Stocker et valoriser le CO2, un défi de long terme pour réduire les émissions industrielles

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« Grâce aux efforts de recherche et développement, les coûts de captation et de stockage pourront baisser à l'avenir », selon Julien Geffroy,spécialiste chez Bpifrance
« Grâce aux efforts de recherche et développement, les coûts de captation et de stockage pourront baisser à l'avenir », selon Julien Geffroy,spécialiste chez Bpifrance (Crédits : DR)
De quoi DEMAIN sera-t-il fait ? Bpifrance mène une réflexion sur les sujets d'innovation qui révolutionneront notre quotidien dans les années à venir, du point de vue de notre transport, notre alimentation, notre santé, notre façon de commercer et de travailler. Pour cela, la Banque publique anime une démarche collective, pilotée par des collaborateurs de Bpifrance et associant les acteurs des écosystèmes concernés. L'un des sujets stratégiques récemment abordés est la captation, le stockage et la valorisation du CO2 émis en grande quantité par certains secteurs industriels. Julien Geffroy, spécialiste du secteur chez Bpifrance, expose les défis à relever pour faire décoller cette filière.

Responsable du réchauffement climatique, le CO2 pourrait, demain, être stocké dans le sous-sol de manière permanente ou utilisé comme une nouvelle matière première... A condition de le capter, le stocker et le valoriser. Mais le décollage de cette filière « est un peu l'Arlésienne », constate Julien Geffroy, spécialiste du secteur chez Bpifrance. Car si la captation et le stockage bénéficient d'une technologie déjà mature, « le développement du stockage est bridé par les incertitudes concernant son acceptabilité sociale », précise-t-il, faisant référence à la fameuse expression : « Pas dans mon jardin ! ». Au lieu du sous-sol terrestre, les techniciens s'orientent donc vers les fonds sous-marins, en Mer du Nord, par exemple. « Mais il reste aussi des questions de fiabilité du stockage à long terme », ajoute-t-il.

Faire baisser les coûts grâce à la R&D

Toutefois, le verrou majeur au développement de la filière dans son ensemble « est l'absence de modèle économique viable », poursuit Julien Geffroy. De fait, émettre du CO2 est peu coûteux, tandis que le capter et le stocker coûte encore cher. L'Union européenne a certes été leader dans la mise en place d'un système d'échange de quotas d'émissions, mais le prix, sur le marché, à moins de 30 euros la tonne actuellement, reste faible, de même qu'au niveau mondial.
« Au contraire, le coût complet du stockage de CO2 revient en France à environ 100-150 euros la tonne », souligne-t-il. Autant dire que les industriels - pétroliers, sidérurgistes, cimentiers... - manquent d'incitations à agir. « Grâce aux efforts de recherche et développement, les coûts de captation et de stockage pourront baisser à l'avenir », avance toutefois ce spécialiste. Les groupes internationaux d'origine française, comme Total, Engie, Lafarge, Air Liquide ou Technip y travaillent, bien sûr, de même qu'ils pourraient se positionner à l'avenir sur la valorisation du CO2.

Soutien à l'innovation

Pour l'heure, toutefois, les avancées en matière de valorisation restent limitées...« Le potentiel est bon, mais les défis sont énormes et nécessitent des investissements élevés, qui ne porteront leurs fruits qu'à un horizon long et incertain », indique ainsi Julien Geffroy. Les progrès ne seront donc visibles qu'à long terme, une fois les conditions de leur déploiement à grande échelle réunies.

Enfin, si les recherches doivent évidemment se poursuivre, pas question de miser uniquement sur la captation, le stockage et la valorisation du CO2 pour atteindre l'objectif européen de neutralité carbone à l'horizon 2050. « Face au réchauffement climatique, notre horizon de temps, d'ici 2050, est trop limité. Ces technologies de stockage et de valorisation du CO2 ne seront pas la baguette magique qui permettront de réduire nos émissions industrielles de façon substantielle à cet horizon. Pour gagner cette course contre la montre, il faut donner la priorité aux actions plus matures et performantes, telles que la sobriété des usages, l'efficacité énergétique et la décarbonation du système énergétique », conclut Julien Geffroy.

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a écrit le 16/09/2020 à 17:44 :
30€ la tonne de CO2 en France ? La taxe carbone TICGN sur le gaz domestique est à 40€ HT (sur ma facture, +20% TVA), figée suite aux GJ, elle doit/devrait atteindre 150 par palier (20€/an ? HT bien sûr).
J'avais cru lire (sur ce site web) qu'un projet devait s'installer dans le sud de la France pour réduire (chimiquement) le CO2 en méthanol H-CH2-OH, ce CO2 étant livré par camions, capté à la source (le CO2 de l'atmosphère, les plantes savent mieux l'absorber que nous, il est très dilué). Une fois au point ça permettrait d'utiliser cet alcool (carburants ? M85 au lieu de E85) plutôt que subir le CO2 ou l'enfouir dans des grottes, autres puis constater un jour des fuites ?

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