Que faudrait-il pour que le moral des dirigeants de PME décolle ?

Par Fabien Piliu  |   |  848  mots
Selon une étude réalisée par l'Ifop pour KPMG et la CGPME, les chefs d'entreprises interrogés chaque année depuis sept ans ont toujours les mêmes inquiétudes, notamment dans le domaine du financement. (Crédits : Isabelle Lefort)
Selon une étude réalisée par l'Ifop pour KPMG et la CGPME, les chefs d'entreprises interrogés chaque année depuis sept ans ont toujours les mêmes inquiétudes.

Sept ans de réflexion... Si les situations cocasses mises en scène en 1955 par Billy Wilder entre Marylin Monroe et Tom Ewell pouvaient faire sourire, le coup de projecteur que permet le 27ème Baromètre KPMG-CGPME sur le financement et l'accès au crédit des PME déclenche moins d'enthousiasme. Selon cette étude réalisée par l'Ifop pour KPMG et la CGPME, les chefs d'entreprises interrogés depuis chaque année depuis sept ans ont quasiment les mêmes soucis en tête. Marqués par la plus grave récession subie par l'économie française depuis 1945, les dirigeants e PME sont toujours très inquiets. Ce qui laisse songeur.

Un environnement anxiogène

Deux explications viennent immédiatement à l'esprit. Soit les mesures prises par les gouvernements successifs depuis 2009 ont été inefficaces, soit les dirigeants de PME sont d'indécrottables pessimistes. Cette deuxième explication peut être assez rapidement remise en question. " Si les dirigeants de PME ont une vision assez pessimiste de l'environnement dans lequel ils évoluent, ils sont assez confiants dans la solidité et la pérennité de leur entreprise. C'est une constante depuis 2009 ", constate Jacky Lintignat, le directeur général de KPMG.

Et la première ? Depuis 2009, les gouvernements ne sont pas restés les bras croisés. Un plan de relance de 200 milliards d'euros, la création du Grand emprunt lors du précédent quinquennat, le lancement de la banque publique d'investissement, le crédit d'impôt pour a compétitivité et l'emploi, les allégements de cotisations patronales contenus dans le pacte de responsabilité, la flexibilisation accrue du marché de l'emploi que permettent l'Accord national interprofessionne de 2013l, le ou plutôt les chocs de simplification sont autant de dispositifs, parmi beaucoup d'autres, sensés améliorer le quotidien des entreprises et en particulier des PME. Ces efforts ont-ils été vains ? Le niveau toujours très élevé des défaillances d'entreprises pourrait l'attester. Une chose est certaine, les nombreux revirements de la politique fiscale ont, depuis 2009, mis à mal la crédibilité de la politique économique gouvernementale, qu'elle soit de droite ou de gauche.

Dans ce contexte, les incertitudes des dirigeants de PME se traduisent de deux façons : ils réduisent leurs investissements, se contentant de renouveler leur parc de machines devenus obsolètes et en limitant les efforts en direction de l'innovation qui nécessitent des moyens en capitaux qu'ils n'ont pas ; ils limitent leurs embauches, préférant puiser dans l'arsenal de contrats courts et précaires à leur disposition plus tôt que de faire signer des CDI. Il n'y a plus qu'à espérer que la prochaine réforme sur le droit du travail, actuellement en préparation rue de Grenelle au ministère du Travail, permette d'inverser cette tendance.

En ce début d'année 2016, la situation change-t-elle ? Malheureusement non. Ils sont 45% à subir actuellement une baisse de leur chiffre d'affaires, 44% à constater une hausse des coûts des prix des fournisseurs - ce qui permet de relativiser l'impact de la baisse des prix des matières premières - et 23 % à rencontrer des problèmes de trésorerie ou de financements. " L'inquiétude est particulièrement élevée dans les entreprises de 20 à 49 salariés et dans le secteur de la construction ", observe Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop. Constaté par l'Insee, le réchauffement du climat des affaires, notamment dans l'industrie, doit donc être relativisé.

Rien ne bouge ?

" On a l'impression que rien ne bouge depuis sept ans », regrette François Asselin, le président de la CGPME. C'est particulièrement vrai dans le domaine du financement". Sept ans plus tard, les réponses au financement à court terme des PME n'ont pas été apportées. Le vrai sujet demeure celui de l'octroi de facilités de trésorerie pour couvrir les besoins de financement sur une très courte période, c'est à dire moins de trois mois. Les réponses existantes telles que l'affacturage demeurent imparfaites et de nouvelles perspectives telles que le financement participatif restent à construire réellement ", explique-t-il.

Pourtant, une solution existe pour soulager la trésorerie des entreprises et améliorer les relations entre les PME et leurs partenaires bancaires et financiers. Elle est simple : il s'agit du respect de la loi. Plus strictement encadrés par la loi de modernisation économique votée en 2008, renforcée par la loi Hamon en mars 2014, les délais de paiement ne sont toujours pas respectés en France. Les grands groupes ne donnent pas tous l'exemple. L'Etat et les collectivités non plus. Dans le secteur privé, à de rares exceptions près, le principe en cours est le suivant : les plus gros paient les plus petits en retard. Faudra-t-il encore attendre sept ans pour que l'Etat agisse enfin dans ce domaine ?

Selon l'enquête publiée le 21 janvier par l'association CroissancePlus et la Médiation des entreprises, cette négligeance/malveillance plomberait la trésorerie des PME d'environ 15 milliards d'euros. Soit, à peu de choses près, ce que le CICE coûtera cette année aux finances publiques.