Construction en bois : les promoteurs disent chiche à Macron

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La filière compte en effet actuellement près 450 000 emplois en France, sachant que 30% du territoire national est recouvert de forêts.
La filière compte en effet actuellement près 450 000 emplois en France, sachant que 30% du territoire national est recouvert de forêts. (Crédits : Barré-Lambot)
Lors de son déplacement dans les Vosges mercredi 18 avril, le président de la République a déclaré vouloir « mettre en place une politique volontariste » de la filière bois. Les deux principaux promoteurs-constructeurs français se tiennent prêts à répondre à la main tendue du chef de l’Etat.

Décidé à soigner la population rurale après avoir été longtemps qualifié, à tort ou à raison, de "président des villes", Emmanuel Macron s'est rendu dans les Vosges mercredi dernier, le 18 avril. En visite à la scierie de Saulxures-sur-Moselotte (Vosges), il y a annoncé son souhait de « développer » la filière bois en France, considérant qu'« il y a trop peu d'emplois créés »  et appelant à « mettre en place une politique volontariste sur laquelle nous travailler avec la filière ».


Paul Jarquin, Pdg de REI Habitat, qui va répondre à un appel d'offres de Bpifrance sur la structuration d'une filière, vient également de lancer un appel à manifestation d'intérêt:

« Nous voulons, d'ici à la fin juin, créer un consortium intégrant toutes les mailles de la chaîne de valeurs : maîtres d'ouvrage-promoteurs, constructeurs-charpentiers, scieries et industriels, et le monde de l'amont forestier. » 

La filière compte en effet actuellement près de 450.000 emplois en France, de même que 30% du territoire national est recouvert par de la forêt, avec des qualités environnementales indéniables : « Un arbre jeune stocke 11 fois plus de CO2 qu'un vieil arbre qui ne le stocke plus », explique le promoteur.

La France exporte son bois et construit avec... du bois importé

Déjà au Marché international des promoteurs immobiliers (Mipim) de Cannes en mars dernier, Maurice Sissoko, directeur général d'Icade Promotion et signataire d'un partenariat avec REI Habitat, considérait qu'il était « pertinent d'accompagner cette start-up dans une logique d'intérêt collectif ».

Quand le bois représente déjà 15% à 20% de la construction dans les pays scandinaves contre seulement 3% en France, il serait préjudiciable de ne pas y investir. Or, aujourd'hui, un tiers des chênes part en Chine, comme l'a rappelé le chef de l'Etat :

« On construit actuellement avec du bois importé, alors que la France a une vraie grande forêt, c'est un problème. »

Paul Jarquin confirme :

« On pourrait doubler le stockage carbone à l'échelle 2030 si l'on s'en donnait les moyens. »

Des emplois non-délocalisables

Emmanuel Macron justement entend « qu'on reboise massivement, qu'on investisse davantage » afin de « créer beaucoup d'emplois », notamment « dans la construction », d'autant que le bois est une source de travail non-délocalisable.

« C'est l'une des filières qui lie le dynamisme immobilier des métropoles et la création d'emplois localisés dans les territoires ruraux. Elle incarne vraiment la cohésion des territoires », renchérit le jeune promoteur.

Son aîné, Philippe Zivkovic, co-président de Woodeum, veut, lui aussi, croire aux promesses présidentielles :

« La filière française est en train de s'organiser. Ainsi, une première usine en lamellé croisé contrecollé de grande capacité va s'ouvrir en Vendée et on ne peut que se réjouir si l'Etat soutient les investissements et les financements du secteur.»

Le lamellé croisé contrecollé, dit  aussi CLT, est un matériau six fois plus léger que le béton, créant peu de poussière sur chantier, et surtout facilitant l'acte de construire avec, par exemple sur une opération livrée à Ris-Orangis cet automne en présence du ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard, un étage par semaine !

En attendant les actes de l'exécutif, REI Habitat vise les 200.000 m² à horizon printemps 2021, soit 1,2 milliard d'euros de chiffres d'affaires. Quant à Woodeum, il dit disposer d'un portefeuille de projets de 1,5 milliard, soit 2.000 logements, 135.000 m² de bureaux et deux hôtels.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2018 à 10:11 :
Tout est bon dans le bois, c'est vrai. D’où l'expression qui va bien à la situation du moment "En France il n'y a que le bois qui travaille" !
a écrit le 24/04/2018 à 8:34 :
c était simple, il suffisait de faire une vraie niche isf avec abattement de 100% de l impôt si investissement dans telle ou telle filière......rndemnt minimum 4 milliards par an...au lieu de ça on a supprimé l isf.....et il vont aller investir sur les marchés chinois
a écrit le 23/04/2018 à 16:53 :
"lamellé croisé contrecollé de grande capacité " avec des colles à COV (composés organiques volatils) ?
La forêt française croit un peu, étant gérée, mais quid des volumes nécessaires, essences qui poussent vite (bambou ?) ? Faut-il raser la forêt chaque année pour les besoins ? Mais on n'a pas assez de scieries. En Suède y a des zones vides, je les nomme forêt Ikea, ils cultivent les arbres comme le maïs ou le blé, une (grande) parcelle est rasée, les souches extraites, table rase.
Les arbres vieux végètent, le CO2, ils en absorbent quasi plus, et font de l'ombre aux jeunes en forêt. Autant les valoriser (CO2 séquestré). Une maison en bois serait censée ne pas être beaucoup plus chère qu'une traditionnelle. J'avais demandé en Suède comment les maisons tiennent dans la durée, y a de l'entretien à faire, c'est pas inerte. C'est une autre ambiance/ressenti, une cabane ou maison en bois.
Réponse de le 24/04/2018 à 8:29 :
.. et on peut rajouter l'utilisation des insecticides.. sans insecticides, pas de possibilités de maintenir les immeubles en bois (sauf si évidemment les colles adjointes en tiennent lieu)..
a écrit le 23/04/2018 à 16:46 :
2014:

Autre type d’explications, la fragilité des industries de transformation, en particulier des scieries. Sur les 1 762 unités recensées par l’économiste Maurice Chalayer dans une étude parue en mars, 72 % sont artisanales (elles produisent 7 % des volumes de bois), et 12 % sont industrialisées (76 % des volumes). Il note également qu’environ 150 scieries disparaissent chaque année et prévoit une forte restructuration d’ici à 2020.

«Il n’y a pas de mégastructure cotée en Bourse, comme en Scandinavie. C’est un tissu de petites entreprises, souvent familiales et réparties sur l’ensemble du territoire. Elles sont davantage industrialisées dans la filière résineux et plus spécialisée pour les feuillus, sur des marchés de niches et de proximité», analyse Laurent Denormandie. «C’est une industrie lourde qui demande des fonds, mais qui a été désertée par les banques», complète Éric Toppan.Autre signal positif, le bois a été retenu dans les 34 plans de la Nouvelle France industrielle, promus par le ministre Arnaud Montebourg. «L’un des objectifs est de réussir à construire non pas des maisons en bois, mais des immeubles de 8, 15 ou même 20 niveaux d’ici à dix ans, explique Luc Charmasson. Cela donnerait un vrai coup d’accélérateur à la demande.»
a écrit le 23/04/2018 à 16:36 :
" de même que 30% du territoire national est recouvert par de la forêt"

Nombre propriétaires forestiers : 3 495 000
Surface de la forêt privée: 12 millions d'hectares (75 % de la surface de la forêt)
a écrit le 23/04/2018 à 14:36 :
Que le bois soit exporté ou importé, ne change rien au fait que si la construction en bois prenait de l'ampleur, nous serions en droit de nous inquiéter pour la déforestation. Ce n'est pas en plantant des essences à pousse rapide que le problème serait résolu.
C'est comme pour le tout électrique dans l'automobile, comment alimenter en électricité un parc auto majoritairement électrique ?
a écrit le 23/04/2018 à 13:50 :
« Un arbre jeune stocke 11 fois plus de CO2 qu'un vieil arbre qui ne le stocke plus »?
C'est faux. En réalité plus un arbre est vieux, plus il capture de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
https://www.consoglobe.com/vieux-arbres-environnement-co2-cg
Ce promoteur devrait mieux s'informer sur sa matière première par exemple en lisant "La Vie secrète des arbres".
Il faut laisser vieillir les forêts(au moins une bonne partie) tant que possible et compatiblement avec les exigences de la filière bois.
a écrit le 23/04/2018 à 12:44 :
Que disent les écolos qui s'inquiètent de la déforestation ?
Réponse de le 23/04/2018 à 19:09 :
que le bois stocke le CO2, ça s'apprend au collège mon vieux.
a écrit le 23/04/2018 à 10:28 :
"l'Etat soutient les investissements et les financements du secteur"

Mais bon sang ils font quoi nos milliardaires avec le fric ? Pourquoi c'est toujours l'état qui doit investir et jamais les riches ?

Quand est-ce qu'on leur interdit de s'évader fiscalement au lieu de les conseiller de frauder le fisc en UE ?

Au secours.

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