L'OCDE recommande à la France "d'investir davantage" dans les quartiers défavorisés

Par Jean-Christophe Catalon  |   |  627  mots
"Les résultats scolaires dépendent fortement du milieu socio-économique des parents", observe l'étude de l'OCDE sur la France. (Crédits : Charles Platiau)
Les jeunes des quartiers défavorisés sont beaucoup plus exposés au chômage que la moyenne française. Pour y remédier, l'OCDE préconise de mettre l'accent sur l'école, la formation, mais aussi sur les programmes de rénovation urbains pour y redynamiser l'activité économique et l'emploi.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a présenté jeudi son étude économique sur la France au ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Outre un certain nombre de recommandations concernant la baisse de la dépense publique - notamment la réduction du nombre de fonctionnaires et des réformes concernant le système des retraites et l'aide au logement -, l'organisme a insisté sur les leviers pour lutter contre le chômage, en particulier celui des jeunes dans les quartiers défavorisés.

L'étude dresse le constat qu'en France, "trop de citoyens peu qualifiés sont exclus du marché du travail". Ce phénomène résulte principalement d'un problème de formation, pas seulement professionnelle, mais aussi élémentaire (littératie, numératie et adaptation à la technologie). L'Hexagone compte plus d'adultes ayant de faibles compétences que la moyenne des pays de l'OCDE. "Il y a trop de chômage, souvent de longue durée, particulièrement chez les jeunes qui sont nombreux à être ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation", indique l'étude.

La probabilité de chômage des jeunes près de deux fois plus forte dans les quartiers défavorisés

Au-delà des complexités du compte personnel de formation pointée par l'organisme, le cœur du problème relève surtout des inégalités à l'école. "Les résultats scolaires dépendent fortement du milieu socio-économique des parents", observe l'étude, d'où les difficultés rencontrées par les jeunes des zones pauvres. De fait, la probabilité de chômage des 15-29 ans est près de deux fois plus forte dans les quartiers défavorisés que dans les unités urbaines environnantes, selon le rapport annuel 2015 de l'Observatoire national de la politique de la ville.

Pour remédier à ce phénomène, l'OCDE recommande d'"investir davantage dans les quartiers pauvres" et de "prêter plus attention à leurs besoins spécifiques". En ce qui concerne l'école, l'étude préconise d'inciter les professeurs de talent à venir enseigner dans ces zones urbaines en leur proposant un salaire et des perspectives de carrière avantageux. La question de l'apprentissage est aussi centrale. Les politiques publiques en la matières ont tendance à délaisser les lycées professionnels, alors que les jeunes des quartiers défavorisés "sont plus susceptibles d'être orientés vers [cette] filière".

"Intégrer ces quartiers dans leur environnement urbain"

L'OCDE insiste également sur des besoins importants d'investissements dans les transports et l'immobilier. Les régimes fiscaux particuliers, destinés à attirer les entreprises dans les quartiers pauvres ont eu des résultats mitigés, sauf dans les zones bien desservies par les transports. Aujourd'hui, selon une étude, les habitants des zones défavorisées sont près de 90% à devoir conduire pour se rendre à leur travail, alors qu'ils sont environ moitié moins nombreux que les autres à posséder une voiture ou à être titulaires du permis de conduire.

Les problèmes de transports éloigne aussi ces populations des services publics. Le manque de garde d'enfants, dans des zones où la population est plus jeunes qu'ailleurs, et d'accueil personnel, notamment pour la recherche d'emploi, aggravent les difficultés d'accès à l'emploi.

"Pour attirer de nouvelles entreprises et améliorer les perspectives d'emploi des habitants des quartiers défavorisés, la stratégie la plus efficace consiste probablement à intégrer ces quartiers dans leur environnement urbain et à redynamiser le marché immobilier et le commerce local au moyen de programmes de rénovation urbaine et d'une meilleure desserte en termes de transports", conclut l'OCDE.

Ces programmes de rénovation pourraient d'ailleurs être mis à profit pour "offrir des stages professionnels et des formations aux compétences de base", propose l'étude.