans un contexte pré-électoral où l'occupant de la Maison blanche est déjà en campagne en vue d'une réélection en 2020 et que les candidats à la primaire démocrate sillonnent le pays, il a ravivé les tensions entre la présidence et le camp démocrate.

Nancy Pelosi, présidente démocrate à la Chambre des représentants, a condamné sur Twitter l'attitude de l'Attorney General. "Il est évident que l'AG Barr se comporte comme l'avocat personnel de Donald Trump et pas comme celui de l'Amérique. Notre pays demande et mérite une transparence complète. C'est pourquoi nous devons entendre Mueller", a-t-elle dit.

Dans un communiqué commun co-signé avec Chuck Schumer, chef de file de la minorité démocrate au Sénat, elle a souligné ensuite les "différences flagrantes" entre ce que Barr et Mueller disent au sujet d'une obstruction présidentielle.

"Tandis que nous continuons d'examiner ce rapport, une chose est claire: l'Attorney General Barr a présenté la conclusion que le président n'avait pas obstacle à la justice tandis que le rapport de Mueller semble amoindrir ce constat", ajoutent-ils.

Le président démocrate de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Jerrold Nadler, a indiqué pour sa part qu'il tenterait d'obtenir la version originale du rapport Mueller et a ajouté qu'il avait demandé au procureur spécial de déposer devant la commission le 23 mai prochain.

"Même dans sa forme incomplète, le rapport Mueller présente des preuves troublantes que le président Trump s'est lancé dans une obstruction de la justice et autre manquement", a-t-il commenté.

"Le procureur spécial a indiqué clairement qu'il n'exonérait pas le président. La responsabilité de tenir le président comptable de ses actes incombe désormais au Congrès", a-t-il ajouté.

"JE SUIS FOUTU"

Mueller, ancien directeur du FBI, a également exhumé de "nombreux liens" entre l'équipe de campagne de Donald Trump et le gouvernement russe. Mais son rapport conclut que "cette enquête n'a pas établi que des membres de la campagne Trump ont conspiré ou se sont coordonnés avec le gouvernement russe dans ses activités d'ingérence électorale".

Le rapport offre aussi un aperçu des échanges entre Trump et ses collaborateurs.

Et notamment une scène saisissante qui se déroule le 17 mai 2017 dans le bureau Ovale de la Maison blanche, le jour où le numéro deux du département de la Justice, Rod Rosenstein, désigne le procureur spécial Mueller.

"Lorsque (l'ancien Attorney General Jeff) Sessions a informé le président qu'un procureur spécial avait été désigné, peut-on lire, le président s'est affaissé sur son fauteuil et a dit 'Oh mon Dieu. C'est terrible. C'est la fin de ma présidence. Je suis foutu.'" (littéralement: "I'm fucked.")

(avec David Morgan, Doina Chiacu, Susan Cornwell, Richard Cowan, Amanda Becker et Karen Freifeld; Jean Terzian, Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)