L'histoire d'une conquête : la longue marche d'Emmanuel Macron !

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Le jeune homme (39 ans) pressé a remporté son incroyable pari: devenir président de la République en marge des partis traditionnels, lui qui était inconnu du grand public il y a encore trois ans.
Le jeune homme (39 ans) pressé a remporté son incroyable pari: devenir président de la République en marge des partis traditionnels, lui qui était inconnu du grand public il y a encore trois ans. (Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)
Le 7 mai, Emmanuel Macron est devenu le huitième président de la cinquième République... C'est l'histoire d'un hold-up politique totalement inédit. Comment un (jeune) homme de 39 ans, quasi inconnu du public il y a encore trois ans, a-t-il pu atteindre la magistrature suprême ? Un storytelling digne des meilleures séries TV.

L'intrusion d'un « homme neuf », n'est pas un phénomène unique sous la Vème République: Jean Lecanuet, Jean-Jacques Servan-Schreiber, puis, dans un autre genre, Bernard Tapie, ou encore Ségolène Royal, tous ont espéré faire tournebouler le système... Mais, ils bénéficiaient tous déjà d'une certaine notoriété. En revanche, parmi les Français, qui connaissait Emmanuel Macron, ce jeune énarque, inspecteur des finances, ancien banquier d'affaires, jamais élu, avant qu'il ne devienne ministre de l'Économie en 2014 ?

Les Français ont alors découvert ce jeune homme pressé - il a fêté ses 39 ans le 21 décembre 2016 - qui a décidé de tracer sa route seul, mais avec de discrets et solides appuis, vers l'élection présidentielle de 2017.

Macron, un homme du sérail

En 2007, il est nommé rapporteur adjoint de la commission pour la libération de la croissance présidée par Jacques Attali. C'est d'ailleurs ce dernier qui le présentera à François Hollande. Une fois François Hollande arrivé à l'Élysée, le jeune Macron -il a alors 34 ans-, devient secrétaire général adjoint de l'Élysée en charge des questions économiques. Et, déjà, c'est peu dire qu'il n'appréciera pas certaines décisions de François Hollande, comme celle d'instituer une taxe de 75% sur les hauts revenus. « C'est Cuba, sans le soleil », grincera Emmanuel Macron. En revanche, il milite à fond pour la politique de l'offre. Et il sera l'un des « pères » du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). Sur la réforme des retraites, décidée durant l'été 2013, Emmanuel Macron se montre aussi déçu. Pour lui « ça ne va pas assez loin ». Ne pouvant pousser toutes ses idées, Macron présente sa démission le 10 juin 2014. Mais dès le 26 août, il revient aux affaires en étant nommé ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls II, en lieu et place d'Arnaud Montebourg. Ironie de l'histoire, c'est Manuel Valls, soutenu par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l'Élysée, qui convainc François Hollande de nommer Macron pour donner un coup de jeune au gouvernement...

L'épisode du 49-3 sur la "loi Macron"

C'est lors de son séjour à Bercy que les Français vont vraiment apprendre à connaître Emmanuel Macron, notamment à travers sa loi sur la croissance et l'activité présentée en conseil des ministres en décembre 2014. Dans ce texte, on retrouve des pans entiers de mesures prévues par la commission Attali sur la croissance: libéralisation des transports par autocars, déverrouillage de certaines professions (notaires), généralisation du travail du dimanche. Emmanuel Macron dispute alors à Manuel Valls le créneau social libéral. Et ça agace. C'est peu dire que la « loi Macron » ne passe pas à gauche, les « frondeurs » du PS ne veulent pas en entendre parler. En février 2015, au grand dam d'Emmanuel Macron, le Premier ministre décide de faire adopter la loi sans vote, via le fameux article 49-3 de la Constitution. C'est également peu dire que la cohabitation d'Emmanuel Macron avec les autres locataires de Bercy, notamment Michel Sapin, ministre des Finances, ne se passe pas très bien.

Le jeune ministre est en effet accusé de trop vouloir capter la lumière et d'être un peu trop présent dans les médias. « Macron, il est comme les escargots, il bave beaucoup », raconte alors en rigolant un ministre de Bercy... Ambiance. Et les formules maladroites d'Emmanuel Macron, style « les salariées illettrées » ou « tu pourras t'acheter un costard » n'arrangent rien.

Macron travaille ses réseaux

Lorsque François Hollande et Manuel Valls proposent, dans l'émotion qui suit les attentats du 13 novembre 2015, d'instituer la déchéance de la nationalité, Emmanuel Macron fera part de sa désapprobation. C'est le début d'une longue série d'anicroches entre le ministre de l'Économie et François Hollande et Manuel Valls. Dès lors, les rumeurs de démission d'Emmanuel Macron ne vont plus cesser. Surtout qu'il se verra privé de sa « loi Macron 2 », sur les « Nouvelles opportunités économiques », dont le contenu est dispersé par Manuel Valls entre la loi Travail - qu'il juge trop timorée - , portée par Myriam El Khomri, et la loi « Sapin 2 ». Un camouflet pour Emmanuel Macron. Il consulte beaucoup et reçoit de nombreux « visiteurs » dans son bureau de Bercy. Du côté politique, Emmanuel Macron commence aussi à s'assurer des relais, notamment du côté des « Réformateurs », l'aile droite du PS menée par Gérard Collomb, le sénateur-maire de Lyon et l'un des premiers soutiens officiels d'Emmanuel Macron.

De la démission à la candidature à la présidentielle

Au printemps 2016, tout s'accélère. Emmanuel Macron s'émancipe de plus en plus de François Hollande. Malgré les mises en garde des « vieux » hollandais historiques, le président ne veut pas voir Brutus derrière son jeune ministre de l'Économie. Pourtant, celui-ci lance officiellement, le 6 avril, son mouvement « En Marche! » et laisse clairement paraître ses ambitions présidentielles. Le 30 août, il démissionne de son poste ministériel. Le sort en est donc jeté. Il fera l'annonce de sa candidature le 16 novembre. En revanche, Emmanuel Macron qui se définit comme « ni de gauche ni de droite » - mais qui a lancé en déplacement en Vendée « je ne suis pas socialiste »- se garde de participer à la primaire du PS et de ses alliés. Il n'empêche que sa décision, de se lancer sans attendre le propre choix du président de la République, aura contribué à empêcher François Hollande de concourir.

D'incroyables concours de circonstances

Longtemps en troisième position dans les sondages. Emmanuel Macron va ensuite progressivement se hisser à la première, en menant une bonne campagne et en bénéficiant d'incroyables concours de circonstances. A commencer, bien entendu, par les déchirures au sein du PS, mises au grand jour par la primaire. Reniant les statuts de cette primaire, Manuel Valls annonce qu'il ne soutiendra pas le vainqueur Benoit Hamon, voyant en Emmanuel Macron celui qui peut faire barrage à Marine Le Pen. La théorie du « vote utile » s'affirme ainsi. Des pans entiers de l'électorat de gauche, déboussolés, voteront ainsi Macron dès le premier tour de peur de se retrouver face à un duel Fillon/Le Pen au second.

L'ancien ministre de l'Économie va être aussi servi par les déconvenues et la « radicalisation » de François Fillon. Englué dans les affaires, le champion de la droite déçoit son électorat le plus modéré, notamment ceux qui avaient voté Alain Juppé à la primaire. Et le ralliement officiel de François Bayrou à Emmanuel Macron fait des émules chez les centristes, effrayés par la montée en puissance de la mouvance « réac » (Sens Commun) aux cotés de François Fillon. Celui-ci va, dès lors, dévisser dans les sondages au profit, quasi exclusif, du leader d'En Marche!

La suite est connue. Emmanuel Macron arrive en tête du premier tour avec 24% des suffrages. Pour la première fois sous la cinquième République, aucun des représentants des deux partis de gouvernement ne sont présents au second tour.  L'ex-banquier reste alors le seul à pouvoir barrer la route à Marine Le Pen. Alea jacta est ! Le 7 mai, Emmanuel Macron triomphe. Il n'est certes pas très bien élu, recueillant seulement une majorité relative de 43,63% des voix parmi les citoyens inscrits sur les listes électorales. Mais la longue marche continue ! Gageons que cette folle histoire et les conséquences qu'elle va entraîner feront rapidement l'objet d'études au sein des instituts de sciences politiques. Lui, que l'on dit l'homme de l'ubérisation, du nom de la plateforme de location de VTC qui symbolise une époque de disruptions économiques, a clairement réussi à « ubériser » la vie politique française, dans un scénario digne des meilleures séries TV.

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Commentaires
a écrit le 10/05/2017 à 8:52 :
Macron a été choisi et propulsé par la haute bourgeoisie financière et industrielle parisienne.
Pour ce faire, Hollande la pris dans son gouvernement pour qu'il se fasse connaitre et créer une crédibilité avec des hautes responsabilités.
Puis les médias (appartenant à cette même bourgeoisie) a fait le travail, via une couverture médiatique sans précédent (plus de 60 couvertures magazine,etc).
Les 23% d'électeurs du 1er tour, ont fait mettre en place un président, qu'on leur a "vendu", sur mesure. La propagande subtile mais bien réel a gagné.
les "23%" ne tarderont pas à le regretter.
a écrit le 09/05/2017 à 17:35 :
Peut-être qu'un jour , on pourra enfin savoir qui a descendu Fillon en flamme. Macron a été programmé par Hollande avec le soutien d'une partie de la presse. Jamais dans l'histoire de notre V ème république , un candidat n'a été aussi favorisé. Avec les investitures d'En Marche, on voit tout le PS gauche/caviar ressortir du bois. Valls veut une circonscription , il sera suivi de beaucoup d'autres. Les français ne voulaient plus du PS ni de Hollande, ils vont avoir un copier/coller en juin.
a écrit le 09/05/2017 à 14:50 :
Macron blablabla.....Macron blablabla.. ...vous allez nous sortir combien d'articles sur lui? Je sens que cela va être l'overdose comme avec N. Sarkozy.....et dans 5 ans tout le monde sera content de le voir partir....ainsi vont les choses.....
a écrit le 09/05/2017 à 14:37 :
purée il a gagné mais la troisième manche se jouera dans la rue avec les marcheurs insoumis! En avant marche patapan patapan avec les godasses de chez Loubiton comme au Louvre!!!
a écrit le 09/05/2017 à 13:46 :
"....il n'est certes pas très bien élu"... (sic)
20 millions de voix pour Macron et 19 millions seulement pour Sarkozy en 2007 !
Jamais La Tribune n'avait écrit que ce dernier avait été alors piteusement élu ....
sectarisme quand tu nous tiens.....
a écrit le 09/05/2017 à 12:53 :
17 000 articles de journaux sur un an et demi offertes à la promotion de la gloire macronienne pour un énorme 17 % de votants par adhésion, les 17 autres l' étant par rejet du Fn et comme l' anticipait l' Upr...

J' ai envie de dire, tout ça pour ça, n' est-ce pas un poil surfait et pour retrouver casé chez ce petit jeunot toutes les vielles gloires responsables de la décrépitudes de la France...?

N'est-ce pas un poil surjoué ...?
a écrit le 09/05/2017 à 12:53 :
Humour: sur la photo ci-dessus :"je vous présente ma BM" (Brigitte Macron)
a écrit le 09/05/2017 à 12:18 :
l'histoire elle est simple, procureur mise en examen Fillon si non pas de victoire
a écrit le 09/05/2017 à 0:29 :
Je suis content de voir un jeune à la magistrature suprême d'une grande République comme la France. J'espère pour lui qu'il ne va pas laissé les dirigeants dictateurs africains en paix
a écrit le 08/05/2017 à 22:44 :
Je felicite le president macron de son election a la presidence francaise bon courage pour ton mandat
a écrit le 08/05/2017 à 17:13 :
Longue marche, c'est vite écrit. Il était un parfait inconnu il y a trois ans et il devient Président de la République !
Bon, c'est du second degré, j'en conviens.
Cordialement.

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