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Israël : La Knesset vote sur un nouveau gouvernement et met fin au règne record de Netanyahu

reuters.com  |   |  799  mots
Israel: la knesset vote sur un nouveau gouvernement et met fin au regne record de netanyahu[reuters.com]
(Crédits : Amir Cohen)

par Maayan Lubell

JÉRUSALEM (Reuters) - Les 12 années de pouvoir du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devraient prendre fin dimanche lorsque le Parlement votera sur un nouveau gouvernement, inaugurant une administration qui s'est engagée à guérir une nation amèrement divisée par le départ du plus ancien dirigeant du pays.

Benjamin Netanyahu, 71 ans, l'homme politique israélien dominant de sa génération, n'avait pas réussi à former un gouvernement après les élections du 23 mars, les quatrièmes en deux ans. Le nouveau cabinet, qui prêtera serment après un vote de confiance de la Knesset qu'il devrait remporter, a été constitué par le chef de l'opposition centriste Yair Lapid et l'ultra-nationaliste Naftali Bennett.

Naftali Bennett, un millionnaire high-tech belliciste, sera Premier ministre pendant deux ans avant que Yair Lapid, un ancien animateur de télévision, ne prenne la relève. Ils seront à la tête d'un gouvernement comprenant des partis de tout l'éventail politique, y compris, pour la première fois, un parti représentant la minorité arabe (21%). Ils prévoient d'éviter de prendre des mesures radicales sur des questions internationales brûlantes, telles que la politique à l'égard des Palestiniens, tout en se concentrant sur les réformes intérieures.

Avec peu ou pas de perspectives de progrès dans la résolution du conflit avec Israël qui dure depuis des décennies, de nombreux Palestiniens ne seront pas touchés par le changement d'administration, affirmant que Naftali Bennett poursuivra probablement le même programme de droite que Benjamin Netanyahu.

BYE BYE BIBI ?

Sur la scène internationale, avec son anglais soigné et sa voix de baryton, le télégénique Benjamin Netanyahu est devenu le visage d'Israël. Après un premier mandat de Premier ministre dans les années 1990 et quatre autres mandats successifs depuis 2009, il est une figure polarisante, tant à l'étranger que dans son pays.

Souvent désigné par son surnom de Bibi, Benjamin Netanyahu est aimé par ses partisans inconditionnels et détesté par ses détracteurs. Son procès en cours pour corruption, sur des accusations qu'il nie, n'a fait que creuser le fossé.

Ses opposants critiquent depuis longtemps ce qu'ils considèrent comme la rhétorique de division de Benjamin Netanyahu, ses tactiques politiques sournoises et sa soumission des intérêts de l'Etat à sa propre survie politique. Certains l'ont surnommé "ministre du crime" et l'ont accusé de mal gérer la crise du coronavirus et ses retombées économiques.

Les célébrations organisées par ses opposants pour marquer la fin de l'ère Netanyahu ont commencé tard samedi devant sa résidence officielle à Jérusalem, site des manifestations hebdomadaires contre le leader de droite depuis un an, où une bannière noire tendue sur un mur indiquait : "Bye Bye, Bibi, Bye bye", et les manifestants ont chanté, battu des tambours et dansé.

Mais pour la large et fidèle base d'électeurs de Benjamin Netanyahu, le départ du "Roi Bibi", comme certains l'appellent, pourrait être difficile à accepter. Ses partisans sont furieux de ce qu'ils considèrent comme le fait que le pays tourne le dos à un dirigeant dévoué à sa sécurité et un rempart contre la pression internationale pour toute mesure susceptible de conduire à un Etat palestinien, alors même qu'il promouvait des accords diplomatiques avec les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

Cependant, aucune de ces initiatives, ni le rôle qu'il a joué dans l'obtention des vaccins contre le COVID-19 pour la campagne de vaccination du pays, n'ont suffi à donner à son parti, le Likoud, suffisamment de voix pour lui assurer un sixième mandat.

Naftali Bennett, en particulier, s'est attiré la colère du camp de la droite pour avoir rompu une promesse de campagne en s'alliant à Yair Lapid. Il a justifié son geste en disant que de nouvelles élections, qui seraient probablement organisées si aucun gouvernement n'était formé, auraient été un désastre pour Israël.

Lui et Yair Lapid ont tous deux déclaré vouloir combler les clivages politiques et unir les Israéliens sous un gouvernement qui travaillera dur pour tous ses citoyens.

Leur cabinet est confronté à des défis diplomatiques, sécuritaires et financiers considérables : L'Iran, un cessez-le-feu fragile avec les militants palestiniens à Gaza, une enquête sur les crimes de guerre par la Cour pénale internationale, et la reprise économique après la pandémie de coronavirus.

En outre, leur coalition disparate de partis ne dispose que d'une majorité très mince au Parlement, 61 des 120 sièges de la Knesset, et devra encore faire face à Benjamin Netanyahu, qui sera certainement un chef d'opposition combatif. Et personne n'exclut un retour de Benjamin Netanyahu.

(version française Camille Raynaud)