Mode d'emploi pour construire une ville éco-intelligente

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La ville éco-intelligente de demain repose sur trois piliers : l'environnement, le numérique et les usages.
La ville éco-intelligente de demain repose sur trois piliers : l'environnement, le numérique et les usages. (Crédits : Alexpli - Fotolia)
Au congrès de la Fédération des promoteurs immobiliers qui s'est tenu à Biarritz les 26 et 27 juin 2018, les professionnels du BTP dessinent la ville intelligente de demain.

[article mis en ligne à 18h40 le 27 juin 2018, actualisé à 11h45 le 28 juin 2018]

L'environnement, le numérique et les usages. C'est sur ces trois piliers que les aménageurs, constructeurs, élus, investisseurs, réunis à Biarritz pour le congrès de la Fédération des promoteurs immobiliers les 26 et 27 juin 2018, veulent construire la ville éco-intelligente de demain.

Contrairement au processus classique où la population est le dernier maillon de la chaîne, elle en est aujourd'hui le cœur. La présidente de la Commission nationale du débat public Chantal Jouanno, a d'ailleurs prévenu :

« Ne faites pas de la concertation si vous n'y croyez pas ! Faites-le quand vous savez quelle est la question que vous voulez poser, faites-le si vous avez différents scénarios à proposer. »

Les élus ne disent pas autre chose. Michel Veunac, maire (MoDem) de Biarritz, ville-hôte de la réunion, appelle à « placer l'humain au cœur ». Il a d'ailleurs lancé un plan numérique il y a deux ans pour rechercher des formes d'organisations citoyennes - les "civic tech" ­- permettant à ses administrés de s'exprimer sur les sujets locaux.

L'ex-député (PS) du Maine-et-Loire Luc Belot, désormais directeur général de Réalités Hub5, érige, lui, cette gouvernance en « principe directeur », considérant que ce sujet ne peut être l'apanage des élus et des cadres territoriaux, mais doit être au cœur d'un partage avec les acteurs académiques et économiques, ainsi qu'avec l'ensemble des citoyens concernés.

La concertation au cœur du processus

« Les élus sont perdus, renchérit Stéphane Keita, pdg de la SCET, filiale d'ingénierie territoriale de la Caisse des Dépôts. Il y a une grande confusion sur ce que peut apporter la ville éco-intelligente dans la mesure où elle reste structurée autour de grands opérateurs ».

C'est pourquoi la SCET organise des concertations via des outils collaboratifs afin d'aider au choix de solutions. La nécessité de construire un récit sur la ville de demain permet également « d'embarquer » toutes les parties prenantes. « Même pour une école, un multiplex, il faut expliquer le sens du projet », avance Stéphane Keita. Un point de vue partagé par l'adjointe (SE) d'Alain Juppé en charge de l'urbanisme opérationnel, de l'habitat et des déplacements, Élisabeth Touton : « Ça permet aux habitants de se l'approprier ».

Cette élue mise aussi sur la « marche exploratoire », une discussion libre dans les rues d'un quartier pour améliorer, voire modifier, les choses à la suite de ces échanges. De même, en réponse à une consultation intitulée "Comment aimerions-nous vivre dans cette métropole dans les décennies à venir ?", une équipe sillonne les 28 communes grand-bordelaises à bord d'un « camion du futur » pour recueillir en direct les contributions des uns et des autres.

La révolution numérique permet à cet égard de poursuivre le dialogue entre les représentants publics et privés, et leurs représentés. "L'ensemblier urbain" Quartus affirme, par exemple, « renverser le modèle et remettre du sens »  en partant des besoins exprimés par l'usager et la collectivité.

Idem du côté de Vivalib qui maintient des personnes âgées à domicile grâce à des post-équipements (alarmes, capteurs...) installés dans les biens existants :

« On doit concevoir des espaces de vie où l'autonomie durable peut être conservée, précise sa présidente Muriel Dunoyer, et où l'on peut faire attention à soi. »

La ville éco-intelligente doit ainsi se co-construire avec les résidents, sans pour autant perdre de vue les enjeux écologiques. Professionnels comme décideurs s'accordent à vouloir construire des villes "énergétiquement" sobres, vertes et paysagères, avec comme priorité l'amélioration du bilan carbone.

L'Espagnol Asier Abaunza Robles, conseiller municipal délégué à la planification urbaine à Bilbao, raconte, par exemple, comment sa municipalité a enfoui les chemins de fer pour bâtir par-dessus, et sorti le port de la ville pour récupérer le fleuve et y implanter des piscines le long des voies sur berges.

Coupler les révolutions énergétiques et numériques

Plus généralement, les acteurs entendent coupler toujours plus les révolutions digitale et environnementale. Quand le président de la Fédération française de domotique, François-Xavier Jeuland, rappelle que les objets connectés, comme les thermostats connectés, les détecteurs de fumée ou de fuite d'eau, appartiennent déjà au quotidien, son homologue Smart Building chez Bouygues Immobilier, Éric Pozzo Deschanel, veut « pousser l'effort pour connecter tout immeuble au quartier et à la ville ».

Logiquement, les énergéticiens s'y mettent à leur tour. David Le Noc, responsable « efficacité énergétique et ville de demain » de GRDF, explique que les outils numériques permettent de « limiter les pertes »  et surtout d'affiner la connaissance de l'usager et par conséquent l'optimisation de sa consommation. Chez EDF, le directeur adjoint aux collectivités, Jean-Noel Guillot, assène que « le caractère vertueux de l'énergie n'est plus négociable dans les projets immobiliers ».

Au carrefour de ces parties prenantes, la présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers réélue pour trois ans, Alexandra François-Cuxac, admet que son métier est en train de changer parallèlement à l'évolution du comportement des utilisateurs.

« Si notre filière ne prend pas ce virage, on les perdra, explique-t-elle, mais le politique a également son rôle à jouer. La gouvernance doit faciliter afin qu'il n'y ait pas de rupture, mais une continuité. »

« Nous avons le devoir de travailler à cette ville éco-intelligente », a conclu le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard. « Il faut donner les moyens, par les législateurs, d'être davantage impertinents et ne pas avoir peur de prendre de risques. » Et d'ajouter à propos de la loi Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (ÉLAN) :

« J'ai voulu faire le maximum pour simplifier mais on a aussi besoin de respecter notre environnement, de le protéger. »

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Commentaires
a écrit le 29/06/2018 à 11:29 :
On parle bien de structures, car ce qui crée le lien dans la cité c’est surtout l’usage collectif des infrastructures et des services. Encore faut il qu’ils soient conçus comme étant au service de l’usager et non du leur. L’intelligence doit se retrouver en premier lieu dans la conception de l’architecture et dans des infrastructures fonctionnelles, ce sont les premières interfaces, indispensables. En ce qui concerne les objets connectés on peut les multiplier à l’infini, mais ce sont avant tout les infrastructures qui sont déterminantes et déterminées comme fonctionnelles par les habitants et usagers.
Si la piscine est inaccessible ou trop chère, il ne sert à rien de connaitre à distance la température de son eau, ou le nombre de nageurs sur la ligne d’eau n° 2. Si l’école manque de classes et le club sportif de coachs, la virtualisation pourra les remplacer partiellement, mais il y aura rupture de liens culturels, qu’il faudra compenser par ailleurs dans la ville.
Chaque espace a un rôle, lieu de vie, de partage, de passage ou de stationnement, de rencontre ou d’isolement. L’ensemble ne peut être conçu comme des dents creuses à combler, ou des legos à empiler côte à côte. Une cohérence d’ensemble est nécessaire, sinon on retrouvera bientôt des modes de vies et de pensées identiques aux habitats. Par des conceptions trop artificielles ou superficielles, on peut toujours interconnecter et wifiser par-tous les côtés, personne ne pourra s’approprier ce qui fut longtemps appelé un patrimoine.

Il semble que les aspects «l’architecture est une expression de la culture» et "l’information, la sensibilité et l’esprit de participation du public dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement", furent déjà abordés dans la loi de 1977. Quand à leur mise en pratique ?
a écrit le 27/06/2018 à 23:23 :
« placer l'humain au cœur ». Au cœur du micro processeur, le numérique aura pour finalité de nous contrôler de la naissance au cimetière. Tout ce bla bla n'est dispensé que pour nous enfumer.
Nos revenus baissent, les lois sont de plus en plus restrictives, tout va vers le bas et nous sommes tenus en laisse. Esclave du numérique de père en fils voici notre destin.

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