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Les arbitrages budgétaires de Macron poussent le chef d’état-major des armées à la démission

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 19 juillet 2017 à 08:25 - Mis à jour le 19 juillet 2017 à 11:20

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Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a remis sa démission à Emmanuel Macron sur fond de désaccord avec l'exécutif sur le budget du ministère des Armées. C'est le général François Lecointre qui lui succède.

Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a annoncé mercredi avoir remis sa démission à Emmanuel Macron sur fond de désaccord avec l'exécutif sur le budget du ministère des Armées. Il avait exprimé la semaine dernière des réserves à propos des économies imposées par le gouvernement au ministère des Armées, déclenchant une sévère charge publique humiliante d'Emmanuel Macron devant un parterre de militaires, d'industriels et d'invités internationaux (ambassadeurs, attachés militaires...). Ce qui avait provoqué une crise majeure entre les armées et l'Elysée. La France et les militaires perdent un grand chef de guerre. C'est le premier faux pas d'envergure d'Emmanuel Macron.

"Je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd'hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays", a-t-il écrit dans un communiqué transmis à Reuters. "Par conséquent, j'ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au Président de la République, qui l'a acceptée", a-t-il fait valoir.

La coupe budgétaire pour les armées s'élève à près de 900 millions d'euros, pour 2017, dont près de 850 millions d'euros vont porter sur les équipements (programme 146). Le général Pierre de Villiers plaide de longue date pour une hausse la plus rapide possible du budget des armées afin d'atteindre un effort de défense de 2% du PIB. "Les économies n'obèrent en rien les capacités opérationnelles de la France", a-t-on souligné mercredi à l'Elysée. Et pourtant...

Le chef du cabinet militaire du Premier ministre Edouard Philippe, le général François Lecointre, a été nommé mercredi, en remplacement du général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées. "Il n'y a pas eu d'hésitation sur le profil du successeur", a-t-on indiqué de même source, sans donner de précisions sur son identité.

Une démission courageuse

Pour le député Républicain, François Cornut-Gentille, la démission du chef d'état-Major des armées est "une décision courageuse mais surtout utile car elle va permettre d'ouvrir le débat nécessaire sur le financement de nos armées". Et de poursuivre : "la question n'est pas de savoir qui est le chef mais si les moyens opérationnels sont conformes aux objectifs politiques. Loin d'être polémique, ce débat, trop longtemps occulté, est indispensable et digne en démocratie".

Dans l'entourage du chef d'état-major des armées, la démission du général de Villiers est la conclusion d'un "problème de fond budgétaire" et pas "d'une querelle d'hommes". Le chef d'état-major des armées part la tête haute après s'être battu pour les armées. Il a été reçu par Emmanuel Macron avant le conseil de défense qui a eu lieu ce mercredi matin à l'Elysée et lui a annoncé sa démission. Il a été représenté au conseil de défense par le major général des armées, l'amiral Philippe Coindreau.

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Les budgets 2017 et 2018 sous tension

Si le candidat Macron avait été clair sur le financement des surcoûts des OPEX, le président l'est beaucoup moins aujourd'hui. Lors de son discours du 18 mars dernier, le Emmanuel Macron avait expliqué que "nous devons augmenter notre effort de défense. Je propose donc de porter les ressources de la défense à 2% de la richesse nationale, mesurée en termes de Produit Intérieur Brut, en 2025. C'est un objectif très ambitieux : si on tient compte des hypothèses actuelles de croissance du Produit Intérieur Brut dans les prochaines années, ce budget atteindra, hors pensions et hors surcoûts OPEX (opérations extérieures, ndlr), plus de cinquante milliard d'euros en 2025, contre 32 en 2017 (en fait, 32,7 milliards, ndlr)".

En 2017, le budget de la défense supportera la totalité du surcoût des OPEX, qui devrait s'élever autour de 1,3 milliard d'euros, dont 450 millions d'euros ont déjà été provisionnés en loi de finances initiale (LFI). En 2018, ce sera au minimum 650 millions d'euros comme l'a annoncé Emmanuel Macron jeudi soir dans les jardins de l'Hôtel de Brienne. C'est une encoche de taille dans le budget de la défense par rapport aux ambitions affichées. On est loin des propos d'Emmanuel Macron dans le Journal du Dimanche à propos du budget des armées : "Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis". La loi de programmation militaire qui couvrira la période 2019-2025 sera évidemment déterminante pour avoir le fin mot du financement du surcoût des OPEX, appelé à croître au regard des ambitions du président au Sahel notamment.

"Nous serons intraitables,avait assuré Emmanuel,Macron en mai à Gao.Nous avons besoin de poursuivre et d'accroître notre engagement.Il restera de haute intensité ici au Sahel comme dans d'autres opérations".

De très nombreuses réactions

-  "Le Sénat a pu mesurer la très grande valeur du général de Villiers, apprécier sa parole vraie, admirer son courage et son intégrité. C'est un très grand serviteur de la Nation à qui la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat veut dire son estime et sa reconnaissance". Christian CAMBON (Les Républicains), président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.

- "Je tiens à rendre un hommage tout particulier au général Pierre de Villiers, un grand serviteur de l'Etat, soldat qui fait honneur aux armes de la France, et qui a eu le courage de faire passer son sens de l'honneur et le soutien à ses idées et convictions au-dessus de tout". Philippe Folliot, député LREM du Tarn.

-  "La démission du général de Villiers, grand soldat, était inéluctable, le président de la République a fait le choix du déclin de notre armée. La brèche qu'il a ouverte est un tournant, celui d'une ambition et d'un rayonnement revus à la baisse pour notre pays. (...) Nous baissons la garde au moment où nous devrions la relever. C'est une faute grave. Le monde n'a jamais été aussi menaçant. Nous sommes en guerre contre le totalitarisme islamique, toujours en état d'urgence, nos soldats et leurs matériels sont plus que jamais sollicités... La lutte contre les déficits ne devrait pas affaiblir la lutte contre nos ennemis, il y a tant d'autres réformes structurelles à mener pour redresser la France". Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, dans une tribune au Figaro.

- "La démission du [général] Pierre de Villiers après l'annonce des coupes budgétaires pour nos armées est le nouveau chef d'œuvre d'Emmanuel Macron". Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle, fondateur du mouvement du 1er juillet, sur Twittter.

- "De cette démission du chef d'état-major des Armées, on pourrait retenir que le chef de l'Etat ne reconnaît pas au parlement le droit d'être informé..." Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux, sur Twitter.

- "Je considère que le général de Villiers a fait son devoir. Son devoir c'est de s'exprimer librement, sérieusement, précisément devant la représentation nationale et en l'occurrence la commission de la Défense. J'y siège et j'y ai entendu le général dire clairement les conséquences que pourraient avoir la confirmation de cette baisse de 850 millions d'euros. Il a honoré la représentation nationale en parlant librement (devant la commission de la défense, ndlr). La parole doit être libre sans quoi les parlementaires ne peuvent pas avoir le jugement le plus précis sur la situation. Aussi, je désapprouve cette démission et je profite au passage pour dire que le général de Villiers, à mes yeux, est un homme extrêmement rigoureux, de grande qualité, un homme d'honneur". Alexis Corbière, député La France insoumise, membre de la commission de la défense de l'Assemblée (Reuters)

- "La démission du chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, est une très mauvaise nouvelle pour les armées françaises qui perdent un homme d'une valeur inestimable qui s'est toujours attaché à défendre ses troupes, sans jamais manquer à ses obligations et gardant toujours à l'esprit l'intérêt supérieur du pays et de sa sécurité. Cette démission illustre les dérives très graves et les limites très inquiétantes de Monsieur Macron, aussi bien dans son attitude que dans sa politique. Humilier devant ses troupes un homme comme le général de Villiers n'est pas digne d'un vrai chef des Armées. Sabrer dans le budget de la Défense, au mépris de sa propre parole et des dangers du monde, n'est pas digne d'un chef d'Etat lucide et responsable". Marine le Pen, présidente du Front national.

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"Le départ du général de Villiers restera comme une tâche sur le quinquennat de M. Macron. A cause de lui, nos armées sont clairement en danger. Le général de Villiers était pleinement dans son rôle en alertant l'exécutif sur la situation dramatique de nos soldats. M. Macron, jouant au petit chef, n'a rien voulu entendre et lui a rétorqué une vision purement comptable d'une irresponsabilité sans précédent". Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France.

Michel Cabirol

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