Comment l'Etat veut « faire » mieux sur la rénovation énergétique des bâtiments

Par César Armand  |   |  768  mots
L'Ademe a lancé, le 10 septembre, une campagne de mobilisation en faveur de la rénovation énergétique des bâtiments. (Crédits : Reuters)
L'Etat et l'Ademe ont lancé le 10 septembre une campagne de mobilisation intitulée « Faire » pour faciliter, accompagner et informer sur la rénovation énergétique. Mais le gouvernement est resté évasif quant au plan qu'il avait impulsé en novembre 2017.

« L'écologie est une opportunité de meilleure santé. L'écologie est une formidable opportunité économique », avait notamment déclaré François de Rugy lors de la passation de pouvoirs avec Nicolas Hulot le 4 septembre dernier. Moins d'une semaine plus tard, le nouveau ministre d'Etat chargé de la Transition écologique et solidaire a participé ce 10 septembre au lancement de la campagne de mobilisation de l'Ademe en faveur de la rénovation énergétique des bâtiments.

Concrètement, il s'agit de « faciliter, accompagner et informer pour la rénovation énergétique » (« FAIRE ») avec le slogan « tous éco-confortables ». Et plus précisément, de « rendre lisible un service public d'information et de conseil sur la rénovation énergétique de l'habitat pour les citoyens » et d'« entraîner l'ensemble des acteurs publics et privés dans la rénovation ».

« La campagne de communication est nécessaire mais non suffisante, juge Danyel Dubreuil, coordinateur de l'initiative "Rénovons !" de l'ONG Cler - Réseau pour la transition énergétique. Elle met en avant le confort mais elle aurait pu mettre en avant les bienfaits comme les effets sur la santé. Les particuliers attendent plus de clarté, et notamment les ménages en précarité énergétique. »

400 espaces conseils

Dix mois après décrété la rénovation comme « priorité nationale » à l'Agence parisienne du climat avec le déblocage de 14 milliards d'euros et cinq mois après en avoir détaillé les mesures à Angers, le gouvernement veut en effet montrer que si les hommes changent, l'action publique continue.

« Nous avions un peu d'insécurité sur le lancement de la marque ''FAIRE'' avec le chamboule-tout institutionnel, raconte la députée (LREM) de l'Isère Marjolaine Meynier-Millefert, co-pilote du plan de rénovation énergétique. Il y a du bon vouloir partout dans les services et les ministères, mais il faut encore coordonner l'ensemble et arriver à passer à l'action. Nous devrions déjà être dans la mise en œuvre avec un déploiement sur le terrain. »

En réponse à cet enjeu, l'Agence de maîtrise de l'environnement et de l'énergie (Ademe), avec l'Agence nationale de l'habitat (Anah) et l'Agence nationale pour l'information sur le logement (Anil), promet un réseau de 400 espaces conseil, mais déjà les observateurs doutent de la portée du dispositif.

« Il faut beaucoup plus de communication, ne serait-ce que pour habituer les Français à terme. Ils vont nécessairement se poser des questions, d'autant qu'il est encore difficile de parvenir à se retrouver dans le maquis des aides. Est-ce que le réseau de conseillers sera en capacité de répondre ? » s'interroge Danyel Dubreuil de l'ONG Cler - Réseau pour une transition énergétique.

Un délégué ministériel chargé de la rénovation énergétique

Dans le cadre de ses fonctions de co-pilote du plan de rénovation énergétique des bâtiments, la parlementaire Marjolaine Meynier-Millefert dit, elle, avoir organisé entre 300 et 350 rendez-vous en trois mois avec les professionnels et associatifs du secteur. Aussi aimerait-elle suivre la déclinaison opérationnelle du programme.

« Nous n'avons pas les moyens d'aller partout en France, regrette-t-elle. Nous sommes davantage des lanceurs d'alerte. C'est un peu frustrant... Nous captons l'information, nous la faisons remonter et nous nous rendons compte qu'il manque un pilotage structurel. Ce serait une bonne chose d'avoir un délégué ministériel. »

La nomination d'une personnalité qualifiée en Conseil des ministres avait en effet fait son chemin avant l'été, mais avec le remaniement, cette hypothèse va-t-elle refaire surface, voire se traduire en actes ? Il ne reste plus qu'à guetter les « mesures individuelles » adoptées mercredi midi.

Le CITE et le bonus-malus aux abonnés absents


Autre sujet sur la table, et non des moindres : le crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE). Actuellement, un particulier peut mandater une société avant de se faire rembourser tout ou partie de son chantier d'amélioration énergétique. Or, cet avantage fiscal n'a pas été cité.

« C'est préjudiciable pour la prise de décision des entreprises comme du côté des ménages qui ont du mal à se projeter dans des travaux », estime ainsi le représentant associatif. « Nous ne savons pas encore comment le CITE va être arbitré. C'est pénible de ne pas connaître le fléchage », renchérit la députée marcheuse.

Autre disparition : celle du bonus-malus à la revente d'un logement énergivore, évoqué un temps par l'ex-ministre Nicolas Hulot. S'il revenait dans le cadre de l'examen du projet de loi finances 2019, il déclencherait à coup sûr une bronca des associations de propriétaires.