Avec le Siade, SaH veut développer un dialogue Sud-Nord
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Renverser la table : c'est, en quelque sorte, ce que veut faire Yaya Sylla, président-fondateur de la société SaH Analytics International, basée à Abidjan, avec une filiale à Reims. Ce docteur en mathématiques s'est spécialisé dans la détection, grâce à l'intelligence artificielle (IA), d'anomalies sur des images satellitaires : depuis des bateaux présents illégalement dans des zones de pêche jusqu'à des cours d'eau qui grossissent démesurément lors de crues en passant par la spectaculaire érosion des côtes. Mais pas question, malgré ses études en partie effectuées en France, d'attendre tout du Nord. Au contraire, il milite, à l'image de son entreprise, pour une relation Sud-Nord, d'égal à égal.
« L'Afrique est aussi bien placée que les autres continents dans la course à l'intelligence artificielle, assure-t-il. Nous sommes traditionnellement très créatifs et inventifs, nos nombreux jeunes ont soif d'apprendre et les entreprises occidentales ont tout intérêt à investir chez nous si elles veulent continuer de croître, compte tenu de la démographie chez elles. »
D'où l'initiative d'organiser un grand rendez-vous - le Salon international de l'IA, de la défense et de l'espace (Siade) - les 20 et 21 février à Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire. Salon marqué par la mise en avant d'enjeux très imbriqués que sont l'IA, l'espace et la défense, sous le signe de la souveraineté, élément essentiel pour un développement économique. Sans oublier le développement humain et la formation des jeunes.
« Si la première journée sera pour les professionnels, venus aussi bien de Corée du Sud que de France, d'Afrique du Sud que de Turquie, la deuxième sera consacrée à montrer au grand public, sous forme d'ateliers, les avantages des outils à base d'IA, que ce soit en matière de mobilité, pour désengorger Abidjan de sa circulation, de santé, comme nous l'avons fait pendant la crise Covid, d'inclusion financière, dans un pays où une partie de la population n'a pas de compte en banque, d'adaptation au dérèglement climatique en agriculture, grâce à des données spatiales, ou de protection, celle des données personnelles comme celle des océans et des ressources halieutiques, notamment », énumère-t-il. Une meilleure compréhension des avantages de l'IA et, en conséquence, une large adoption des outils, ne pourra en effet qu'enclencher un cercle vertueux, pour le bénéfice de tous.
Un autre temps sera consacré à la jeunesse, puisqu'il faut sensibiliser et former les élèves dès le plus jeune âge à diverses dimensions du numérique et de l'IA, dont le coding, pour fournir ensuite aux entreprises et aux start-up de l'écosystème africain, déjà dense, un vivier de talents.
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D'ailleurs, tout au long de l'année, « nous organisons des cours à différents niveaux scolaires et nous mettons à disposition d'élèves très éloignés des 'cases numériques', afin qu'ils puissent se connecter et les suivre », indique Yaya Sylla. En outre, des concours et des hackathons se tiendront lors du Siade, pour récompenser les meilleurs étudiants et lancer des partenariats universitaires, là encore dans diverses directions, dont Sud-Nord.
Au-delà de la pédagogie, le Siade est évidemment l'occasion, grâce à des intervenants comme Steven Brobst, ancien conseiller au numérique du président Barack Obama, et le spationaute français Michel Tognini, de décrypter les grands enjeux liés à l'IA, à l'espace et à la défense. De réseauter, aussi, entre professionnels, afin d'établir des partenariats et des collaborations, et enfin, de repartir gonflé à bloc grâce aux perspectives de dialogue et de développement nées du Siade.
Et déjà, en participant au Sommet de l'IA, à Paris, les 10 et 11 février, le patron de SaH Analytics aura lui-même été enthousiasmé - et reconnu. En effet, dans le cadre d'un concours, le projet de l'entreprise ivoirienne - un traitement par l'IA d'images spatiales en vue de protéger les océans et de lutter contre la pêche illégale - sera récompensé. « Pas moins de 111 pays ont concouru et déposé 770 dossiers. Sur les 50 retenus, 10 viennent d'Afrique (trois de l'Afrique de l'Ouest). Et le nôtre est le seul, sur tout le continent africain, à faire un lien entre l'IA et le spatial », s'enorgueillit-il. Pas étonnant que pour Yaya Sylla, ce Sommet, ainsi que le Siade, soient avant tout l'occasion de « montrer que le continent africain est lui aussi moteur dans l'IA et le spatial et que la Côte d'Ivoire est pionnière dans sa sous-région »...
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