"20.000 emplois pourraient être créés dans les clubs sportifs"

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Elu président du Comité national olympique français en mai dernier, Denis Masseglia s'est attelé à la préservation des revenus du mouvement sportif et espère avoir une chaîne de télévision.

La Tribune - Dans l'hypothèse où Annecy ne serait pas choisi pour les Jeux olympiques d'hiver 2018, la candidature de la France peut-elle remettre en cause ses chances pour les JO d'été ?

Denis Masseglia : Nous nous sommes interrogés sur cette question. Nous pensons qu'il faut montrer que la France a une ambition olympique. Le CIO est sensible à cette question. Mais cette ambition ne peut uniquement concerner les jeux d'été. Ce n'est pas à la carte. Avoir les jeux, cela permet à la France de remplir trois objectifs : rendre la France plus sportive, sensibiliser le public au développement durable et montrer que le sport à un rôle sociétal.

- Vous allez vous porter candidat à l'obtention d'une chaîne de télévision consacrée aux sports, sur la télévision numérique terrestre...

- Oui, celle-ci proposerait des retransmissions en direct, des magazines, des débats et des jeux. Elle diffuserait uniquement des événements libres de droit. Cette chaîne correspond à un véritable manque pour le mouvement sportif, qui a besoin d'une autre forme d'exposition. Nous avons estimé son budget à 15 millions d'euros. Il faut qu'on établisse un plan de financement. Nous a plusieurs pistes. Les ressources doivent provenir des quatre acteurs majeurs, à savoir l'Etat, les collectivités, le monde économique et le mouvement sportif.

- Quelles sont vos principaux projets pour le sport ?

- Premier gros chantier, la réforme des collectivités territoriales, qui sont le premier financeur public du sport avec 9 milliards d'euros investis, loin devant les 400 millions d'euros que le ministère injecte dans le sport. Sur ces 9 milliards, les communes injectent 8 milliards d'euros, et les conseils généraux et régionaux 1 milliard (la moitié allant vers les équipements, l'autre moitié dans le fonctionnement). A l'avenir, les collectivités territoriales ne seront plus libres de choisir les domaines qu'elles souhaitaient subventionner comme le sport. La réforme prévoit de désigner qui aura la compétence sportive. Si elle n'est attribuée qu'aux communes, conseils régionaux et régionaux ne pourront plus s'impliquer de la même manière financièrement. Le risque porte sur les 500 millions d'euros de dépenses de fonctionnement. La ministre est au courant. Elle est mobilisée à 100%.

- Autre chantier ?

- Le second chantier concerne les 20.000 emplois qui pourraient être créés dans les clubs. Le système de formation qualification n'est pas adaptée. Est-ce qu'un club de foot de banlieue peut former et obtenir pour un jeune qu'elle a envie d'embaucher les diplômes nécessaires ? Non. Il faut simplifier le dispositif actuel. Aujourd'hui, les partenaires sociaux (syndicats d'employeurs et d'employés) peuvent mettre 2, 3 ou 4 ans pour délivrer les 'certificats de qualifications professionnels', dont les jeunes ont besoin. C'est beaucoup trop long. Cette durée doit être réduite. Et pour qu'il n'y ait pas d'engorgement administratif, il faut éviter qu'il y ait trop de demandes en mutualisant celles des différents sports. Mais je suis optimiste car la volonté est là. Du côté des partenaires sociaux comme du ministère.

- Du côté des paris sportifs, vous avez obtenu une hausse du retour financier vers le sport. Etes-vous satisfait ? Qu'attendez-vous du droit de propriété des compétitions qui permet de toucher des revenus supplémentaires ?

- Nous avons su expliquer que le supplément financier que nous avons obtenu sera réinjecté dans les associations sportives et donc dans l'économie. L'Etat s'y retrouve. Le droit de propriété est une reconnaissance du patrimoine. En revanche, il faut être prudent sur l'aspect commercial. L'offre ne doit aboutir à une forme de déséquilibre. Ainsi, tous les opérateurs de paris ou presque doivent avoir accès à la Ligue 1. C'est pourquoi les sports entre eux doivent être solidaires. Nous allons tentés d'être le plus régulateur possible.

- Les sportives françaises n'obtiennent plus beaucoup de résultats ces dernières années. Comment l'expliquez-vous ?

- Je n'ai pas vraiment d'explications. Peut être que c'est un problème cyclique. Aux Jeux Olympiques d'Athènes (en 2004 ndlr) par exemple, il y a eu des médailles féminines mais uniquement dans certaines disciplines. Nous avons un potentiel féminin qui n'est pas suffisamment axé sur plusieurs sports. On se heurte peut-être également à un problème de communication. Il faut qu'on parvienne à expliquer que c'est épanouissement pour une femme de faire du sport. Chez les Anglo-saxons, le sport est un élément de base à l'épanouissement de l'être humain. Chez eux, toutes les filles font du sport. Nous, on n'est pas dans cette situation. C'est un problème de société. Il faut sensibiliser tout le monde. C'est un travail de longue haleine.

- Etes-vous inquiet pour l'avenir de la boxe française ?

- La boxe amateur se porte parfaitement bien. On a obtenu trois médailles à Pékin. Par contre, c'est vrai qu'on a un problème au niveau de la boxe professionnelle, dont l'organisation, avec quatre fédérations internationales, est relativement compliqué. Son modèle économique ne tient pas. Il faut qu'elle reparte sur de nouvelles bases. On reproche à Canal + de ne plus faire les mêmes choses qu'avant. Je pense qu'au contraire, il faut souligner le rôle qu'a eu Canal + vis-à-vis de ce sport. Il lui a permis de décoller. On ne peut pas reprocher à un diffuseur de ne plus vouloir investir à perte.

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