Quand Jupiter Macron affronte la malédiction de l'impopularité présidentielle

Par latribune.fr  |   |  876  mots
En trois mois, Emmanuel Macron perd huit points de popularité. Avant lui, sur cette même période, seul Jacques Chirac avait fait pire en 1995. *
Selon le baromètre Ifop-JDD de dimanche, Emmanuel Macron subit une chute de popularité de dix points par rapport à juin. En trois mois, il perd huit points de popularité. Avant lui, sur cette même période, seul Jacques Chirac avait fait pire en 1995.

Même Jupiter n'échappe pas à la malédiction de l'Elysée. Bien sûr, ce n'est pas encore un effondrement. Avec 54% de popularité en juillet, Emmanuel Macron conserve un socle de confiance important. Mais l'état de grâce, si tant est qu'il y en ait eu un, c'est fini. Selon le baromètre Ifop pour le JDD, l'indice de satisfaction du président de la République tombe à 54%, en recul de dix points par rapport au mois de juin. L'alerte est donc sérieuse : c'est la plus forte baisse enregistrée en trois mois après l'élection depuis Jacques Chirac en 1995, note le JDD. Quand il a été élu Président en mai, 62% des Français étaient satisfaits d'Emmanuel Macron ; en juin, ils étaient 64%. Désormais, le chef de l'Etat s'approche dangereusement du seuil des 50% de satisfaits.

« Le baromètre réalisé par l'Ifop pour le JDD sonde depuis 1958 la cote de popularité de chaque Président. Trois mois après le début de leur mandat, tous ne se sont pas trouvés dans la même situation qu'Emmanuel Macron », relève le JDD. Ainsi, Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un état de grâce prolongé en 2007, avant que la crise financière ne se manifeste. A son élection, en mai 2007, 65% des personnes interrogées étaient satisfaites de Nicolas Sarkozy.  En août 2007, sa popularité augmentait même d'un point, pour s'établir à 66%.

La malédiction des trois premiers mois

Dans l'histoire de ce baromètre, une forte chute de popularité en début de mandat n'est cependant pas inédite. Tous les autres présidents de la Ve République ont  connu un trou d'air dans les trois mois, contrecoup de la victoire. En 1966, la popularité de Charles de Gaulle a reculé de cinq points (de 61% à 56%) en trois mois, deux ans avant 1968. François Mitterrand aussi a affronté le désenchantement, après sa première élection en mai 1981, passant de 54% à 47% en juillet (-7 points). Sept ans plus tard, en 1988, après sa réelection, « tonton » passera brutalement de 54% à 49% (-5 points) en trois mois. Le prédécesseur d'Emmanuel Macron, François Hollande, lui, a vu sa cote de popularité baisser de cinq points en trois mois, de 61% à 56%.

Le cas Chirac est plus spectaculaire. Populaire lors de sa première élection, celui qui a survécu à la guerre des droites contre Edouard Balladur par une campagne très à gauche a connu la plus forte baisse de l'histoire du baromètre Ifop après trois mois de mandat : 59% des Français l'appréciaient le mois de son élection, ils n'étaient plus que 39% trois mois plus tard (-20 points), signe d'un désenchantement qui culminera avec la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées. Ce qui ne l'a pas empêché, sept ans plus tard, après une longue cohabitation avec Lionel Jospin et une victoire à la Pyrrhus contre Jean-Marie Le Pen, de voir sa cote de popularité remonter, à 51% en mai 2002 et même de connaître une hausse à 53% en juillet de la même année.

Est-ce grave docteur ?

Faut-il donc apporter tant d'importance que cela à la chute de popularité d'Emmanuel Macron ? Les conditions de son élection ont montré que son socle électoral est étroit, à peine le cinquième des électeurs inscrits au premier tour, et une victoire au second tour pour partie liée à son duel face à Marine Le Pen, malgré l'abstention record de plus de 25%. Sur les causes de dix points de la popularité du président Macron en juillet, il est encore trop tôt pour l'analyser : les valses-hésitations entre l'Elysée et Matignon sur l'application du programme fiscal du candidat ont sans doute troublé l'opinion. La contradiction entre le discours rigoureux sur les dépenses publiques et les fortes attentes des Français pour des résultats rapides ont sans doute aussi brouillé l'image de l'action du chef de l'Etat. Sa communication «verticale », jupitérienne, avec le discours au Congrès de Versailles, et surtout l'épisode de la démission du chef d'état major des armées, le général de Villiers, créent une confusion entre autorité et autoritarisme. Quand un président de la République en vient à devoir affirmer publiquement « Je suis votre chef » pour imposer la rigueur budgétaire aux militaires, ce n'est pas un très bon signal à adresser en termes de management.

Enfin, la perspective d'une rentrée sociale agitée avec une manifestation contre les ordonnances sur le droit du travail à l'appel de la CGT le 12 septembre, et l'opposition radicale affichée par la France Insoumise sous la conduite de Jean-Luc Mélenchon,  sont des facteurs de risque pour la popularité de l'exécutif à la rentrée. La chance d'Emmanuel Macron, c'est que l'économie semble se porter un peu mieux, avec une vraie reprise dans le bâtiment et le tourisme notamment. Reste à savoir si cela sera suffisant pour enfin inverser la courbe du chômage. A Arles, vendredi, l'ancien président de la République, François Hollande, l'a assuré : le moment de « la récolte » (de l'impact positif des réformes)  « arrive ». Et ce pourrait bien être cet automne la chance d'Emmanuel Macron.

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* Un graphique de notre partenaire Statista