"L'embarrassant Monsieur Valls" ne prendra pas le train En Marche !

Par latribune.fr  |   |  1421  mots
"[Le] Parti socialiste est mort, il est derrière nous" a justifié Manuel Valls après avoir déclaré, un peu vite semble-t-il, sa candidature aux législatives pour la majorité présidentielle. Problème, il semble être allé un peu vite en besogne et de fait se retrouve dans une situation très inconfortable. (Crédits : Robert Pratta)
Pour l'ex-Premier ministre, c'est ce qui s'appelle se trouver au milieu du gué. Et y rester ! Le désormais "sans parti fixe" ne sera finalement pas investi par le mouvement En Marche!". Mais le mouvement d'Emmanuel Macron ne présentera pas de candidat LREM contre lui, a expliqué Richard Ferrand ce jeudi à 16h. La descente aux enfers n'est pas finie, puisque Valls est convoqué devant la commission des conflits du PS, avec le risque d'en être radié...

( Article publié mardi 9 mai 2017 à 9:04, et mis à jour depuis régulièrement )

Dernier épisode de l'embarrassante affaire Valls - certains n'hésitent pas à parler de "l'embarrassant Monsieur Valls" : ce jeudi 11 mai après-midi à Paris, en direct sur BFMTV, lorsque le secrétaire général d'En Marche, Richard Ferrand, a annoncé la publication de la liste des 428 candidats qui concourront sous les couleurs de La République en Marche (LREM) les 11 et 18 juin. Après une longue introduction centrée sur le gros travail de sélection de la commission d'investiture et le respect des promesses de campagne (parité femmes-hommes, plus de la moitié des candidats issus de la société civile...), Richard Ferrand, brosse le portrait de quelques-uns de ces nouveaux candidats. Puis il  répond aux questions de la presse.

Au journaliste de BFMTV qui lui demande si la candidature de Manuel Valls a été acceptée, il explique que le cas de l'ex-Premier ministre a été attentivement étudié mais que sa candidature ne répondait pas aux critères de sélection - notamment, elle ne respecte pas la règle, "connue depuis le 19 janvier", du maximum de trois mandats de parlementaire. Mais comme il s'agit d'un ancien Premier ministre, et qu'"il n'est pas question d'humilier", le secrétaire général d'En Marche explique que le mouvement ne présentera pas de candidat en face de Manuel Valls -c'est-à-dire que la candidate prévue dans la 1re circonscription de l'Essonne à Evry se retirera.

Par ailleurs, Richard Ferrand, député du Finistère et bras droit d'Emmanuel Macron pour la campagne présidentielle, a officiellement quitté le Parti socialiste il y a deux jours, le mardi 9 mai, pour porter "les couleurs de La République en marche et de la majorité présidentielle".

| Lire Législatives 2017 : La République en Marche présente ses premiers candidats, sans Valls

Après le rejet de son investiture par le parti d'Emmanuel Macron, quelle porte de sortie reste-t-il à Manuel Valls ? Les jours qui viennent le diront. Mais déjà du côté de son parti d'origine, le Parti socialiste, les choses se corsent.

Mercredi 10 mai, en effet, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a annoncé, sur Beur FM, qu'"une procédure est en cours" concernant Manuel Valls, qui "est déferré devant la commission des conflits" du parti, rapporte LeLab/Europe1. La sanction qu'il encourt est la radiation de son parti. Le motif ne serait pas sa demande d'investiture à LREM mais son appel à voter Macron au lieu du vainqueur de la primaire de la gauche.

Auparavant, c'était la confirmation ce mercredi 10 mai matin au micro d'Europe 1 par Jean-Paul Delevoye que l'ex-Premier ministre ne peut pour l'heure prétendre à une investiture sous l'étiquette du mouvement présidentiel La République en Marche (LREM), parce qu'il n'est pas adhérent du mouvement En Marche! (Au passage, Delevoye explique que Bruno Le Maire se trouve dans la même situation.)

"Nous voyons bien, aujourd'hui, qu'il n'est pas forcément opportun pour le mouvement En Marche! d'intégrer la candidature de Manuel Valls.", explique notamment Jean-Paul Delevoye sur Europe1. Sans toutefois fermer la porte : "Et en même temps, il faut analyser la parole d'un Premier ministre", concluait-il.

Après une présidentielle particulièrement décoiffante, les législatives démarrent donc sur les chapeaux de roues. Cette nouvelle saga a débuté hier mardi 9 mai, au surlendemain de la victoire d'Emmanuel Macron.

"Je veux la réussite d'Emmanuel Macron", avait annoncé Manuel Valls, au micro de RTL mardi 9 mai. L'ancien Premier ministre, éliminé le 29 janvier au second tour de de la primaire socialiste, a déclaré officiellement ce matin-là à la radio sa candidature aux élections législatives sous l'étiquette "La République en marche" (LREM), le mouvement nouvellement renommé d'Emmanuel Macron.

"Parce que je suis un républicain, un homme de gauche, parce que je reste socialiste, je ne vais pas renier trente ans d'engagement de ma vie politique[...] Parce que je sais que gouverner la France c'est difficile, je ne suis pas en embuscade", a-t-il justifié.

Valls dans une position très inconfortable

La situation de Valls n'est pas des plus simple après sa "trahison" de Benoît Hamon et des règles de la primaire de la gauche.

D'un côté, dans sa première circonscription de l'Essonne à Evry, il pourrait se voir opposé un candidat... socialiste. Car Benoît Hamon prépare sa contre-offensive ce mardi lors de la réunion du bureau national rue de Solférino. Selon Libération, "les hamonistes vont réclamer, à l'occasion de ce BN, que l'investiture socialiste soit retirée à tout candidat ayant fait défaut à leur champion." On sait depuis ce matin ce qu'il en est : que l'ex-premier ministre est convoqué devant la commission des conflits du PS. Par la voix de Jean-Christophe Cambadélis, le Parti socialiste a également annoncé qu'il présentera des candidats dans "plus de 400 circonscriptions pour les législatives", les 11 et 18 juin.

     >LireLes législatives s'annoncent douloureuses au PS

Cela pour le PS. De l'autre côté, il a été sommé par Emmanuel Macron, mardi 2 mai de démissionner du parti socialiste s'il veut une investiture dans son mouvement pour les législatives, dans une citation rapportée par le Figaro:

«On a eu des désaccords mais (s'il) est prêt à participer à cette majorité présidentielle et à quitter le PS, il le pourra», déclarait-il mardi sur RMC/BFMTV.

"Ce Parti socialiste est mort, il est derrière nous"

Mardi matin, sur RTL, Manuel Valls n'avait pas manqué d'appeler à "donner une majorité large et cohérente au nouveau président", invitant en même temps "tous les députés sortants, les progressistes qui ont appelé à voter Emmanuel Macron avant le premier tour" à faire de même. Concernant le PS, il a ajouté:

 "Il ne s'agit pas d'avoir des états d'âme, il s'agit d'avoir une vision claire. Le parti doit se dépasser et il devrait être beaucoup plus clair que cela. Ce Parti socialiste est mort, il est derrière nous, pas son histoire et ses valeurs, mais il doit se dépasser."

Chez Macron, on faisait mine de ne pas être au courant de sa candidature

L'ancien Premier ministre avait soutenu Emmanuel Macron avant le premier tour de la présidentielle, au grand dam de Benoît Hamon, candidat socialiste de la Belle alliance populaire.

Dans sa réaction quasi immédiate à cette annonce, sur Europe 1, Benjamin Griveaux, porte-parole d'Emmanuel Macron, feignait la surprise tout en jouant la fermeté avec un strict rappel à la procédure:

"[Manuel Valls] n'a pas déposé sa demande de candidature auprès de la commission d'investiture ou alors sa candidature m'a échappé[...] Il lui reste 24 heures. La procédure est la même pour tout le monde, ancien premier ministre compris."

Surpris également, Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence et proche soutien d'Emmanuel Macron réagissait lui aussi mardi matin sur France Info:

"Il se trompe en se déclarant déjà candidat [...] C'est un protocole identique pour tous (...) la République des privilèges est terminée."

Une candidate LREM déjà investie à Evry

Sur BFMTV, Jean-Paul Delevoye, le président de la Commission d'investiture du mouvement d'Emmanuel Macron a expliqué mardi qu'une candidate dans la circonscription de Manuel Valls avait déjà été choisie, et que cette nouvelle candidature -de Manuel Valls donc- nécessitera une nouvelle étude de cas.

«Si le délai est encore possible, la commission qui se réunit demain analysera cette candidature comme les autres et nous prendrons notre décision en totale indépendance», a déclaré Jean-Paul Delevoye, selon Le Figaro.

L'examen des candidats entre "soutien sincère" ou "calcul stratégique"

D'autant que «nous allons être extrêmement attentifs à ce qui est une sincérité de soutien ou une opération de calculs stratégique que nous n'acceptons pas», précisait encore en guise d'avertissement le président de la Commission d'investiture.

Les candidats aux législatives des 11 et 18 juin, pour le mouvement La République en marche doivent être connus d'ici à jeudi 11 mai. Pour l'instant, selon le président de la Commission d'investiture Jean-Paul Delevoye, les noms de 500 candidats ont été arrêtés.

>Lire: Législatives 2017 : La République en Marche présente ses premiers candidats, sans Valls

(Avec agences)