Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Maroc, Égypte, Inde, Indonésie, Philippines, Brésil, Argentine, Pérou, Colombie, Chili... Ce sont 13 campagnes à l'exportation pour Naval Group dans le domaine des sous-marins. Treize campagnes qui sont bien sûr à des stades de maturité très différents et où la concurrence sera très rude dans certains pays comme la Pologne. Mais ce nombre de prospects sérieux est complètement inédit dans l'histoire du groupe naval français, qui a d'ailleurs décidé d'investir dans de nouvelles capacités industrielles dédiées à ces marchés export. Il va construire à Cherbourg deux nouvelles nefs, qui sont des halls consacrés à l'assemblage final de ces sous-marins à propulsion conventionnelle.
Cette bataille à l'exportation illustre également parfaitement les nouveaux enjeux opérationnels des marines dans un espace de plus en plus contesté et où transitent plus de 80% du commerce mondial en volume et 99% des échanges internet via les câbles sous-marins. Disposer d'une flotte de sous-marins crée pour l'ennemi potentiel une incertitude sur le positionnement de ce système d'armes invisible et capable de protéger de vastes zones. Un sous-marin, qu'il soit nucléaire ou conventionnel, est par excellence une arme de dissuasion. D'où la volonté des États d'investir dans un outil crucial pour défendre leur souveraineté (plateformes pétrolières, richesse halieutique, câbles sous-marins...) et de constituer des flottes sous-marines comme les Philippines ou de les moderniser comme les Pays-Bas.
Sur ces 13 campagnes, Naval Group en a déjà remporté trois ou presque (Inde en juillet 2023, Pays-Bas en mars et Indonésie en avril). Ces trois campagnes peuvent encore basculer du mauvais côté... En Inde, qui a sélectionné le Scorpène (trois exemplaires construits par Mazagon Dock à Bombay), le groupe négocie le contrat dont la signature a été repoussée après les élections indiennes (19 avril-1er juin). Il n'est pas à l'abri d'une bonne surprise en 2024 si l'élection de Narendra Modi se confirme. En Indonésie, le ministère de la Défense a également sélectionné Naval Group pour l'achat de deux Scorpène, qui seront construits dans le chantier du groupe local PT PAL. Mais Jakarta attend encore la signature du prêt auprès d'un pool bancaire pour mettre en vigueur cette acquisition (soit 7,5% du montant du contrat). La signature de ce prêt est potentiellement attendue cet été.