DCNS plonge dans le rouge et plombe Thales

Par Michel Cabirol  |   |  699  mots
Le siège social de DCNS à Paris
Le groupe naval devrait enregistrer des pertes de 300 millions d'euros en 2014. La contribution de DCNS à l'EBIT de Thales qui est actionnaire à hauteur de 35%, sera négative d'environ 100 millions d'euros. DCNS lance un plan d'économies de court terme de 100 millions d'euros.

Ce n'est pas une surprise. DCNS, dont Thales est actionnaire à hauteur de 35%, estime que l'exercice 2014 devrait se solder par une perte nette de l'ordre de 300 millions d'euros, compte tenu de l'enregistrement de charges et provisions complémentaires, ainsi que l'avait révélé "La Tribune". Le groupe naval a mené au cours des derniers mois un examen approfondi de la situation financière et contractuelle de plusieurs activités et programmes complexes qui connaissent des difficultés. Les principales conclusions de ces audits ont été communiquées aux instances de gouvernance de DCNS. L'une d'entre elle est même plutôt rassurante pour le groupe naval, qui garderait "la maîtrise technique de son cœur de métier" alors qu'au sein de Thales, certains commençaient à avoir des doutes.

Pour Thales, qui consolide DCNS par mise en équivalence, la contribution de DCNS à l'EBIT du groupe d'électronique "serait ainsi négative d'environ 100 millions d'euros sur l'exercice 2014, contre une contribution attendue proche de l'équilibre (et une contribution positive de 40 M€ en 2013)", a expliqué Thales dans un communiqué publié ce vendredi. Hors cet impact exceptionnel, Thales confirme que sa performance en 2014 devrait être conforme aux objectifs annoncés d'une stabilité des prises de commandes et du chiffre d'affaires et d'une progression de 5 à 7% de l'EBIT. La publication des comptes consolidés de l'exercice 2014 arrêtés par le conseil d'administration est prévue le 26 février 2015

Le nucléaire civil plombe DCNS

Sur la base des éléments fournis au comité central d'entreprise (CCE), les difficultés sur certains programmes se concentrent dans les activités de diversification dans l'énergie, essentiellement dans le nucléaire civil. L'ampleur des difficultés d'exécution rencontrées par DCNS depuis 2013 devrait conduire "à revoir significativement à la hausse les coûts à terminaison des projets en cours", notamment le réacteur de recherche Jules Horowitz pour le Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA), a expliqué Thales. Pour autant, DCNS devrait rester dans le nucléaire civil, qui participe au maintien des compétences du groupe.

Sur les programmes navals, les audits ont mis en évidence une augmentation des coûts à terminaison, tout particulièrement sur le programme de sous-marins nucléaires d'attaque Barracuda pour la France. Pour remettre d'équerre ce programme, DCNS a changé le directeur du programme. En revanche, le programme de sous-marins au Brésil, qui connait aussi quelques difficultés d'exécution, n'est pas un programme en péril, explique-t-on à "La Tribune".

Un plan d'économies court terme de 100 millions d'euros

Pour renforcer sa compétitivité à court terme, DCNS a lancé un plan d'économies de 100 millions en vue d'améliorer les résultats dès 2015. Il ne doit pas "altérer" les compétences et l'emploi au sein du groupe naval, explique-t-on au sein de DCNS. Les salariés devront se serrer le ceinture, la direction suspend toutes les augmentations individuelles et un "travail" avec les fournisseurs est lancé pour trouver des économies de court terme. Au-delà, la direction du groupe a lancé depuis quelques jours un plan de progrès pour dégager des économies sur le moyen et long terme. Entre autre, un tri dans les énergies marines renouvelables va être réalisé : hydrolien, éolien off-shore, énergie houlomotrice et énergie thermique des mers.

Plus généralement, le PDG de DCNS, Hervé Guillou, compte aussi sur sa nouvelle stratégie basée sur quatre axes pour rendre DCNS plus efficient : renforcement de la maîtrise industrielle avec la création d'une direction industrielle, développement à l'international, diversification et enfin simplification du fonctionnement et développement de la culture économique. En outre, il pourra se reposer pour atteindre ces objectifs sur les trois nouveaux arrivants : Marie-Pierre de Bailliencourt (directeur général adjoint), Frank Le Rebeller (directeur général adjoint en charge des finances et du juridique) et Olivier de la Bourdonnaye (direction industrielle). Ce dernier assurera la cohérence et l'efficacité de l'action entre les bureaux d'études, les équipes programmes et la supply chain.

Enfin, DCNS a créé une direction de programmes en vue d'améliorer les performances techniques, calendaires et économiques des programmes dans le respect des engagements auprès de ses clients.