Comment Polartec tisse les standards de demain dans le textile technique
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Née au début du XXe siècle près de Boston, Polartec est d'abord un acteur du textile industriel comme tant d'autres. C'est dans les années 1980 que l'entreprise bascule dans l'innovation, avec la création de la première laine polaire synthétique, qui va révolutionner l'outdoor.
Mais la véritable rupture vient au début des années 1990, quand Polartec devient la première marque à fabriquer ses tissus à partir de plastique recyclé, notamment de bouteilles.
Une démarche pionnière à une époque où personne ne parle encore d'économie circulaire.
« Aujourd'hui, plus de 70 % de nos polaires sont issues de déchets », souligne Eric Yung. Et de rappeler : « Plus de 2,5 milliards de bouteilles ont déjà été recyclées depuis le début de notre programme. »

Cet engagement initial, Polartec le décline aujourd'hui à toutes les étapes de la chaîne de valeur textile. Une transformation qui s'opère au fil des décennies, à bas bruit, mais avec constance.
Repenser le tissu, c'est aussi interroger sa couleur.
En s'attaquant à la teinture, particulièrement consommatrice en eau et en énergie, Polartec propose une alternative technique : le "solution dye". Ici, les fils sont teints à la source, avant d'être tricotés.
« Ce procédé permet d'éviter les bains de teinture post-production. On économise énormément d'eau, d'énergie et de chimie », explique Eric Yung. Des marques scandinaves, parmi les plus exigeantes en matière de durabilité, travaillent déjà avec ces fils pré-teints, en cours de documentation pour mesurer leur empreinte réelle.
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Cette approche s'inscrit dans une logique de sobriété généralisée, où chaque avancée environnementale doit aussi faire ses preuves techniques. « On ne fait pas de compromis sur la performance », précise-t-il.
Réutiliser du plastique, c'est bien. Mais penser le tissu pour qu'il soit recyclable à nouveau, c'est mieux. Polartec conçoit aujourd'hui des tissus monocomposants, 100 % polyester, prêts pour entrer dans une véritable boucle circulaire.
C'est le cas du Power Shield RPM, développé pour une marque de vêtements de cyclisme : imperméable, sans PFAS, issu du recyclé... et lui-même recyclable. « Un tissu composé d'un seul type de fibre sera beaucoup plus simple à revaloriser. On prépare aujourd'hui les vêtements de demain », affirme Eric Yung.
Car si les infrastructures de recyclage textile sont encore balbutiantes, Polartec anticipe leur montée en puissance. Et s'attache à concevoir des tissus qui résisteront au temps, mais pas au futur.
Certains défis sont plus discrets, mais tout aussi décisifs. Parmi eux, l'élimination des PFAS, ces composés chimiques ultra-persistants utilisés dans les traitements déperlants. Alors que leur interdiction interviendra en 2026 en France, Polartec les a supprimés dès 2022.
« C'était un choix éthique, pas une réponse à la réglementation », souligne Eric Yung. Ce virage a nécessité des arbitrages techniques — les alternatives aux PFAS demandent encore des ajustements pour atteindre les mêmes standards de performance — mais il séduit aujourd'hui une clientèle soucieuse de transparence.

Autre combat mené dans l'ombre : celui des microfibres plastiques. En collaboration avec Adidas et la marque suédoise Houdini, Polartec a développé des tissus capables de réduire de 85 % la perte de microfibres plastiques au lavage — une performance technique rare dans l'industrie textile, alors même que la France impose désormais des filtres à microplastiques sur les machines à laver.
Chez Polartec, la durabilité ne se limite pas à l'amont. Elle s'exprime aussi dans la longévité des vêtements. Une étude interne menée par Houdini montre que certains produits conçus avec des tissus Polartec sont portés jusqu'à 1 287 fois, bien loin des 5 à 10 utilisations moyennes constatées aujourd'hui selon la Fondation Ellen MacArthur.

Cette endurance repose sur des matériaux solides, thermiquement stables, faciles à réparer.
« Nous croyons plus à la durabilité des textiles qu'à leur biodégradabilité », affirme Eric Yung. Et ce choix a un impact concret : moins produire, mieux porter.
Même la couleur est stratégique : Polartec développe actuellement un noir écologique, moins énergivore à produire. « C'est la couleur la plus portée. C'est là que nous pouvons avoir le plus grand effet. »
Discrètement mais résolument, Polartec continue de poser les jalons d'une transformation textile ambitieuse, souvent anticipée. Et attire dans son sillage des marques tout aussi engagées — Patagonia, Houdini, Moncler, Millet, Prada — pour co-construire un modèle où innovation, performance et responsabilité environnementale ne font plus qu'un.
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