Emmanuel Macron en liberté absolue

Par Jean-Christophe Gallien  |   |  974  mots
(Crédits : DR)
L'incroyable victoire d'Emmanuel Macron se mesure presqu'autant par la faillite électorale symétrique des autres mouvements que par ses tout nouveaux actifs parlementaires. Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a, VP de Zenon7

Incroyable pari, incroyable campagne, incroyable victoire ! Le résultat est là : le Président Macron est en liberté absolue. Il a presque tous les pouvoirs. Et plus encore. Certes, les vagues bleues de 1993, de 2002 étaient plus impressionnantes, mais les 308 députés de La République en Marche doivent tout à Emmanuel Macron. Entre à l'Assemblée nationale une armée de soldats en Marche qui vont soutenir un gouvernement qui sera cette fois totalement à sa main.

Emmanuel Macron triomphe. C'est bien lui l'hyperprésident, le vrai. Très au-delà de ce que pouvait incarner Nicolas Sarkozy en son temps. Le hold-up politique d'Emmanuel Macron est donc total. Nous venons de vivre une séquence électorale tout autant révolutionnaire qu'historique. Violente, dégagiste, confuse, et finalement boycottée par une large partie des citoyens français.

L'incroyable victoire d'Emmanuel Macron se mesure presqu'autant par la faillite électorale symétrique des autres mouvements que par ses tout nouveaux actifs parlementaires. Avant d'engager la recomposition politique promise conjointement par le président de la République et ses opposants les plus radicaux, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, nous vivons la fin d'une décomposition politique accélérée par le blockbuster Macron.

La bataille des gauches ne fait que commencer

La chute du Parti socialiste est fracassante. Que reste-t-il du socialisme parlementaire ? Un groupe de 29 élus. Mais au-delà, s'agit-il encore d'un parti ou seulement d'un territoire politique à conquérir. Combien resteront le 4 juillet, au soir du vote de la confiance ? La bataille des gauches ne fait que commencer. En Marche et La France Insoumise semblent bien partis pour se partager cet espace politique délaissé par un PS en ruines mais pas tout à fait mort... Qui sait ?

Côté Les Républicains, si le résultat est moins catastrophique qu'imaginé au soir du premier tour, il s'agit bien d'une véritable déroute à l'issue d'une séquence électorale annoncée comme imperdable il y a seulement quelques mois. Même dans la débâcle de 1981, ce qu'on appelait jusqu'il y a peu les droites de gouvernement n'étaient pas tombées si bas.

Désir collectif de défaite et démonétisation politique

Les survivants sauront-ils dépasser ce qui ressemble à un désir collectif de défaite ? L'implosion semble proche même si Emmanuel Macron n'aura pas besoin de nouveaux fuyards. Certains vont devoir réviser leurs plans de transfert monnayés ! Ils n'ont plus de valeur politique, sauf les élus sénatoriaux.

Deux forces politiques progressent et surtout démontrent leur capacité nouvelle à gagner des élections uninominales à deux tours. Ce sont des percées modestes, très loin des promesses présidentielles, mais elles sont significatives car elles s'inscrivent dans le contexte de cette décomposition-recomposition politique à l'œuvre dans les prochains mois.

D'abord, La France Insoumise qui, dans le sillage de son leader emblématique et victorieux à Marseille, va vouloir incarner l'opposition totale à Emmanuel Macron et en finir définitivement avec le PS. Pour y parvenir, Jean-Luc Mélenchon va devoir inventer et déployer un mouvement hybride - parlementarisé, actif et fort au cœur de l'Assemblée, et populaire, réactif et leader dans la rue, celle des manifestations et celle, digitale, des réseaux sociaux. La mesure de cette stratégie de résistance conquérante sera déterminée par les élections intermédiaires avec, comme objectif central, la victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022.

Au FN, s'annonce une rude conversation interne

Au Front National, la séquence a fait exploser la valeur du gros score présidentiel et révélé une forme persistante de confusion sur l'offre politique et l'organisation du mouvement. Départ de Marion Maréchal-Le Pen, débats sur la ligne Philippot, contestation du leadership de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen semant ses mines personnelles... Si les prochaines semaines promettent une rude conversation interne, Marine Le Pen et le FN évitent le fiasco avec l'entrée de 8 parlementaires, dont Marine Le Pen qui gagne enfin une élection individuelle et qui sera l'une des stars politiques et médiatiques de cette mandature. La novation politique est bien là : Marine Le Pen fera partie du paysage parlementaire national. Là aussi, objectif présidentielle 2022 en ligne de mire.

Maintenant, le décor est planté

Nous attendons désormais avec impatience les prochains épisodes. En premier lieu, la formation d'un nouveau gouvernement cette semaine et surtout le vote de la confiance début juillet, qui sera le à la fois le marqueur final de ce long épisode électoral révolutionnaire et qui ouvrira réellement la mandature. Nous verrons si le couple Macron-Philippe poursuit la marche de la conquête, cette fois au cœur de l'Assemblée nationale, ou si les autres mouvements politiques -ce qu'il en reste- parviennent à stopper leurs hémorragies respectives.

Viendra très vite un dimanche sénatorial de septembre, que le président prépare déjà, entre socialistes et républicains prêts à monnayer leurs transferts. Objectif : éviter le blocage potentiel d'un Sénat d'opposition. Puis, l'on sent frémir des appétits démultipliés pour les municipales de 2020 et, en particulier, la bataille de Paris qui a déjà débuté avec Benjamin Griveaux.

Et surtout, maintenant, le décor est planté. C'est le moment du retour sur la terre du réel. Place à l'action. Place aux mesures concrètes et aux contres-mesures, elles aussi concrètes, n'en doutons pas. L'abstention historique de ce second tour, elle-même révolutionnaire, propose un sens politique intense voire dramatique et libère finalement le peuple d'une partie du résultat. Hyper-Président contre hyper-rue ?

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Par Jean-Christophe Gallien,

Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Président de j c g a et VP de ZENON7

Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals