Immobilier : les promoteurs dans l'expectative de la loi Elan et des municipales

Par César Armand  |   |  589  mots
Les promoteurs immobiliers attendent de pied ferme le "choc d'offre". (Crédits : REUTERS/Gonzalo Fuentes)
A quelques jours de la réunion de la commission mixte paritaire, la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) soutient toujours la loi Élan, mais s'inquiète de mesures qui pourraient contrecarrer le « choc d'offres » espéré. Sans parler des élections municipales qui se profilent, peu propices à l'activité.

72.180 logements neufs ont été réservés au premier semestre 2018. C'est au-dessus de l'objectif symbolique des 70.000 que se fixe la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), mais cela reste en-deçà des 75.180 du premier semestre 2017, record absolu depuis plus de cinq ans.

En effet, si les ventes en primo-accession ont augmenté de 2,9 % grâce au dispositif fiscal Pinel, la quantité d'acquisitions par les investisseurs a reculé, de même que les mises en vente ont baissé de 10 % durant les six premiers mois de 2018.

"Les maires bâtisseurs sont des maires bienfaiteurs"

D'après Marc Villand, pdg d'Inteconstruction et président de la FPI d'Île-de-France, « ce n'est pas étonnant » : « C'est la perspective des élections municipales, ce qui n'est jamais bon pour la mise en vente ».

Entre août 2017 et juillet 2018, le nombre de permis de construire accordé a d'ailleurs chuté de 4,5 %, alors que les mises en chantier ont progressé de 4,4 % sur la même période. Pour autant, la FPI se refuse à qualifier les « maires bâtisseurs » de « maires battus », comme le veut l'adage.

« Les maires bâtisseurs sont des maires bienfaiteurs, réplique sa présidente Alexandra François-Cuxac. Cette baisse provient de plusieurs phénomènes : les recours, les coûts de travaux élevés et des prix de vente que l'on souhaite contenus. Nous sommes dans une période de croissance avec des carnets de commande bien remplis, mais nous n'avons pas toute la souplesse pour embaucher. »

Loi Élan : "Cela ne va pas tout changer en cinq minutes"

Au vu de ces données, le « choc d'offre », promis par le gouvernement en septembre 2017 lors de la présentation du projet de loi Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Élan), aurait-il, lui aussi, pris un choc ?

Dès l'automne dernier, la FPI a soutenu mordicus le texte du gouvernement, quitte à provoquer le départ de Nexity de la fédération, et tout en invitant le ministre de la Cohésion des Territoires Jacques Mézard à son congrès annuel de juin dernier.

Aujourd'hui, Alexandra François-Cuxac demeure « ni pessimiste ni agressive » considérant que la loi Élan « appuie sur l'accélérateur » en sanctionnant les recours, simplifiant les normes ou en octroyant un bonus de constructibilité lors de la transformation de bureaux en logements.

« On passe d'une obligation de moyens à une obligation de résultats », souligne son vice-président Marc Villand. Il y a une volonté de donner les clés de la responsabilité aux maîtres d'ouvrage. Certes cela ne va pas tout changer en cinq minutes, mais il ne faut pas toujours pleurer. »

Pas d'inquiétude sur les avantages fiscaux

En revanche, la question des plans locaux d'urbanisme chagrine toujours ces promoteurs immobiliers. « Les PLU dictent encore des marchés et figent les règles pour quelques années. On aurait aimé un peu plus de nettoyage et d'harmonisation », regrette Marc Villand.

La commission mixte paritaire Assemblée nationale-Sénat, qui doit se tenir le 12 septembre prochain, a peu de chances d'aboutir à l'adoption définitive du projet de loi. Alexandra François-Cuxac n'en attend d'ailleurs « pas grand-chose » : « On a vu des choses se faire à l'Assemblée, se défaire au Sénat... »

La présidente de la FPI regrette surtout que les maires, détenteurs du pouvoir de délivrer les permis de construire, ne puissent pas bénéficier de davantage d'aides publiques. En revanche, elle reste confiante sur le maintien des avantages fiscaux dans le projet de loi finances (PLF) 2019 qui arrivera dans les prochaines semaines au Palais-Bourbon.