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Birmanie : Aung San Suu Kyi de nouveau accusée, les manifestations se poursuivent

reuters.com  |   |  602  mots
Birmanie: aung san suu kyi de nouveau accusee, les manifestations se poursuivent[reuters.com]
(Crédits : Stringer)

(Reuters) - L'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, renversée par un coup d'Etat le mois dernier, a comparu ce lundi devant un tribunal pour deux nouveaux chefs d'accusation, a déclaré son avocat Min Min Soe, alors que la contestation se poursuit dans la rue au lendemain d'une journée de violence.

Aung San Suu Kyi, 75 ans, initialement accusée d'avoir importé illégalement six talkies-walkies et d'avoir violé les règles mises en place pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, avait, selon son avocat, l'air en bonne santé au cours de cette audience qui s'est tenue par visioconférence à Naypyitaw, la capitale.

Ce dernier a cependant précisé qu'elle semblait avoir perdu du poids. Elle a également demandé à voir ses avocats, a-t-il dit à Reuters.

L'une des deux nouvelles accusations dont Aung San Suu Kyi fait face est liée à un article du code pénal de l'époque coloniale qui interdit la publication d'informations susceptibles de "provoquer la peur ou l'alerte" ou de troubler "l'ordre public", a expliqué son avocat.

L'autre chef d'accusation porte sur une loi sur les télécommunications qui requiert une licence, a-t-il ajouté.

La prochaine audience est prévue le 15 mars.

Au moment où Aung San Suu Kyi comparaissait, à Rangoun, la capitale économique, la police faisait usage de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes contre des manifestants, ont raconté des témoins, au lendemain de la journée la plus sanglante depuis le début du mouvement de contestation contre le coup d'Etat.

Aucun blessé n'a été signalé dans l'immédiat, mais la veille, les forces de sécurité birmanes ont tiré sur des manifestants, faisant au moins 18 morts.

Des manifestants ont également défilé dans la ville de Kale, dans le nord-ouest du pays, brandissant des photos d'Aung San Suu Kyi et scandant "la démocratie, notre cause, notre cause".

Dans la ville de Lashio, dans le nord-est, un groupe de manifestants portant des casques de sécurité faisait face à la police, selon une vidéo diffusée en direct sur Facebook.

"VIOLENCE ABOMINABLE"

La Birmanie est plongée dans le chaos depuis qu'une junte militaire a placé en détention la dirigeante démocratiquement élue ainsi que plusieurs membres de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le 1er février.

"Cela fait un mois depuis le coup d'Etat. Ils nous ont réprimés avec des tirs hier. Nous reviendrons aujourd'hui", a déclaré sur Facebook, Ei Thinzar Maung, un des leaders de la contestation.

L'armée n'a fait aucun commentaire sur la répression de dimanche.

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a dénoncé une "violence abominable" de la part des forces de sécurité birmanes. Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, a estimé que l'usage de la force par les militaires était "épouvantable". Tous deux ont appelé à une action concertée contre la junte.

Tom Andrews, le rapporteur spécial de l'Onu sur les droits de l'homme en Birmanie, a appelé pour sa part à une intensification de la réponse de la communauté internationale.

Il propose notamment un embargo mondial sur les armes, davantage de sanctions d'un plus grand nombre de pays et une saisine du Conseil de sécurité de l'Onu devant la Cour pénale internationale.

"Le cauchemar en Birmanie qui se déroule sous nos yeux s'aggravera. Le monde doit agir", a-t-il dit, estimant que les paroles ne suffisaient plus.

(Bureaux de Reuters; avec MichelleNichols et Matt Spetalnick, rédigé par Martin Petty; version française Claude Chendjou, édité par Jean-Michel Bélot)