Le revenu universel augmenterait le risque de pauvreté, souligne l'OCDE

Paradoxalement, l'instauration d'un revenu véritablement universel ferait beaucoup de perdants y compris chez les pauvres, estime l'organisation internationale dans une étude publiée ce mercredi. Sauf à augmenter de façon inconsidérée les dépenses publiques

3 mn

Pendant la campagne des primaires, Benoît Hamon a préconisé l'instauration d'un revenu universel
Pendant la campagne des primaires, Benoît Hamon a préconisé l'instauration d'un revenu universel (Crédits : © POOL New / Reuters)

 Bien sûr, l'OCDE arrive un peu tard, avec son analyse -enfin sérieuse- d'un scénario de revenu universel. De cette idée qui a émaillé la campagne électorale, avec la proposition de Benoît Hamon, on ne parle plus guère. Mais l'intérêt de l'étude que publie ce mercredi l'organisation des pays industriels, basée à Paris- n'en est pas moins réel. Les économistes et statisticiens montrent l'ampleur des sommes à dégager et à transférer entre ménages, pour parvenir à un résultat finalement beaucoup moins satisfaisant qu'attendu.

Pourquoi le résultat serait-il décevant ? Il l'est notamment en termes de lutte contre la pauvreté, ce qui est évidemment l'objectif affiché par les défenseurs du revenu universel. Si l'on prend l'hypothèse d'un revenu universel équivalent à l'actuel RSA, mais distribué à toute la population en âge de travailler, le montant à financer atteindrait la bagatelle de 338,3 milliards d'euros, estime l'OCDE. 116,3 milliards pourraient provenir de la suppression d'actuelles prestations -allocations familiales, chômage, indemnités journalières maladie-, 112 milliards proviendraient d'un rendement supérieur de l'impôt sur le revenu, avec une taxation dès les revenus les plus faibles, l'hypothèse étant faite d'une neutralité budgétaire, c'est-à-dire d'une réforme n'aggravant pas le déficit. Ce chiffrage ne fait que confirmer les montants exorbitants évoqués pendant la campagne électorale. Mais là n'est pas le plus surprenant.

Des perdants dans toutes les catégories de revenus!

L'enseignement principal de l'étude de l'OCDE, le plus novateur, réside dans l'analyse des transferts constatés à l'issue d'une telle réforme -qui perd, qui gagne. Il peut se résumer en une phrase : pour chaque niveau de revenu, et pas seulement chez les « riches » qui devraient payer plus d'impôt, on compterait un nombre important de perdants. Y compris parmi les personnes les plus pauvres. Ainsi, plus de 30% des ménages les plus pauvres (le premier décile, soit les 10% les plus modestes) sortiraient perdants d'une telle réforme ! Et la perte de revenu serait considérable : supérieure à 10%, pour un cinquième de ces foyers très modestes. Près de 35% des ménages du deuxième décile seraient, eux aussi victimes d'une telle réforme. Au total, plus de 30% des ménages en France auraient moins de revenus qu'aujourd'hui. Dont beaucoup de chômeurs, qui devraient se contenter d'une allocation équivalente au RSA.

Pour plus de 15% des personnes d'âge actif dans l'hexagone, la perte monétaire serait importante, dépassant les 10%. En Grande-Bretagne, le phénomène serait encore plus considérable, avec plus de la moitié des ménages du deuxième décile accusant une diminution de leur revenu.

Résumant les conséquences de la réforme sur les revenus, l'OCDE met en avant "des pertes plus fréquentes parmi les plus pauvres et les riches, les classes moyennes étant plus susceptibles de gagner".

Le piste d'un "revenu de base partiel"

Ce résultat, bien évidemment contraire à l'objectif de l'instauration d'un revenu universel, s'explique simplement par la perte de prestations, supprimées dans le cadre de cette réforme, pertes que ne compense pas l'instauration de la nouvelle allocation pour tous. Cela condamne-t-il le projet ? Les experts de l'OCDE ne le disent pas exactement comme ça. Mais, en soulignant les conséquences négatives de l'absence de ciblage (de l'universalité, donc) ou du choix fait de ne pas augmenter de manière exponentielle les dépenses, ils évacuent de fait l'idée d'un revenu universel. « Les risques de pauvreté peuvent augmenter en raison de pertes importantes des bénéficiaires actuels » relèvent-ils.

Aussi suggèrent-ils la piste d'un « revenu de base partiel ». Par exemple, en réduisant le nombre de bénéficiaires de ce revenu (ils pourrait être attribué aux seules personnes participant au marché du travail) ou en le limitant dans la durée. Rien à voir en tous cas avec le revenu véritablement universel cher aux libéraux, qui soit serait infinançable, sauf à prévoir des hausses d'impôt phénoménales pour les 20% d'individus les plus aisés, soit serait insuffisant, étant à l'origine, comme le dit de l'OCDE, d'une augmentation de la pauvreté.

3 mn

Replay I Nantes zéro carbone

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 22
à écrit le 25/05/2017 à 9:53
Signaler
En effet le rev universel évoqué par Hamon ne l'était pas! et ils auraient dû chger le terme rapidement mais sans doute un effet de l'égalité primordiale et de ne privilégier personne . ce rev U de Hamon a tjrs été partiel et ajusté selon la nécessit...

à écrit le 25/05/2017 à 8:55
Signaler
Nul doute une étude orientée avec la plus grande mauvaise foi. Bien notre pays est trop mal géré et sa pléthore de fonctionnaires d'état ou territoriaux travaillant beaucoup moins que dans le privé et mieux payés un comble! (ce sont tout de même nos...

le 26/05/2017 à 16:21
Signaler
Les fonctionnaires ne sont pas mieux payés que dans le privé à compétence égale. Les fonctionnaires le plus diplômés (catégorie A) gagnent à compétence égale 20% de moins que dans le privé. Le nombre de fonctionnaires est un mauvais débat, puisqu...

à écrit le 25/05/2017 à 0:28
Signaler
Ce qui a surpris la communauté économique internationale, c'est la légèreté, quasi clientéliste, avec laquelle les promoteurs de ce projet ont communiqué. le résultat final de ces "idéalistes" , pour être poli, ne s'est pas fait attendre et c'est ta...

le 26/05/2017 à 16:05
Signaler
Pouvez-vous donner un nom de la "communauté économique internationale" que vous semblez connaitre et qui se serait penché sur le projet de Hamon?

à écrit le 24/05/2017 à 21:40
Signaler
En même temps si on vous prend de l'argent pour financer le revenu universel que l'on vous verse, le seul effet est un effet de redistribution. Enfin, il leur en a fallut du temps à ces experts pour s'en apercevoir ! XD (Sinon, on pourrait penser à ...

le 25/05/2017 à 11:01
Signaler
vous oubliez la dette et les taux négatifs!notre endettement nous rapporte ce qui permet de mieux financer certains projets

à écrit le 24/05/2017 à 18:59
Signaler
... pas sur que Hamon soit assez fin pour le comprendre , englué qu'il est dans ses certitudes !

à écrit le 24/05/2017 à 17:47
Signaler
Caliméro a fait 6,5%...c'est dire si la mesure à emballé le peuple, hormis les frondeurs, nuits debout et autres gauchos.....

à écrit le 24/05/2017 à 16:29
Signaler
C'est fou comme les personnes qui ne connaissent rien à l'économie ont toutes des solutions miracles. Hamon est avant tout un professionnel spécialiste de la démagogie.

à écrit le 24/05/2017 à 16:24
Signaler
Mais n'importe quoi ! le revenu universel prôné par Benoit Hamon n'a jamais été destiné à etre distribué à toute la population ! Seuls ceux qui touchent moins de 2000 euros bruts par mois y ont droit et de façon dégressive en plus. enfin il est impos...

à écrit le 24/05/2017 à 16:24
Signaler
Mais n'importe quoi ! le revenu universel prôné par Benoit Hamon n'a jamais été destiné à etre distribué à toute la population ! Seuls ceux qui touchent moins de 2000 euros bruts par mois y ont droit et de façon dégressive en plus. enfin il est impos...

à écrit le 24/05/2017 à 16:12
Signaler
Oui, mais l'objectif du politique n'est pas de réduire la pauvreté, mais d'obtenir des suffrages pour être élu. On se souviendra que Hollande courtisait pendant la campagne et qu'après son élection. les courtisés sont devenus les sans dents avec tout...

à écrit le 24/05/2017 à 15:32
Signaler
Revenue universel? Je serais bien plus favorable a un découvert bancaire universel gratuit!

à écrit le 24/05/2017 à 14:50
Signaler
Une réforme à budget équivalent (c'est à dire où les recette compensent les dépenses) ne peut mathématiquement n'avoir que des perdants, sinon c'est que l'argent s'est volatilisée en cours de route. Aujourd'hui près de la moitié des ayant droits au...

à écrit le 24/05/2017 à 14:04
Signaler
Hamon a proposé un revenu de base partiel que l'OCDE ne remet pas du tout en cause. Quant au revenu strictement universel, il n'a effectivement pas beaucoup de sens si c'est pour verser 500 euros et les reprendre immédiatement en impôt à la quasi ...

à écrit le 24/05/2017 à 11:51
Signaler
Le revenu universel aura eu le destin de Hamon.

à écrit le 24/05/2017 à 11:38
Signaler
Par contre qu'une infime minorité de la population soit de plus en plus riche et que la pauvreté s'accentue dans de nombreux pays, en Allemagne par exemple, qu'en pense les 'intellos" de l'OCDE ?

à écrit le 24/05/2017 à 11:01
Signaler
Décidément la magie du verbe agit tjrs autant, le RU est aussi defendu par les ultra liberaux qui estiment que l état doit avoir le moins de rôle dans le vie des citoyens. Quant a la gauche Hamon son projet était de moins en moins universel et de pl...

à écrit le 24/05/2017 à 10:41
Signaler
L etude OCDE est tout simplement loufoque. Non seulement les bases chiffres sont delirantes cumulant les cohortes sans eliminer les doublons, mais elle reprend a son compte l idee socialiste de l assistanat inadapte. Au surplus l incidence de cette m...

le 24/05/2017 à 11:26
Signaler
On ne prie que les divinités qui adoubent vos propres croyances

à écrit le 24/05/2017 à 9:34
Signaler
Ce qui est déjà une réussite, c'est de voir l'OCDE y réfléchir. On ne peut pas s'attendre à ce qu'une institution statutairement et intellectuellement alignée sur une forme de pensée et sa promotion, conclut à la réussite d'un projet qui remettra...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.